La Bourse est-elle en train de perdre la boule?

À Wall Street, un courtier semblait dubitatif en voyant l’évolution du Dow Jones qui, jeudi, a franchi la barre des 17 000 points.
Photo: Andrew Burton Agence France-Presse À Wall Street, un courtier semblait dubitatif en voyant l’évolution du Dow Jones qui, jeudi, a franchi la barre des 17 000 points.

Le Dow Jones flambe, la patronne de la Fed s’en inquiète et la banque des banques centrales redoute une finance sans boussole : la phobie des bulles a ressurgi cette semaine, même si les économistes refusent de trop s’alarmer.

 

Lundi, la Banque des règlements internationaux, publiait un rapport annuel réclamant une « nouvelle boussole » pour l’économie mondiale. La « banque centrale des banques centrales », a estimé que devant la forte progression des marchés financiers dans certains pays, il fallait s’inquiéter d’un possible éclatement de bulles.

 

Dans son viseur : les banques centrales qui, inondant les marchés de liquidités et maintenant des taux très bas, ont nourri l’appétit des investisseurs pour les placements à risques. D’où une hausse des marchés d’actions, une abondance d’émissions d’obligations d’entreprise, des taux de dette souveraine très bas… Sans compter des prix de l’immobilier en forte hausse dans certaines zones.

 

Jeudi, l’indice vedette américain, le Dow Jones, a franchi le seuil inédit des 17 000 points. Au Royaume-Uni, l’inquiétude monte autour d’une possible bulle immobilière, avec des prix à Londres qui dépassent de 20 % leur niveau d’avant-crise. En Allemagne, historiquement très sensible à tout signe d’inflation, le ministre des Finances parle d’une évolution « dangereuse » des prix de l’immobilier. L’indice phare de la Bourse de Francfort, le Dax, lui, enchaîne les records autour de son plus haut historique (10 000 points).

 

Mercredi, la présidente de la banque centrale américaine (Fed), Janet Yellen, a évoqué « des signes de prises de risques accrues dans le secteur financier », dont l’« aggravation pourrait nécessiter une approche plus robuste » en matière de régulation. Jeudi, le chef de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, s’est dit « plutôt sensible à la formation, à la création, à la présence de potentiels risques pour la stabilité financière », et a vanté les précautions prises par la BCE (revue approfondie des bilans des banques, méfiance vis-à-vis du secteur immobilier etc). Par contre, « je ne pense pas que les gens approuveraient une hausse de taux aujourd’hui pour la BCE », a-t-il jugé.

 

« Le problème n’est pas l’abondance de liquidités mais la faiblesse des taux directeurs », analyse Anton Brender, directeur des études économiques chez Candriam [ex Dexia Asset Management]. « Ces taux sont un signal par lequel les banques centrales elles-mêmes disent aux investisseurs de ne pas placer leur argent chez elles, et de prendre au contraire des risques » pour financer l’économie, souligne-t-il.

  

Risque local

 

Pour M. Brender, « le risque de bulles aujourd’hui est local » et non généralisé, comme autour des valeurs Internet au début des années 2000. « En Europe, on n’a clairement pas de bulles sur les marchés-actions », avec une Bourse de Paris en hausse d’un peu plus de 4 % depuis le début d’année, selon l’économiste de Candriam. Pour lui, les craintes sur l’immobilier allemand sont « une farce », puisque la hausse des prix ne s’est pas accompagnée d’une explosion du crédit.

 

Ludovic Subran, économiste en chef de l’assureur Euler Hermes, appelle à ne pas généraliser la situation des États-Unis, une économie très financiarisée, donc habituée aux bulles. « Quand il faut capitaliser pour la retraite, pour les études, pour la santé, tout se transmet beaucoup plus vite via la sphère financière », explique l’économiste pour qui, « en Europe, le système de retraite par répartition et la sécurité sociale jouent un rôle d’amortisseur ».

 

Pour M. Subran, il existe bien aux États-Unis un risque de rattrapage sur les marchés boursiers et « tout l’enjeu pour Janet Yellen est de dégonfler la bulle sans la faire exploser ».

 

Sauf que, souligne vendredi le Financial Times, « le plus gros du risque s’est déplacé vers le « shadow banking », la finance parallèle qui n’est pas soumise aux normes de plus en plus strictes du secteur bancaire, et dans ce secteur « il existe une vraie inquiétude que la Fed soit en retard ». Mme Yellen elle-même l’a reconnu cette semaine : la maîtrise de ce secteur bancaire de l’ombre est « un énorme défi auquel je n’ai pas aujourd’hui de très bonne réponse ».

8 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 5 juillet 2014 04 h 35

    Attachez bien vos tuques!

    Ça va brasser.....

  • Patrick Lavoie - Inscrit 5 juillet 2014 10 h 33

    Quand est-ce que les peuples vont se réveiller?

