CAP Finance est formée d’un réseau élargi de partenaires

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Le président et directeur général de CAP Finance, Jacques Charest, explique que ce réseau vise à faire valoir son point de vue qui est différent de celui de la finance traditionnelle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le président et directeur général de CAP Finance, Jacques Charest, explique que ce réseau vise à faire valoir son point de vue qui est différent de celui de la finance traditionnelle.

Ce texte fait partie du cahier spécial Finance - Investissement responsable

Les gens de la finance responsable et de l’économie sociale, qui sont issus de diverses organisations, travaillent au Québec d’un commun accord pour élargir la portée de leurs actions. En 2010, ils ont convenu de mettre en place une structure propre à leur assurer une convergence et une synergie dans la poursuite de leurs objectifs. CAP Finance les accompagne désormais.

L’organisation s’est donné pour mandat « de promouvoir et de développer la finance solidaire et le capital de développement, de mettre en valeur l’expertise des professionnels du réseau, de faire la promotion de l’investissement responsable dans le grand public et auprès des parties prenantes ». Elle entend « devenir une référence dans le financement d’entreprises d’économie sociale ou de celles qui sont engagées dans une démarche de développement durable ».

Jacques Charest est le président et directeur général de ce réseau de sept partenaires, qui comprend la Caisse d’économie solidaire Desjardins, la Fiducie du Chantier de l’économie sociale, Filaction, Fondaction, le Fonds de solidarité, le Réseau d’investissement social du Québec et le Réseau québécois du crédit communautaire. D’universitaire et collectif, le regroupement a changé de statut en 2010 : « À ce moment, le programme qui soutenait cette recherche partenariale a pris fin. Les organismes financiers voulaient se donner un lieu pour continuer à travailler ensemble et ont mis sur pied CAP Finance », signale le p.-d.g.

Ces organismes « cherchent à réduire les écarts trop importants qui existent entre les préoccupations de la population et les comportements d’entreprises axées uniquement sur la recherche du profit ».

D’autres sont invités à apporter leur contribution : « Les membres fondateurs sont les organismes financiers, mais on veut aussi donner une place aux chercheurs. On veut en avoir au sein de notre conseil d’administration pour qu’on soit en mesure de les interpeller en tout temps pour “ coconstruire ”, pour bâtir ensemble. On travaille au sein de notre gouvernance même avec des chercheurs et des représentants des acteurs du milieu que sont les centres locaux de développement (CLD) et les corporations de développement économique communautaire (CDEC). »

 

Diffusion et interventions

Le réseau s’est lancé dans une campagne de promotion : « On veut faire savoir qu’il existe un autre angle de développement économique, une autre façon d’envisager le financement et de travailler ensemble pour raffermir la position de l’investissement responsable. On a fait le Portrait 2013 de l’investissement responsable dans l’économie du Québec, paru tout récemment. Maintenant, on veut intervenir dans les débats publics, on souhaite s’exprimer lors du dépôt du budget et sur d’autres sujets connexes au monde financier. En fait, on entend faire valoir notre point de vue, qui diffère de celui du secteur de la finance traditionnelle. »

Sur le plan de l’action, il revient et insiste sur la notion de concertation entre les intervenants des différents paliers : « Il y a deux éléments qui nous distinguent, dont le premier relève de notre capacité et de notre façon de travailler ensemble. En deuxième lieu, on se tourne résolument vers la “ coconstruction ”, ce qui veut dire qu’on agit toujours au Québec en fonction de l’offre et de la demande, parce qu’il ne nous sert à rien de seulement mettre sur le marché un produit financier ; on n’est pas là pour cette raison, et nous, quand on brasse des affaires, on veut savoir de quelle nature est le besoin et comment y répondre. »

Il précise sa pensée à ce sujet : « Si on met en place des produits financiers, on veut aussi s’associer aux gens qui collaborent avec les entreprises d’économie sociale et qui les aident, pour s’assurer que ce qu’on met sur le marché répond à un besoin. On tisse des liens avec les gens qui sont sur le terrain pour identifier les besoins qui ne sont pas couverts. Il s’agit vraiment de “ coconstruction ” entre les divers intervenants, et on se penche autant sur l’offre que sur la demande. »

Au sujet de la dynamique du milieu dans la mise en oeuvre de projets, le p.-d.g. ne s’inquiète pas outre mesure ; il revient au Portrait 2013, dont il dégage une des informations qui éclairent sur ce plan : « Il ressort de cette étude que, relativement à la capacité d’investissement potentiel des membres de CAP Finance, il reste beaucoup d’argent dans les coffres, mais qu’il y en a beaucoup qui a été investi. »

La croissance se poursuivra

Tout indique pour l’instant que les embellies des dernières années se poursuivront, comme le font observer unanimement les individus et les groupes qui pratiquent l’investissement responsable. Jacques Charest se montre tout aussi optimiste quant à l’évolution d’un marché qui regarde constamment en amont pour s’assurer du respect des principes d’environnement, de société et de gouvernance (ESG) : « Il n’y a pas de doute, la croissance est là. Il y a eu une baisse dans les placements responsables en 2008 et on ne cachera pas qu’il y a eu une certaine crise à ce moment-là ; il n’empêche que ces placements ne sont pas spéculatifs et qu’on n’est pas là pour 30 minutes quand on fait affaire avec une entreprise. Dans la finance solidaire et l’investissement responsable, le déclin a été moins marqué ; une certaine stabilité est apparue, parce qu’on travaille sur le terrain avec des entreprises qui rendent des services. »

Il prévoit un ajustement du marché : « Il y a eu une période de temps que je qualifierais de “ Il faut y être  ; c’était à la mode. Il y a eu beaucoup de Green Washing au départ, mais maintenant les gens désirent vraiment comprendre de quoi il s’agit et veulent s’engager avec clairvoyance. Ils interpellent les spécialistes qui effectuent des placements au sujet de leur fonds de pension : ils ne veulent pas que du rendement, mais un rendement qui est porteur de sens. »