Le FMI, pessimiste pour les États-Unis

« Les cicatrices de la récession sont encore visibles », a déclaré lundi la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, lors d’une conférence de presse à Washington.
Photo: Mark Wilson Getty Images / AFP « Les cicatrices de la récession sont encore visibles », a déclaré lundi la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, lors d’une conférence de presse à Washington.

Le Fonds monétaire international révise fortement à la baisse ses prévisions de croissance économique aux États-Unis et recommande à la fois des mesures de relance et le maintien de sa politique monétaire ultra-accommodante plus longtemps que ne l’attendent les marchés.

 

« Les cicatrices de la récession sont encore visibles », a déclaré lundi la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, lors d’une conférence de presse à Washington.

 

Dans son rapport annuel sur le pays, le Fonds a révisé ses prévisions de croissance pour 2014 de 2,8 % à seulement 2 %, soit à peine mieux que le 1,9 % enregistré l’année d’avant. Ses prévisions du mois d’avril sont demeurées inchangées pour 2015, à 3 %.

 

L’économie américaine a été victime de nombreux facteurs, a expliqué le FMI, dont un « hiver rigoureux » ainsi que la baisse des stocks, les difficultés persistantes du marché immobilier et la faiblesse de la demande extérieure.

 

« La création d’emplois a été dynamique, mais le marché du travail se porte plus mal que ne le laissent croire les chiffres du chômage », souligne son rapport qui se base notamment sur le chômage à long terme élevé, le faible taux de participation au marché du travail et les salaires stagnants. « L’amélioration des perspectives économiques permettra une amélioration constante de la création d’emploi États-Unis. Toutefois, le taux de chômage ne diminuera que lentement, en partie parce que l’embellie ramènera des travailleurs découragés dans le marché du travail. »

 

Coup de pouce de l’État

 

Le FMI estime, dans ce contexte, que les pouvoirs publics américains devraient donner un coup de pouce à leur économie. Ces mesures de stimulation devraient prendre la forme d’investissements à court terme dans les infrastructures, en éducation, en formation de la main-d’oeuvre et dans les subventions aux garderies. On estime aussi qu’on pourrait tirer encore mieux profit de la manne du gaz et du pétrole de schiste tout en assurant une meilleure protection de l’environnement.

 

Notant que presque 50 millions d’Américains vivent sous le seuil de pauvreté, on se réjouit aussi de la réforme de système de santé de l’administration Obama et en appelle à l’augmentation du salaire minimum. Sur le plan fiscal, on recommande, entre autres choses, l’adoption d’un plan crédible de retour à l’équilibre budgétaire à moyen terme, l’abolition de crédits d’impôt profitant surtout aux plus riches (comme celui s’appliquant aux intérêts hypothécaires), de même qu’une augmentation de la taxe fédérale sur l’essence.

 

« Il ne manque pas de bonnes idées sur la place publique, le problème est de les faire accepter dans l’arène politique », remarque le FMI.

 

Rien ne presse à la Fed

 

Le fort degré d’incertitude du contexte économique aux États-Unis ne rend pas la partie facile à la Réserve fédérale américaine dont le comité de politique monétaire sera justement en réunion mardi et mercredi, note-t-on.

 

Pourtant, les marchés semblent avoir une idée très précise de ses prochaines décisions, à commencer par la poursuite de la réduction de ses injections de liquidités, puis du moment de la remontée de son taux directeur, actuellement à son plancher absolu de 0 %.

 

Cette situation est propice à bien des turbulences sur les marchés financiers américains et mondiaux, a constaté le FMI. Or, ce dernier estime que la Fed pourrait se permettre de voir venir plus que tout le monde semble s’y attendre. « Les taux peuvent se permettre de rester proches de zéro au-delà de la mi-2015 actuellement envisagé par les marchés », assure son rapport.

 

Faisant le point sur sa propre politique monétaire, la Banque du Canada a admis, elle aussi, la semaine dernière, avoir été déjouée par le manque de souffle de la croissance économique américaine cette année. Elle a néanmoins estimé, après avoir maintenu son taux directeur à 1 %, que « les ingrédients d’un redressement des exportations demeurent en place, notamment le dollar canadien plus faible et le raffermissement attendu de la demande étrangère ».

 

Ces nouvelles prévisions du FMI pour les États-Unis sont plus pessimistes que celles de l’Organisation de coopération et de développement économiques dévoilées vendredi. L’OCDE parie, en effet, sur une croissance économique de 2,5 % cette année et de 3,5 % l’an prochain.

 

On n’en a pas moins appelé, là encore, à l’adoption de nouvelles mesures de stimulation dans les domaines de la fiscalité, de l’éducation, de la formation, de l’immigration et des conditions de travail. « Une action résolue est nécessaire pour mettre en oeuvre les réformes qui stimuleront le potentiel de croissance économique et rendront la croissance plus inclusive et plus verte », avait déclaré son secrétaire général, Angel Gurría.

À voir en vidéo