L’éolien fait grimper la facture

La Régie de l’énergie analysera la demande d’Hydro-Québec lors d’audiences publiques et rendra une décision au début de 2015.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Régie de l’énergie analysera la demande d’Hydro-Québec lors d’audiences publiques et rendra une décision au début de 2015.

Le coûteux développement de la filière éolienne devrait encore une fois avoir un impact sur la facture d’électricité des Québécois. Après avoir obtenu l’autorisation d’augmenter ses tarifs de 4,3 % l’an dernier, Hydro-Québec réclame cette fois une hausse de 3,9 %. Et tout porte à croire que ce scénario se répétera dans les années à venir.

 

La société d’État a soumis mardi à la Régie de l’énergie une nouvelle demande tarifaire qu’elle justifie par l’indexation du prix de l’électricité patrimoniale (+0,4 %) et les investissements nécessaires dans les réseaux de transport et de distribution (+1,9 %), mais surtout par le coût des nouveaux approvisionnements, « principalement éoliens » (+2,7 %). Des « gains d’efficience » réalisés par Hydro-Québec (–0,5 %) ont toutefois permis de limiter la hausse demandée, qui se situe à 1,9 % au-dessus de l’indice des prix à la consommation.

 

Cette modification des tarifs s’appliquerait à partir du 1er avril prochain. La Régie de l’énergie analysera la demande d’Hydro-Québec lors d’audiences publiques et rendra une décision au début de 2015.

 

« On finance à hauteur de plusieurs centaines de millions l’industrie éolienne qui est largement déficitaire », s’insurge l’analyste du secteur de l’énergie à l’Union des consommateurs, Marc-Olivier Moisan-Plante. Il ne s’agit pourtant pas une surprise, fait remarquer Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie. « Ce n’est pas un abus d’Hydro-Québec. Tout le monde pouvait voir [cette hausse] venir et il y en aura encore d’autres », dit-il. Même le porte-parole de la société d’État, Patrice Lavoie, concède que « l’énergie éolienne qu’[Hydro-Québec] est tenue d’intégrer à son réseau pourrait créer un impact à la hausse sur les tarifs au cours des prochaines années. »

 

Plus cher

 

De manière plus concrète, la hausse tarifaire réclamée représenterait un impact annuel d’environ 24 $ pour un logement, 62 $ pour une petite maison, 88 $ pour une maison moyenne et 114 $ pour une grande maison, selon les estimations d’Hydro-Québec.

 

Il y a un an, la société d’État avait demandé à la Régie d’autoriser une hausse tarifaire de 5,8 %, mais cette dernière a plutôt accordé au distributeur une augmentation de 4,3 %. Là encore, les coûts liés au développement du secteur éolien avaient pesé lourd dans le calcul d’Hydro-Québec.

 

Cette pression provient du fait que la mise en service des parcs éoliens coûte cher. L’énergie provenant de ces parcs coûte plus de 10 ¢ par kilowattheure (kWh), alors que le coût moyen des approvisionnements d’Hydro-Québec est d’environ 3 ¢/kWh.

 

« On va au-delà de nos besoins, souligne M. Moisan-Plante. Hydro-Québec prévoit avoir des surplus jusqu’en 2027, alors à notre avis, la filière éolienne est un éléphant blanc. » Selon M. Pineau, les gouvernements successifs ont essentiellement misé sur l’éolien pour une question d’image. « Encore aujourd’hui, une éolienne est associée à quelque chose de positif dans le grand public, donc les politiciens aiment s’y associer, juge-t-il. Ça permet de dire que des emplois sont créés dans les régions. »

 

L’Association canadienne de l’énergie éolienne fait quant à elle valoir que « la hausse tarifaire demandée par Hydro-Québec Distribution n’est pas liée à la mise en service de nouveaux projets éoliens, mais parce qu’on ajoute de nouvelles sources d’approvisionnement », tous types d’énergie confondus.

 

Dans sa stratégie énergétique 2006-2015, le gouvernement québécois a prévu l’intégration de 4000 mégawatts (MW) au réseau d’Hydro-Québec. Selon les calculs actuels, la puissance énergétique des parcs éoliens québécois en service, en construction et projetés frôle les 3300 MW.

 

Au cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, on se dit « préoccupé » par la demande tarifaire déposée par Hydro-Québec. « Il y a plusieurs éléments sur lesquels le ministre a un pouvoir et on évalue actuellement ces outils-là pour respecter la parole du premier ministre, qui est de limiter les hausses de tarifs à l’inflation », explique le porte-parole Guillaume Demers. Un groupe de travail mis sur pied le mois dernier pour « repenser la filière éolienne » guidera l’élaboration de la future politique énergétique du Québec, dont le dévoilement est prévu à l’automne 2015.

