Modestie, le mot-clé de l’avenir

L’augmentation du nombre d’heures travaillées ne contribuait plus, de 2001 à 2010, qu’à 0,7% de croissance économique par année et les gains de productivité à 0,8%, pour un modeste total de 1,6%.
Photo: Thinkstock L’augmentation du nombre d’heures travaillées ne contribuait plus, de 2001 à 2010, qu’à 0,7% de croissance économique par année et les gains de productivité à 0,8%, pour un modeste total de 1,6%.

Les Canadiens devront s’habituer à une croissance économique plus faible, aux maigres rendements de leurs placements et à une modeste création d’emplois, prévient Desjardins.

 

Le départ à la retraite des baby-boomers et les difficultés chroniques du Canada en matière de productivité auront des impacts majeurs au pays au cours des 15 prochaines années, conclut Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, dans une brève analyse dévoilée mercredi. « Ce sont toutes nos attentes qui devront être revues à la baisse », a-t-il résumé en entretien téléphonique au Devoir.

 

Vous trouvez que l’économie canadienne manque de vigueur ces temps-ci, avec sa croissance de 1,7 % en moyenne en 2012, de 2 % l’année dernière et, si tout se passe bien, de 2,2 % cette année ? Sachez que cette croissance annuelle moyenne devrait se maintenir aux alentours de 2 % par an d’ici 2020, avant de reculer encore un peu, durant la décennie qui suivra, à une moyenne de seulement 1,7 %. « Oubliez les taux de croissance de 3 %. Il sera, à l’avenir, rare de dépasser les 2 % », souligne Benoit P. Durocher.

  

Nombre d’heures travaillées et productivité

 

La croissance économique est essentiellement le résultat de deux grandes variables, rappelle l’économiste : l’une étant l’augmentation du nombre de travailleurs, et par conséquent du nombre d’heures travaillées, et l’autre étant l’augmentation de la richesse produite par heure, aussi appelée productivité. Portée par l’arrivée en masse des baby-boomers sur le marché du travail, l’augmentation du nombre d’heures travaillées a déjà apporté 2,2 % de croissance économique par an durant les années 70. Peu de temps auparavant, les investissements majeurs des gouvernements dans les infrastructures publiques et des réformes dans le système d’éducation avaient si bien servi la productivité canadienne que cette dernière générait, à elle seule, 3,8 % de croissance économique annuelle.

 

Mais les temps ont bien changé. L’augmentation du nombre d’heures travaillées ne contribuait plus, de 2001 à 2010, qu’à 0,7 % de croissance économique par année et les gains de productivité à 0,8 %, pour un modeste total de 1,6 %. La fin du rattrapage du terrain perdu durant la Grande Récession devrait permettre des taux de croissance de 2,5 % l’an prochain et de 2,2 % l’année d’après, mais l’on repassera ensuite sous la barre des 2 %, prédit Desjardins.

 

Les tendances démographiques étant ce qu’elles sont, on ne peut pas espérer que l’augmentation du nombre d’heures travaillées apporte plus que 0,8 % de croissance économique annuelle d’ici 2020, avant que cette proportion ne tombe à 0,5 % de 2021 à 2030. Quant à la productivité, Benoit P. Durocher imagine mal comment elle pourrait faire mieux que sa moyenne historique de 1,2 %. « D’un côté, le choc démographique encouragera sans doute des améliorations, mais d’un autre côté, cela fait des années qu’on en appelle à des améliorations et rien ne se passe. »

 

Cette croissance économique potentielle inférieure à 2 % par année aura toutes sortes d’impacts, explique l’économiste. La création de nouvelle richesse se fera plus lente dans son ensemble au Canada. Pour les épargnants, les taux d’intérêt seront plus bas en même temps que les compagnies canadiennes feront moins de profits et offriront, par conséquent, des rendements moindres en Bourse. Se ralentissement économique se traduira aussi par une plus faible création d’emplois. « Comme le choc démographique amènera une diminution de la main-d’oeuvre disponible, il est à prévoir que le nombre de chômeurs baisse et que la rémunération offerte aux travailleurs augmente,note l’économiste de Desjardins. Mais il n’est pas sûr qu’on en profite tellement parce que les programmes sociaux deviendront plus chers aussi avec le vieillissement des baby-boomers. »

La croissance au Québec sera à peine de 1%

Embrassant le Canada dans son ensemble, cette analyse ne s’arrête pas aux différences attendues entre les provinces. « Le Québec sera parmi les pires », prévient toutefois Benoit P. Durocher. On prévoit, dit-il, que le choc démographique y sera si grand qu’on ne pourra pas compter sur une augmentation du nombre total d’heures travaillées. Toute la croissance économique devra donc venir uniquement des gains de productivité. Desjardins prévoit ainsi, pour l’économie québécoise de 2021 à 2030, un taux de croissance moyen de tout au plus 1 %.

Pour aller plus loin

Lire l'analyse de Desjardins (pdf)


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