20% plus de profits au compteur d’Hydro

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Hydro-Québec a profité de l’hiver particulièrement rigoureux et de la hausse des tarifs imposée aux Québécois pour boucler le premier semestre de 2014 avec un bénéfice en hausse de 20 % par rapport à la période équivalente de l’an dernier.

 

La société d’État a dégagé un résultat net de 2,23 milliards de dollars lors de la période de six mois terminée le 30 juin dernier, soit 406 millions de plus que lors de la première moitié de 2013, a-t-elle annoncé jeudi lors de la présentation de son rapport du deuxième trimestre de 2014.

 

Les revenus ont atteint 7,49 milliards lors du premier semestre, 790 millions de plus qu’à pareille date l’an dernier. Ils proviennent essentiellement de la vente d’électricité au Québec, qui a elle aussi bondi de 416 millions par rapport à 2013. « Cette progression résulte principalement de l’effet des températures très froides de l’hiver 2014 ainsi que des ajustements tarifaires des 1ers avril 2013 et 2014, souligne le président-directeur général d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, dans son rapport trimestriel. Elle a toutefois été atténuée par une diminution des revenus associés aux contrats spéciaux avec certains grands clients industriels au Québec. »

 

La Régie de l’énergie a accordé une hausse de tarifs de 2,4 % en 2013 et de 4,3 % en 2014, à la suite de demandes supérieures de la société d’État.

 

La quantité d’électricité exportée à l’extérieur du Québec a diminué au cours du premier semestre, mais Hydro-Québec a pu en tirer des revenus en hausse de 222 millions par rapport aux six premiers mois de 2013 grâce à de meilleurs prix obtenus sur le marché. « On a profité d’une augmentation [des prix] liée à la congestion du réseau de transport du gaz naturel en Nouvelle-Angleterre », a expliqué la vice-présidente, comptabilité et contrôle, chez Hydro-Québec, Lise Croteau, lors d’une conférence téléphonique.

 

En ce qui concerne les dépenses, elles ont atteint un peu plus de 4 milliards, soit 345 millions de plus qu’en 2013. Cette hausse s’explique par une augmentation des approvisionnements en électricité auprès de tiers, dont 125 millions concernent les achats au sein de la controversée filière éolienne et 215 millions sont associés à des besoins ponctuels lors des grands froids de l’hiver dernier.

 

Les trois premiers mois de l’année sont grandement responsables de la hausse totale des profits. À lui seul, le deuxième trimestre de 2014 s’est soldé par un bénéfice de 467 millions, seulement 3 millions de plus que l’année précédente.

  

Hausse démesurée?

 

En apparence, les résultats semestriels et trimestriels présentés jeudi par Hydro-Québec n’ont pas offert de grandes surprises. Ils ont malgré tout attiré l’attention de l’analyste indépendant du secteur de l’énergie Jean-François Blain. « Ce qui me frappe dans ce trimestre-ci, c’est que, pour un deuxième trimestre consécutif, les investissements réels sont inférieurs à ce qui était prévu ou à ce qu’ils étaient pour le même trimestre de l’année précédente. »

 

Lors du premier semestre, la société d’État a en effet investi quelque 100 millions de moins que lors des six premiers mois de 2013, ce qui fait dire à M. Blain qu’elle se dirige vers un rendement annuel qui dépassera sans doute celui prévu dans la demande tarifaire présentée à la Régie. Selon lui, Hydro-Québec aurait donc demandé puis obtenu une hausse tarifaire qui excède ses besoins réels.

 

« Tant mieux si Hydro-Québec est rentable et, oui, notre gouvernement a besoin de revenus, admet-il. Mais quand on se rabat sur la tarification d’un service public plutôt que sur la fiscalité pour obtenir les revenus dont l’État a besoin, il y a deux conséquences : on augmente la proportion des revenus totaux qui sont à la charge des particuliers et on diminue d’autant celle qui est à la charge des entreprises. »

 

La publication des plus récents résultats d’Hydro-Québec survient deux semaines après le dépôt d’une nouvelle demande de hausse tarifaire de la société d’État. Celle-ci réclame une augmentation de 3,9 % à compter du 1er avril prochain.



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