Des professionnels immigrants en mal d’intégration

Ingrid Cespedes cherche depuis déjà plus d’un an un vrai travail à Montréal. Après avoir envoyé plus d’une cinquantaine de CV, passé une dizaine d’entrevues, cette Colombienne de 33 ans n’arrive toujours pas à décrocher un poste dans son domaine. Elle a pourtant en poche une maîtrise en économie de l’Université de Montréal, plus de sept années d’expérience dans son pays d’origine et parle très bien français. « Je ne comprends pas ce que les entreprises veulent ici. Les qualifications et l’expérience ne suffisent pas. Pour avoir un bon emploi, il faut un réseau de contacts, mais ce n’est pas évident pour un immigrant », a-t-elle raconté dimanche après-midi.

 

Des obstacles majeurs

 

Alors que s’ouvre ce lundi la Conférence de Montréal, où tout le milieu des affaires sera réuni, les jeunes chambres de commerce des communautés culturelles profitent de l’occasion pour lancer un appel au gouvernement Couillard et aux chefs d’entreprises pour accélérer et améliorer l’intégration des professionnels immigrants.

 

Malgré les efforts des gouvernements ces dernières années, la difficulté d’acquérir une première expérience en sol québécois, la non-reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger et la méconnaissance du français, voire de l’anglais, demeurent des obstacles majeurs pour accéder au marché du travail.

 

« On aimerait être plus consultés, impliqués et surtout écoutés alors qu’on est les mieux placés pour connaître les problèmes que vivent nos communautés », lance Leidy Ojeda, la présidente par intérim de la Chambre de commerce latino-américaine du Québec (CCLAQ). « La diversité est un sujet qui revient souvent; on va en parler à la Conférence, mais on fait rarement appel à nous alors que nos méthodes d’intégration ont été éprouvées et que nous avons de nombreux cas de réussite », souligne la jeune femme de 33 ans qui est, elle-même, un bel exemple d’intégration. Arrivée au Québec à l’âge de 9 ans après avoir quitté le Pérou, Mme Ojeda parle parfaitement français et dirige maintenant sa propre entreprise de communications dans le Vieux-Montréal.

 

Offre d’expertise

 

La CCLAQ ainsi que la Cellule des jeunes gens d’affaires du Congrès maghrébin au Québec (CMQ), la Jeune Chambre de commerce haïtienne et le Réseau des entrepreneurs et professionnels africains soutiennent donc que le gouvernement Couillard aurait tout intérêt à se tourner davantage vers eux pour profiter d’une main-d’oeuvre qualifiée et pour assurer, par le fait même, la prospérité du Québec.

 

« Le gouvernement veut revoir ses programmes, alors c’est le temps de profiter de notre expertise. On a créé des réseaux qui comblent des besoins réels sur le terrain. Il y a des gens bien intégrés qui aident ceux qui recherchent de l’emploi et qui peuvent leur faire épargner beaucoup de temps », explique Monsef Derraji, le président du CMQ qui a quitté le Maroc en 2002.

 

« Il faut aussi que le gouvernement et les entreprises aient le courage de dire quelles sont leurs attentes. Si l’anglais est essentiel pour avoir un emploi, les immigrants doivent le savoir dès le début », poursuit-il.

 

En fait, les jeunes chambres de commerce des communautés culturelles croient qu’il faudrait une véritable stratégie d’intégration sociale pour faciliter l’accès des immigrants au marché du travail. Au dire de Mme Ojeda, ils ont besoin de mieux connaître la culture québécoise dans toutes ses subtilités.

1 commentaire
  • Anick Labelle - Inscrite 9 juin 2014 09 h 46

    Le mentorat, une bonne solution

    Les entreprises obtiennent de bons résultats avec des programmes de mentorat où des salariées d'origine étrangère mentorent les nouveaux arrivants:

    http://www.lesaffaires.com/archives/generale/quand Une piste...