    Le shadow banking est équivalent à 10 fois le PIB mondial (autour de 600 000 milliards de dollars) et la bourse est dans une bulle gigantesque qui emportera encore une fois l'économie réelle dans les bas fond, comme si 2008 ne nous avait rien appris (rien n'a été fait en terme de régulation). L'économie financière est totalement hors de contrôle. La folie de la spéculation financière, donc l'appât du gain pur et simple, est la cause de cette prochaine catastrophe, que de vraies personnes payeront de leur perte d'emploi, leur retraite qui s'envole, leur pauvreté grandissante. Que fait-on contre l'avarice destructrice de ces banquiers sans foi ni loi? Pourquoi ne fait-on pas payer les banques? Au lieu de les faire payer pour les crises qu'elles provoquent, nous les aidons à ne pas faire faillite à cause de leur folie! au Canada, nous avons aidé les banques pour au moins 125 milliards après la crise (programme des conservateurs!), sans compter les profits qu'elles cachent dans les paradis fiscaux! On a même enlevé la taxe sur le capital des banques ici au Québec (merci Charest)! On leur fait des cadeaux! Pourtant, elles sont responsables de la dernière crise économique, comme toutes les dernières crises, mais ce ne sont pas elles qui payent. Nous allons vers l'austérité, à cause d'une crise que les banquiers ont provoquée, réduisant peu à peu les programmes sociaux à peau de chagrin partout en occident. Pourquoi? Parce que les capitaux sont au sommet de la piramide. Ils se concentrent de plus en plus vite. On se fou totalement du petit peuple. Celui qui paye des impôts, celui qui fait rouler l'économie, celui qui vote. Parce qu'on vote comme des soumis. Ils n'ont pas peur de nous, voilà.

    • Charles Lebrun - Abonné 5 juillet 2014 13 h 07

      Enfin un propos censé!!! J'ajouterais, que si, depuis la crise de 2008, après le sauvetage que NOUS, les petites gens, leurs avons gracié, SANS CONDITIONS, nous leurs avions exigé qu'une SEULE chose... La taxe Tobin (proposé par ce prix Nobel d'économie en 1972). Cette taxe de 0,05% à 0,2% sur chaque transaction boursière mettrait un frein à la spéculation que l'on connaît! Car il ne faut pas oublier, il n'y a que deux choses qui produise de la VRAI richesse: les richesses naturelles (mines, pétroles, etc.) et le TRAVAIL (manuel ou intellectuel). Le fait d'alligner des chiffres comme le font les banquiers ne cré pas de richesse! Elle ne fait que la déplacer des plus pauvres vers les plus riches (ou les plus astucieux!)... À lire, les livres de Paul Grugman à ce sujet...

    • simon villeneuve - Inscrit 5 juillet 2014 22 h 52

      Excellent M.Lavoie et M.Lebrun
      Des homme a l'affut !

  • Gilbert Talbot - Abonné 5 juillet 2014 12 h 31

    Ça va exploser c'est sûr!

    Je ne connais rien à la Bourse. Je n'ai aucun placements, sauf ceux de la Caisse de dépôt évidemmment, que je suis bien obligé d'accepter. Tout notre système de retraite est basé sur le jeu à la Bourse, c'est bien ce qui m'inquiète, car la Bourse c'est un jeu où il y a beaucoup plus de perdants que de gagnants. Le but du jeu c'est d'acheter des actions quand elles sont à la baisse et les revendre quand elles sont en hausse. Or, actuellement la Bourse est à une hauteur record ! que va-t-il arriver vous pensez? Les robots-investisseurs vont vendre et la Bourse va baisser. Le jeu a changé un peu avec les fameux hedge funds où on peut parier sur une hausse et une baisse en même temps. Ça c'est un peu plus cochon comme jeu: la banque commerciale vend un produit multicomposite avec des titres forts et des titres faibles - genre prêts hypothécaires à des gens qui ne peuvent les respecter - mais en même temps elle parie sur la baisse de ces produits. Résultat: le produit s'effondre, la banque empoche, mais l'hypothéqué lui perd sa maison, un effet domino entraîne la chute d'autres actifs ce qui provoque un effet en chaîne dans toutes les Bourses du monde, car les gros joueurs jouent dans toutes les grandes Bourses. Je sais, je vous parle de ce qui s'est passé en 2008. Vous pensez que ça serait différent maintenant ? Pourquoi ça serait différent ? On n'a pas changé substantiellement les règles du jeu, donc ça va se reproduire, parce que les gros joueurs profitent des faillites mondiales pour racheter les corps défaillants, s'en empifrer et devenir monstrueusement plus riches, richesses qu'ils vont cacher en les éparpillant dans les multiples paradis fiscaux. Ça va continuer comme ça, à moins que les politiciens de la planète ne décident ensemble d'y mettre un frein et même dix, ce qui ne se produira pas à moins qu'une catastrophe financière prochaine nous jette à nouveau en guerre mondiale, moyen ultime de rehausser les Bourses et saigner un peu plus rapidement la planète de

  • Charles Lebrun - Abonné 5 juillet 2014 18 h 59

    Comment blamer un yoyo?

    Au fait, c'est la règle de la bourse de connaître des hauts et des bas... On ne peut pas blamer un yoyo pour "être en haut" puis "être en bas"... c'est dans sa nature! C'est comme de blamer un chat pour ses moustaches et ses griffes!

    C'est pour cette raison qu'il est impératif de "dompter" le marché! Et la seule et unique solution est la "taxe Tobin" qui ferait en sorte qu'au moins, on ne ferait pas de la spéculation à la micro-seconde par ordinateur (à moins d'en payer les frais)! Les humains ont besoins d'être "réguler"... donnez une voiture puissante et une route en bonne ordre et bien pavée, il serait étonnant que vous circuleriez à 100 km/h! Il en est de même de la Bourse, ce n'est plus le temps où l'affichage se faisait à la craie et où on criait sur la parquet "SOLD" "BUY"... tout se fait par ordinateurs... à la vitesse des microprocesseurs!!! C'est comme circuler sur l'autoroute à 900 km/h... Il est plus que temps de réagir... car nous, les citoyens ordinaires, sommes encore à pieds!!!

  • Martine Fortin - Inscrite 6 juillet 2014 10 h 21

    On reste calme

    On écoute son conseiller financier. Il va nous dire qu'il y a des hauts et des bas. Donc, on lui fait confiance.