Couche-Tard devrait investir 20 milliards $US

Sinopec est le premier détaillant mondial de produits pétroliers
Photo: Aaron Tam Agence France-Presse Sinopec est le premier détaillant mondial de produits pétroliers

Ce n’est pas demain la veille que Couche-Tard, deuxième chaîne de dépanneurs en Amérique du Nord, acquerra une participation dans la compagnie chinoise Sinopec Sales, premier détaillant de carburant au monde. Les analystes de trois grandes banques canadiennes estiment qu’une telle transaction irait à contre-courant des habitudes de Couche-Tard.

 

Alimentation Couche-Tard fait partie d’une poignée de compagnies à qui on pourrait offrir d’acheter une participation minoritaire dans la compagnie Sinopec Sales, selon l’agence Reuters. Certes, la direction de Couche-Tard a fait savoir le mois dernier qu’elle regardait vers l’Asie. Mais cela ne veut pas pour autant dire que le détaillant québécois serait prêt à dépenser entre 16 et 20 milliards $US pour mettre la main sur 30 % des actifs du géant chinois Sinopec Sales, dit l’analyste Vishal Shreedhar, de la Banque Nationale. « Par exemple, le 7 juillet 2014, les gestionnaires ont indiqué qu’ils avaient un intérêt pour l’Asie à moyen et long terme et qu’ils désiraient croître avec précaution dans la région », lit-on dans l’analyse de la Banque Nationale, envoyée au Devoir. Et l’achat de parts dans Sinopec Sales, filiale de la société d’État chinoise Sinopec, à court terme serait trop précipité, constate M. Shreedhar.

 

Couche-Tard a effectué des investissements à l’étranger avec succès, notamment avec la compagnie norvégienne Statoil Fuel and Retail en 2012 et la chaîne américaine Circle K en 2003. Circle K est d’ailleurs présente dans plusieurs pays d’Asie, dont la Chine. Mais Couche-Tard n’est pas du genre à faire des investissements massifs pour devenir seulement un actionnaire minoritaire, dit Jean-René Ouellette, gestionnaire de portefeuille à Valeurs mobilières Desjardins. « Il faut bien comprendre que Couche-Tard, ce sont avant tout d’excellents gestionnaires, d’excellents opérateurs. Ça serait un peu surprenant de les voir faire un investissement qui serait un peu passif. Ce ne sont pas eux qui auraient le contrôle des investissements, de la façon dont le capital est déployé », estime M. Ouellette, en entrevue téléphonique avec Le Devoir. Les soumissions pour Sinopec Sales seraient attendues d’ici la fin du mois d’août.

 

Couche-Tard inspire présentement confiance aux investisseurs, qui pourraient aider la chaîne si elle veut se lancer dans un cycle d’acquisitions, en Asie ou ailleurs, dit M. Ouellette. « C’est sûr que tous les banquiers internationaux qui travaillent avec des chaînes du genre vont contacter Couche-Tard pour faire des transactions, en Asie, en Amérique latine, en Europe. C’est sûr qu’ils se font proposer des tonnes de choses. Mais je pense qu’il faut regarder l’historique de Couche-Tard, qui a été de faire de bonnes acquisitions, d’y aller graduellement, de ne pas prendre de risques qui soient démesurés pour l’ensemble de l’entité. Ils n’ont généralement pas fait d’investissements passifs », dit M. Ouellette.

 

Il a fallu à Couche-Tard des « décennies » pour bâtir ce « capital de sympathie » chez les investisseurs, dit le gestionnaire de portefeuille. Mais dans les faits, Couche-Tard n’a pas les capitaux suffisants pour acquérir une participation dans Sinopec Sales, dit Irene Nattel, analyste à RBC Marchés des capitaux. « Le capital requis pour cette transaction excède de loin notre estimation des ressources financières actuellement disponibles [de Couche-Tard], qui sont de l’ordre de 2 milliards », indique Mme Nattel dans un courriel transmis au Devoir.

 

Par ailleurs, une telle acquisition a son lot de risques politiques, remarque Mme Nattel. Sinopec Sales est une filiale de la compagnie d’État chinoise Sinopec, et les soumissionnaires locaux pourraient être privilégiés.

 

Couche-Tard va tout de même garder un oeil sur les différentes transactions dans le domaine de la vente au détail, dit Mme Nattel. D’autant plus que ce secteur peut encore évoluer, dit M. Ouellette, de Valeurs mobilières Desjardins. « Ce sont des marchés qui, dans bien des régions de la planète, sont encore très fragmentés, ce qui fait que le modèle de Couche-Tard est quand même, ma foi, évolutif », dit-il. Alimentation Couche-Tard exploite actuellement plus de 6000 dépanneurs et stations d’essence en Amérique du Nord, plus de 2000 magasins en Europe et 4600 en Asie sous l’enseigne Circle K.

 

L’intérêt que pourrait avoir Alimentation Couche-Tard pour Sinopec Sales a néanmoins stimulé le titre de la société à la Bourse de Toronto. À un certain moment en avant-midi lundi, l’action du détaillant se transigeait en hausse de 3,4 %, à 31,95 $, avant de redescendre à 31,39 $. La direction de Couche-Tard n’a pas donné d’entrevue au Devoir.

 
 

Avec La Presse canadienne