La directrice du FMI mise en examen pour «négligence»

Washington — Le FMI se retrouve à nouveau dans l’embarras avec la mise en examen de sa directrice générale Christine Lagarde, qui ravive de douloureux souvenirs au sein de l’institution trois ans après la démission de Dominique Strauss-Kahn.

Les faits «de négligence» allégués se seraient produits au moment où Mme Lagarde était ministre des Finances de la France. Elle et son ancien directeur du personnel sont sous la loupe des autorités en lien avec un paiement de 400 millions d’euros effectué à un homme d’affaires, Bernard Tapie, en 2008.
 
Les soupçons qui pèsent contre Mme Lagarde ne sont pour l’instant que préliminaires. Un tribunal devra éventuellement décider d’abandonner le dossier ou de l’envoyer en procès.

Au terme d’une quatrième rencontre avec les enquêteurs, Mme Lagarde a publié mercredi un communiqué dans lequel elle annonce avoir l’intention de reprendre le boulot immédiatement et estime que les accusations qui pèsent contre elle sont «sans fondement».


L’argent a été versé en arbitrage à Bernard Tapie, dans le cadre d’une querelle avec la banque publique Crédit Lyonnais portant sur la vente bâclée de la compagnie d’équipements sportifs Adidas. Certains observateurs estiment que cette compensation est excessive, et qu’elle illustre bien les liens étroits qui unissent l’argent et le pouvoir en France.

Le tribunal qui fait enquête sur cette compensation a été constitué spécifiquement pour examiner les allégations de malversations portées contre des élus.

Les faits de «négligence» reprochés à Mme Lagarde en tant qu’ancienne ministre de l’Économie française sont certes sans commune mesure avec les accusations d’agression sexuelle qui ont entraîné la chute de son prédécesseur en 2011.

Mais cette affaire pourrait toutefois affaiblir une institution contestée pour ses cures d’austérité en Europe et pour la faible voix qu’elle accorde aux pays émergents.

Le FMI soutient Lagarde

Depuis le début de l’enquête sur cet arbitrage, le conseil d’administration du Fonds monétaire international, qui représente ses 188 États-membres, a fait bloc derrière sa directrice générale, lui apportant à plusieurs reprises sa «confiance».

Mais Mme Lagarde n’était jusque-là alors que «témoin assisté», un statut intermédiaire moins significatif que celui de «mis en examen» qui lui a été signifié par la Cour de justice de la République à l’issue d’une quatrième audition mardi à Paris. Le délit de négligence est passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

Ce développement, qui a pris de surprise le Fonds, peut-il éroder le soutien dont Mme Lagarde bénéficie au risque de plonger l’institution dans la crise?


Officiellement, le FMI s’est refusé à tout commentaire et l’ex-ministre de l’Économie a assuré à l’AFP qu’elle excluait de démissionner et qu’elle «retournait travailler à Washington», où le FMI a son siège et où elle devrait plaider sa cause en interne.
 

«Elle sait qu’elle n’a rien à se reprocher. C’est une péripétie dont elle se serait bien passée mais elle va se battre», confie à l’AFP un membre de son entourage, qui relativise la portée de la mise en examen.

Mme Lagarde pourra s’appuyer sur le crédit dont elle bénéficie pour avoir redoré le blason du FMI après le scandale «DSK» et pour sa gestion des plans de sauvetage financier dans la zone euro.

Différentes issues

 

«Des événements comme celui-là ne sont pas positifs mais Mme Lagarde a été plutôt efficace dans sa conduite du FMI. Cette affaire n’a pas affecté la manière dont elle a dirigé l’institution», assure à l’AFP Desmond Lachman, un ex-membre du FMI.

Ancien membre du conseil d’administration du Fonds, Domenico Lombardi affirme lui aussi à l’AFP ne pas s’attendre à une «décision radicale» du FMI à court terme.

 

Certaines voix au sein de l’institution sont toutefois plus prudentes.

Représentant du Brésil et de dix autres pays au sein du conseil d’administration du FMI, Paulo Nogueira Batista, affirme ainsi à l’AFP qu’il s’agit d’une «affaire sérieuse» même si les charges retenues sont «plus légères» que celles un temps envisagées.

«Il est trop tôt pour apprécier ce que cela signifie mais nous devons évaluer si ça peut causer des dommages sur l’image du Fonds», assure-t-il, tout en précisant qu’il ne s’exprime pas au nom de l’institution.

Selon lui, le FMI devra aussi s’assurer que le temps passé par Mme Lagarde sur ses ennuis judiciaires «n’interfère» pas avec sa mission.

D'autres détails suivront.