La stratégie du bâton et de la carotte

L’industrie et les gouvernements doivent faire comprendre aux automobilistes qu’acheter une voiture électrique est une décision sensée, dit un expert du secteur.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’industrie et les gouvernements doivent faire comprendre aux automobilistes qu’acheter une voiture électrique est une décision sensée, dit un expert du secteur.

Pour que la stratégie québécoise d’électrification des transports séduise les automobilistes, les autorités provinciales doivent tout mettre en oeuvre pour les convaincre que l’achat d’un véhicule électrique est une décision rationnelle, et non seulement émotive.

 

« Nous avons attiré les acheteurs des premières heures en ciblant davantage le coeur que la tête. Ce que nous devons maintenant faire, c’est aller au-delà du coeur et convaincre la tête des gens, en leur faisant comprendre qu’il s’agit d’une décision logique », a expliqué mardi Russell Hensley, expert du secteur automobile chez McKinsey, lors d’une table ronde sur l’électrification des transports présentée dans le cadre de la Conférence de Montréal.

 

La stratégie québécoise d’électrification des transports, entamée sous le gouvernement libéral de Jean Charest et poursuivie par les péquistes, sera maintenue, a promis le premier ministre Philippe Couillard. Celle-ci prévoit notamment l’ajout de quelque 10 000 véhicules électriques sur les routes du Québec d’ici 2016 et l’implantation de 500 bornes de recharge supplémentaires au sein du Circuit électrique. Selon Hydro-Québec, un peu plus de 2500 véhicules électriques rechargeables (VER) — tout électrique et hybride rechargeable — sillonnent la province à l’heure actuelle. Le gouvernement offre un rabais pouvant aller jusqu’à 8000 $ à l’achat d’un VER.

 

Ici comme ailleurs dans le monde, des acheteurs potentiels s’interrogent sur la fiabilité et la rentabilité de l’achat d’un tel type de véhicule. Mais l’essayer, c’est l’adopter, affirme le directeur du département des véhicules électriques chez le constructeur automobile Renault.

 

« C’est tout à fait frappant de constater que la satisfaction des propriétaires de véhicules électriques est parmi les plus élevées de l’industrie. Ces gens-là ne comptent pas revenir à leur ancienne voiture. Pourtant, il s’agit de la vente la plus difficile à conclure parce qu’il y a beaucoup de questionnements à surmonter. »

 

L’exemple norvégien

 

Souvent citée en exemple lorsqu’il est question de programmes sociaux, la Norvège pourrait également inspirer le Québec en matière d’électrification des transports. Le directeur du Comité sur l’énergie et l’environnement du Parlement norvégien et ancien maire de la ville d’Oslo, Ola Elvestuen, est venu expliquer mardi que la clé du succès réside dans la mise en place d’incitatifs en tous genres : aucune taxe à l’achat d’un véhicule électrique, stationnement gratuit, recharge gratuite et permission d’utiliser les voies réservées aux autobus.

 

Certaines de ces mesures ont été implantées dès le début des années 2000 et ont été accompagnées d’une taxe sur l’essence. « Nous devons rendre le prix des véhicules électriques plus compétitif par rapport à celui des véhicules à essence, a-t-il affirmé sans réserve en entrevue au Devoir. C’est toujours une bonne idée de taxer les énergies fossiles. »

 

Cette stratégie porte aujourd’hui ses fruits. La Norvège compte désormais quelque 30 000 véhicules électriques et au rythme où progressent les ventes mensuelles, le pays compte atteindre les 50 000 en 2017. Chaque mois, plus de 10 % des voitures vendues en Norvège sont des modèles entièrement électriques, précise M. Elvestuen. En comparaison, les véhicules électriques et hybrides représentent moins de 2 % des ventes à l’échelle mondiale.

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