Chef de file de l’économie sociale et de l’investissement responsable

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La Caisse d’économie solidaire a traversé la crise de 2008 sans subir de dégâts majeurs susceptibles d’ébranler ses assises.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Caisse d’économie solidaire a traversé la crise de 2008 sans subir de dégâts majeurs susceptibles d’ébranler ses assises.

Ce texte fait partie du cahier spécial Finance - Investissement responsable

La carte d’affaires de la Caisse d’économie solidaire Desjardins se lit comme suit : principale institution financière consacrée à l’économie sociale et à l’investissement socialement responsable (ISR) au Québec. Elle soutient financièrement près de 3000 coopératives, organismes à but non lucratif, syndicats et entreprises socialement engagées. Au 31 décembre 2013, son chiffre d’affaires dépassait les 1,4 milliard de dollars et son actif tournait autour de 738 millions.

Son directeur général, Marc Picard, ajoute de la couleur à ces données et résume l’histoire de la Caisse : « Il faut avoir en tête que c’était un établissement qui, au départ, rassemblait essentiellement des gens du monde syndical et plus particulièrement des travailleurs regroupés à la Confédération des syndicats nationaux (CSN). On a d’abord essayé carrément de développer des projets sélectifs à même les revenus de l’établissement que nous étions. On s’est en fait rendu compte que ce modèle-là avait des limites, dans le fait d’agir à la fois comme banquier et promoteur de projets : on n’obtenait pas l’impact recherché. »

L’idée germe d’élaborer un autre scénario : « On a pris un virage dès les années 1960, particulièrement du côté de Québec, selon lequel on utilisait l’épargne pour faire de l’investissement dans les entreprises d’économie sociale et solidaire ; de cette façon, on multipliait les retombées de l’utilisation de notre épargne. » Une vision plus large s’impose alors : « On souhaitait créer une économie alternative qui ne repose pas exclusivement sur le secteur privé ou sur l’État. Il s’agissait là d’un grand projet politique de transformation de l’économie du Québec. » Inspirée au fil du temps par ce qui se passe sur la scène internationale, la Caisse occupera finalement de plus en plus de place dans ce type de marché.

Plus tard, un aspect plus méconnu des activités de l’établissement prendra forme, ce que rapporte le directeur général : « On s’occupe aussi du placement responsable. Au Mouvement Desjardins, dont on fait partie, il existe des produits de finance solidaire et on en est un des plus gros vendeurs. Il y a dans cette activité une concordance avec notre vision du développement de la société et on consacre beaucoup d’efforts à la formation de notre personnel pour qu’il soit en mesure de connaître ces produits et de les proposer à nos membres. »

Sur le plan du passé, il relève un dernier point : « En 2009 survient un événement important dans notre histoire, alors qu’on devient signataire des Principes de l’investissement responsable (PRI) ; on a ainsi formalisé notre approche dans ce domaine par notre adoption d’un cadre reconnu sur le plan international. »

 

D’hier à aujourd’hui

Marc Picard se tourne vers le présent : « L’environnement a beaucoup changé. Dans les années 1960, on comprendra qu’il y avait très peu d’acteurs et qu’on était très novateur. Par la suite, notre démarche d’avant-garde a fait des petits au Québec, quand sont apparus les fonds de travailleurs, soit le Fonds de solidarité et Fondaction, qui est plus près de nous ; c’est un outil très proche de la Caisse que la CSN a également développé. »

Fondaction partage la même vision du développement de la société : « Le fonds se tourne vers un créneau un peu différent du nôtre, qui est celui de l’investissement dans les entreprises privées ; notre environnement s’en est trouvé modifié à son arrivée, parce qu’on peut maintenant travailler avec lui, ce qui augmente au final notre apport dans l’investissement consacré à l’économie sociale. » La Caisse compte pour 58 % dans le soutien financier à l’économie sociale québécoise.

Le dirigeant identifie la clientèle : « Une grosse partie de notre portefeuille est formée par les coopératives d’habitation, soit une sur trois au Québec, et aussi par les coops funéraires. Il y a, bien sûr, toute la gamme des entreprises qui s’activent dans des secteurs très différents ; on en trouve dans le domaine de l’immobilier, de l’alimentation, de l’insertion sociale, de la culture, etc. ; le spectre est assez large. »

Il ne saurait s’abstenir de signaler des cas d’exception : « On est fier d’avoir dans notre CV une entreprise comme le Cirque du soleil, qu’on a accompagnée dans ses premiers pas. Guy Laliberté avait fait le tour des établissements et personne ne voulait lui prêter des sous ; c’est la caisse de Québec qui a été la première à se mouiller dans cette aventure, devenue une réussite planétaire. »

Il énumère aussi d’autres partenaires d’importance : la Société de développement Angus, présente dans Rosemont et dans le projet de revitalisation Saint-Laurent, Équiterre, avec laquelle a été mise sur pied la Maison du développement durable, plusieurs Centres des services aux entreprises (CSE), avec lesquels la Caisse collabore, et un certain nombre de coopératives funéraires ayant le vent dans les voiles ; sans compter que l’établissement est omniprésent dans la relance du secteur du Quartier des spectacles.

Une source d’inspiration

La Caisse d’économie solidaire a traversé la crise de 2008 sans subir de dégâts majeurs susceptibles d’ébranler ses assises. Marc Picard aborde la question : « On est de plus en plus reconnu de ce côté-là et il y a d’ailleurs plusieurs fondations privées qui nous rencontrent pour voir comment on accomplit notre travail et pour s’inspirer de nos pratiques. »

Il élabore son point de vue en faisant référence à un éminent professeur de gestion à l’Université McGill, Henry Mintzberg : « À la chute du communisme, on pensait que le capitalisme était triomphant, alors qu’il pose ce constat dans ses analyses : c’est davantage l’économie mixte qui a été triomphante ; ce sont des économies où on retrouvait de l’économie sociale, du capitalisme et l’État. Celles-ci étaient beaucoup plus stables que le modèle mis de l’avant par les Américains, qui repose exclusivement sur l’entrepreneuriat privé. C’est là, à notre avis, un nouveau courant de pensée économique qui va continuer à se développer. »

Pour l’heure, il se préoccupe plutôt d’une certaine apathie du milieu : « Je m’inquiète, comme investisseur, de voir de plus en plus d’acteurs qui sont prêts à investir dans ce secteur d’activité-là, mais il faut que des promoteurs de projet suivent. Sans que ce soit documenté, on sent, nous, que les outils de financement se développent plus rapidement que les projets sur le terrain. »

1 commentaire
  • marie-reine roy - Inscrit 21 septembre 2014 20 h 12

    Investissement responsable

    La Caisse d'économie solidaire participera cette semaine à la plus importante rencontre mondiale sur l'investissement responsable qui se déroulera à Montréal. Mardi 23 septembre, le réseau de partenaires CAP Finance - dont la Caisse est un membre fondateur - présentera le plus récent portrait de la finance responsable au Québec. Une réussite québécoise a suivre...