86 commentaires
  • Daniel Guibord - Inscrit 6 août 2014 02 h 00

    Lorsque l'on vit dans un simulacre de démocratie

    Soit que les hauts dirigeants d’Hydro-Québec ont accepté des pots-de-vin de la part des fabricants d’éoliennes, soit qu’ils sont des incompétents au dernier degré.

    • Pierre Schneider - Abonné 6 août 2014 10 h 36

      Hydro répond qu'elle a suivi les directives du gouvernement ! À qui profite le crime ? Voilà la question à poser.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 août 2014 11 h 00

      Si ce n'est pas logique c'est politique ! si c'est politique quelqu'un en profite tôt ou tard !

      Dans la réalité, si l'énergie éolienne était négociée, contractée et financée par une société publique, installée en territoire public selon les normes reconnus de 50 ans avec entretien obligatoire et régulier aux 20 ans, la production de l'énergie éolienne serait aussi économique que l'énergie produite dans les centrales terminées depuis 2001 [ 6¢/KWh ] .
      Si le PLQ de JJCharest n'avait dit à T Vandal d'Hydro d'accordé des contrats privés en terrains privés à 12 ¢ et plus du KWh pour 20 ans sans tenir compte que durant les vies suivantes quand les accès sont faits pour les grues de 400 T quand tout est complet qu'il ne reste qu'à changer les 4 pales et installer une nacelle génératrice rénovée les coûts de production et de transport au réseau sont à moinsde 6 ¢.
      Mais, la politique a fait des ententes complaisantes irresponsables et mainbtenant les clients doivent subir de payer les bonbons accordés.
      Le seul point qui pourra prochainement être bien positif c'est que la production d'énergie propre éolienne, hydroélectrique pourra recevoir de bons crédits d'échange de la bourse du carbone [ 4¢/KWh ] comme les prix du gaz de schiste augmentent régulièrement notre énergie propre prendra de plus en plus de valeur... juste que la Romaine aurait dû être faites après 2025 ... pour diminuer les surplus et les bas couts de l'offre énergétique dasns le nord est de l,Amérique du Nord.

  • François Dugal - Inscrit 6 août 2014 05 h 25

    Question au président

    Pourquoi produire une électrocute coûteuse quand il y a des surplus d'électricité peu coûteuse, se demande le citoyen plus qu'ordinaire, désabusé et cynique?

  • Marc Desrosiers - Abonné 6 août 2014 05 h 34

    Le coût de l'énergie propre

    Il est probablement vrai que la filière éolienne fait grimper les coûts de production de l'électricité mais elle à moins d'impacts sur l'environnement. Il ne faut pas se faire croire que l'hydro-électricité est propre propre propre. Le même débat se présente pour le remplacement de l'énergie faussile par de l'énergie plus propre. Quel prix sommes-nous prêts à payer pour laisser une planète plus saine à nos enfants ?

    • Gaétan Morin - Inscrit 6 août 2014 11 h 43

      Produit-on moins d'hydroélectricité depuis qu'on installe des éoliennes?

      Gaétan Morin

    • Daniel Bérubé - Abonné 6 août 2014 13 h 44

      ...Quel prix sommes-nous prêts à payer pour laisser une planète plus saine à nos enfants ?...

      Hum.... 0.02 $ par année... taxes incluses...

      Ben quoi ?!?! J'ai pas le droit de "vivre" moi aussi ?

  • Eric Lessard - Abonné 6 août 2014 05 h 55

    Coût de l'énergie

    C'est un peu paradoxal qu'on augmente le prix de l'énergie au Québec alors qu'aux États-Unis, le prix de l'énergie est à un bas historique. Avec le gaz de schiste du Dakota, les prix de l'énergie ont diminués de beaucoup aux États-Unis.

    On peut ne pas aimer les manières polluantes de faire de l'énergie, mais il ne faut pas oublier non plus que l'énergie est un besoin de base, et qu'il en faut beaucoup pour affronter les froids hivers du Québec.

    Pourquoi produire une électricité d'une manière dispendieuse comme avec les éoliennes, alors qu'on pourrait en acheter ou en produire à moindre frais? Je comprends les argumentaires écologiques, mais il faut aussi prendre en compte la capacité de payer du consommateur et notre compétivité économique.

