Un frein à l’expansion de Québecor?

Québecor ne cache pas son désir de prendre de l’expansion dans le reste du Canada.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Québecor ne cache pas son désir de prendre de l’expansion dans le reste du Canada.

Le rachat de WIND Mobile par Globalive Capital n’a suscité aucun commentaire de la part de Québecor, mais la question sur toutes les lèvres porte sur l’impact que cette transaction pourrait avoir à l’égard de ses visées hors Québec.

Le contrôle de WIND Mobile, qui a profité des enchères de spectre en 2008 pour lancer son réseau dans des villes comme Toronto, Vancouver et Ottawa, reposait entre les mains du groupe russe VimpelCom, lequel a décidé de s’en départir pour 135 millions de dollars.

Globalive Capital est la société d’investissement d’Anthony Lacavera, président du conseil et chef de la direction de WIND Mobile. Globalive, qui détient déjà 35 % des parts et les deux tiers des droits de vote, a réuni plusieurs investisseurs pour la cause : West Face Capital, Tennenbaum Capital Partners, LG Capital Investors, Serruya Private Equity et Novus Wireless Communications.

Compte tenu de la prise en charge de la dette de WIND par Globalive Capital et les investisseurs, la valeur globale de la transaction, soumise à l’examen d’Industrie Canada, est évaluée à environ 300 millions.

L’entente survient alors que Québecor, dont la filiale Vidéotron a amassé 500 000 clients sans fil au Québec depuis 2010, ne cache pas son désir de prendre de l’expansion dans le reste du Canada. Pour ce faire, la société cherche toutefois des partenaires, qu’ils soient financiers ou stratégiques.

Depuis que Québecor a commencé à parler ouvertement de ce souhait, plusieurs observateurs ont présumé que l’entreprise tenterait de négocier l’acquisition d’un fournisseur de services déjà en activité, comme Wind Mobile ou Mobilicity. (Public Mobile appartient maintenant à Telus.)

« Nous ne ferons aucun commentaire concernant ce sujet », a dit mardi le vice-président aux affaires publiques de Québecor Média, Martin Tremblay, dans un courriel succinct.

« Nous croyons que ceci ne ferme pas la porte à ce que Québecor pourrait faire pour un jour devenir un partenaire de WIND, afin de créer un quatrième fournisseur pancanadien », a écrit l’analyste Maher Yaghi, de Valeurs mobilières Desjardins. « La direction de Québecor affirme depuis longtemps qu’il faudra des partenaires d’affaires pour s’étendre à l’échelle canadienne, et nous croyons que la présence d’investisseurs chez WIND continue de permettre cette possibilité, ce qui aurait des conséquences négatives pour les titulaires [tels que Telus, Rogers et Bell]. »

Tous ne sont pas de cet avis. Selon d’autres analystes cités par La Presse canadienne, cette présence d’actionnaires chez WIND Mobile fait en sorte que celle-ci a le vent dans les voiles et que cela pourrait réduire le désir de Québecor/Vidéotron de s’aventurer là où elle est moins connue.

En parallèle, Québecor souhaite qu’Ottawa réglemente les tarifs résultant de l’usage des réseaux des grands joueurs, un élément du casse-tête que M. Yaghi trouve plus important encore.

WIND Mobile compte environ 750 000 clients au Canada, dont le marché du sans-fil est contrôlé à 90 % par Telus, Bell et Rogers. « Grâce à cet investissement stable et à long terme, WIND accède à une nouvelle étape », a affirmé M. Lacavera.

Le président de West Face Capital, Greg Boland, a dit que « le voeu d’Ottawa de mettre en place des conditions favorables à la concurrence, et l’aboutissement de cela, ce n’est pas passé inaperçu au sein de la communauté financière ».

Ottawa prévoit pour 2015 deux enchères de spectre sans fil, lequel est le nerf de la guerre dans la mesure où le téléphone est de plus en plus un outil de consommation de contenus audio et vidéo. Encore cet été, le gouvernement fédéral a réitéré son désir de réserver une partie du spectre aux « nouveaux joueurs », comme WIND et Vidéotron.

« Les Canadiens paient trop cher pour des services sans fil qui sont à la traîne du reste du monde, et seule une concurrence accrue va améliorer ça. Les alternatives comme WIND ont besoin de spectre supplémentaire pour grandir et fleurir », a affirmé cet été M. Lacavera.

1 commentaire
  • patrice plouffe - Inscrit 17 septembre 2014 22 h 14

    Entreprise à haut risque

    Selon les informations disponibles, l'entreprise aurait payé 442 millions de dollars pour acheter les fréquences. Elle vient d'être vendue 135 millions. 3ème acheteur depuis 2008. Le nouveau propriétaire détient 35 % des parts et les deux tiers des droits de vote. Chiffre d'affaires annuel estimé 300 millions. Risque financier important amha.

    Québécor pourra profiter en devenant partenaire d'affaires sans investir dans le Capital.