Le secteur de la finance responsable affiche une courbe de croissance constante

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La Professeure et directrice adjointe de l’école des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, Marguerite Mendell soutient que la finance responsable n’a pas été autant touchée par la crise de 2008 que le secteur traditionnel.
Photo: ACFAS La Professeure et directrice adjointe de l’école des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, Marguerite Mendell soutient que la finance responsable n’a pas été autant touchée par la crise de 2008 que le secteur traditionnel.

Ce texte fait partie du cahier spécial Finance - Investissement responsable

Un  Portrait 2013de la finance responsable au Québec sera présenté à l’occasion de la conférence « PRI in person »qui se tiendra la semaine prochaine à Montréal.

Cette recherche, conduite à l’initiative de CAP Finance, dresse un inventaire détaillé des ressources dans ce domaine et indique les tendances de ce marché financier non traditionnel. Il y a dans ce rapport les volets d’investissement et de placement.

L’investissement totalise 11,6 milliards injectés dans l’essor des entreprises québécoises, dont 1,1 milliard dans les entreprises d’économie sociale. Le placement responsable s’élève à 274,5 milliards, principalement dirigés vers le marché boursier.

Professeure et directrice adjointe de l’école des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, Marguerite Mendell a dirigé les travaux à l’origine de ce document : « C’était un travail important et intéressant, mais en même temps un boulot énorme », assure-t-elle. Sur quoi au juste se sont penchés les chercheurs ? « On a étudié les activités des acteurs en finance solidaire et en capital de développement. » La première étude du genre est parue en 2006, suivie d’une deuxième en 2010 : « On voit, à travers chacune d’elles, qu’il y a une croissance continuelle des actifs et des investissements dans ce secteur. »

Avant d’élaborer avec celle-ci sur les éléments distinctifs des données recueillies, son collègue Gilles Bourque, responsable des données sur le placement pour l’étude et chargé de projet à l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC), se penche sur les notions d’investissement et de placement : « C’est problématique parce que, en anglais, le mot « investment » s’applique à tout. D’un autre côté, en finance socialement responsable, il y a deux grandes dimensions qui sont intégrées : celle du placement sur les marchés financiers, soit à travers des actions, des obligations ou de l’immobilisation, et celle de l’investissement, en vertu de laquelle des organismes injectent de l’argent directement dans les entreprises plutôt que de passer par les marchés financiers. »

Les lignes de force

De retour vers Mme Mendell. Elle s’abstient de recourir à un océan de chiffres, pour mieux éclairer leur signification elle-même à l’intérieur du Portrait : « Si on met les deux ensemble, le capital de développement et la finance solidaire, on se rend d’abord compte qu’il y a une reconnaissance accrue de la rentabilité de ces investissements qui ont des objectifs socioéconomiques et qui se distinguent des marchés traditionnels, axés surtout sur le rendement et le profit. »

Elle se tourne vers 2008 : « Si on inclut la crise financière et la sévère récession, on s’aperçoit, en examinant la finance responsable, qu’on n’assiste pas aux catastrophes vécues par l’autre secteur traditionnel. On le savait déjà, mais ça jette un meilleur éclairage sur le fait que ces investissements ne sont pas tributaires des rendements spéculatifs ; ils font preuve de stabilité et les gens commencent à comprendre que cela représente un avantage. » Elle aborde la question sous un autre angle : « L’économie collective et les entreprises de ce genre prennent une place importante ailleurs dans le monde, mais c’est particulièrement le cas au Québec ; c’est un acteur économique incontournable ici. » Il existe même une loi à son sujet, adoptée le 10 octobre 2013, qui reconnaît dans son préambule qu’une telle économie contribue à l’essor et au bien-être de la société.

La barrière des préjugés s’est levée pour laisser passer le véhicule de la croissance : « Ceux-ci ont carrément disparu, à savoir que les investisseurs considéraient que c’était une économie marginale réservée aux gens pauvres. Il est certain que ce ne sont pas madame et monsieur Tout-le-monde qui la connaissent ; il est toutefois révélateur de constater que beaucoup des activités transactionnelles qui se déroulent actuellement illustrent la reconnaissance par plusieurs de la rentabilité d’investissements qui contribuent à la fois à une économie durable, à une meilleure qualité de vie et au bien-être des hommes et des femmes. »

La professeure dégage un aspect plus méconnu de cette économie, sur le plan de l’emploi : « Les entreprises collectives attirent un très grand nombre de jeunes qui veulent travailler et entreprendre autrement ; ils font preuve de préoccupations socioéconomiques et sont extrêmement sensibilisés aux questions écologiques. Je suis prof et je constate cela autour de moi. »

 

Un grand ensemble structurant

Le Québec se targue de ses performances intéressantes en économie sociale, mais il est largement tributaire des mouvements coopératif et syndical dans ce secteur d’activité. Marguerite Mendell en convient volontiers : « On a beaucoup de défis économiques ici comme ailleurs, mais il y a beaucoup de choses qui nous distinguent : quand on parle de la finance socialement responsable, c’est rendu possible et déterminant grâce à une collaboration et à un partenariat entre divers acteurs collectifs du milieu en provenance des syndicats, des coopératives et des regroupements sociaux. »

Elle en fournit la preuve : « En regardant les montages financiers, par exemple, on voit très bien et très souvent qu’il existe un partenariat entre ces divers groupes ; il y a aussi Investissement Québec qui joue un rôle très important. » Elle survole l’histoire : « Si on remonte loin en arrière, il y a le Mouvement Desjardins qui est très présent, et, plusieurs décennies plus tard, verront le jour ces fonds de travailleurs que sont le Fonds de solidarité et Fondaction. » Elle mentionne encore l’existence du réseau CAP Finance et des CLD, qui sont autant d’organisations qui font partie d’un vaste ensemble structurant.

Elle revient sur le Portrait 2013 pour mieux démontrer le caractère distinctif du Québec : « Si on a la patience de réunir tous les morceaux, on voit apparaître un écosystème et une architecture construits par les mouvements coopératif, social et syndical, par le Chantier de l’économie sociale, par toutes les autres filiales et par les divers intermédiaires. »

Tout ce beau monde apporte de l’eau au moulin d’une nouvelle économie : « On traverse une période difficile : on se retrouve avec des défis devant nous qui sont durs à relever et on fait face à des situations plutôt sombres. Mais on a ici au Québec cet écosystème qui nous sert à travailler ensemble, à chercher des solutions, à répondre à des besoins, à identifier de nouveaux secteurs d’activité et à regarder vers l’avenir. » Elle ajoute : « On se distingue aussi parce qu’il y a longtemps qu’on a ici une collaboration très étroite entre les chercheurs universitaires et les gens du milieu financier. »

1 commentaire
  • marie-reine roy - Inscrit 21 septembre 2014 21 h 45

    Une réussite québécoise

    La Caisse d'économie solidaire participera cette semaine à la plus importante rencontre mondiale sur l'investissement responsable qui se déroulera à Montréal. Mardi 23 septembre, le réseau de partenaires CAP Finance - dont la Caisse est un membre fondateur - présentera le plus récent portrait de la finance responsable au Québec. Une réussite québécoise a suivre...@caissesolidaire.coop