    • Yvan Dutil - Inscrit 6 août 2014 07 h 07

      Les besoins en énergie n'ont rien à voir. On paye le coût d'un programme de subvention à la Gaspésie au niveau de plusieurs centaines de milliers de dollars par emploi.

    • Hélène Paulette - Abonnée 6 août 2014 07 h 29

      À un moment donné, on doit décider si on pollue ou pas... Et l'électricité ça peut aussi s'économiser quand ça coûte trop cher...

    • Serge Lemay - Inscrit 6 août 2014 07 h 43

      Monsieur Lessard,

      Il existe une différence énorme entre les USA et le Canada, nous sommes la deuxième puissance pétrolière du monde, mais cela n'a aucun impact sur le prix que nous payons à la pompe. Le gouvernement de Stephen Harper a accordé des baisses d'impôt à ceux qui exploitent notre pétrole plutôt que d'en faire profiter la population. Il préfère l'exporter plutôt que d'assurer la pérénité énergétique des Canadiens.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 août 2014 11 h 15

      Le seul point qui pourra prochainement être bien positif c'est que la production d'énergie propre éolienne, hydroélectrique pourra recevoir de bons crédits d'échange de la bourse du carbone [ 4¢/KWh ]
      comme les prix du gaz de schiste augmentent régulièrement notre énergie propre prendra de plus en plus de valeur...

      Cependant la construction du complexe de La Romaine aurait dû être étudiée et peut-être faite après 2025 ( production 7 ¢ + transport 3 ¢ )...
      qui seront ajoutés à la tarification dès la mise en service vers 2018 ...hausse de 10% à prévoir
      pour diminuer les surplus et les bas couts de l'offre énergétique dans le nord est de l’Amérique du Nord.

    • Yvan Dutil - Inscrit 6 août 2014 12 h 38

      Le crédit carbone pour l'éolien ne valent pas grand choix pour nous aux USA parce que les américains ne veulent pas de HQ dans leur pattes. Personne ne payent pour subventionner ses voisins. C'est d'ailleurs pourquoi la grande hydro n'est pas considérée comme propre. Si HQ entre dans ce marché, le prix va s'effondrer.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 août 2014 13 h 49

      A la dernière rencontre des gouverneurs et décideurs de Nouvelles Angleterre les grands États de la côte ont dit leurs grands besoins et intérêts à Lénergie fiable du Québec. Plusieurs états comme le Vermont , un peu New-York, Rhodes Island, lquelques secteurs voisins au Maine sont déjà clients réguliers Hydro. les grandes villes de Boston, et New-York sont reliés sur réseaux dédiés avec le réseau Québécois.
      A ce jour il n'y a que les clients du Nouveau Brunswick et de la région métro Toronto et Niagara valley qui ont dit qu'ils ne voulaient pas l'électricité des séparatistes québécois.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 août 2014 13 h 54

      Comme les électrons d’énergie n’ont pas de couleur ni d’odeur l’énergie des éoliennes et des centrales au fils de l’eau est reconnue propre comme c’est plus de 50 % de 36 GW il y a suffisant pour l’utilisation maximale des interconnexions …
      La controverse est la production des centrales réservoirs qui produiraient du méthane venant de la décomposition des matières organiques ennoyées pendant quelques décennies .

    • Pierre Couture - Inscrit 7 août 2014 08 h 19

      @ M. Thivierge
      Vous avez vu juste. Les éoliennes serviront à «verdir» les pétrodollars des multinationales.

      C'est justement pour cela que la filière éolienne a été conçue. De concert avec le marché du carbone elle permettra de «cacher» les dégâts écologiques de l'extraction du charbon et des hydrocarbures.

      Et, comme nous le disons depuis le début, la filière éolienne enrichira quelques gros joueurs et ne laissera que ruine économique et environnement dévasté pour le Québec et les Québécois

  • Josette Allard - Inscrite 6 août 2014 06 h 33

    Alors pourquoi en construire?

    Construire des sources d'énergies inutiles par leur manque d'efficacité pour soutenir l'emploi. Méchante erreur.

    • Nicole Bernier - Inscrite 6 août 2014 10 h 34

      Parce qu'on veut continuer à donner l'électricité aux Américains ...

      je suis pour une ouverture sur l'éolienne, mais je suis totalement frustrée qu'Hydro-Québec soit devenu partenaire du privé pour enrichir certains individus alors que Lesage et Lévesque voyaient le peuple s'enrichir de cette ressource naturelle qui appartenait à tous les Québécois...

      Encore un endroit où les gouvernements québécois ont baissé l'échine devant la haute bourgeoisie