Le président de Couche-Tard se vide le cœur

Le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard, n’aime visiblement pas la culture de dépendance et de soumission qu’il croit voir se développer au Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard, n’aime visiblement pas la culture de dépendance et de soumission qu’il croit voir se développer au Québec.

Sur des sujets comme la syndicalisation et la protection des sièges sociaux, le président d’Alimentation Couche-Tard n’a jamais eu la langue dans sa poche, un trait de personnalité qui s’est de nouveau manifesté hier lorsque l’entrepreneur a critiqué la situation économique et politique du Québec.

Deux fois milliardaire selon le magazine Forbes, Alain Bouchard a indiqué lors d’un dîner-causerie que le Québec « a besoin de plus d’entrepreneurs », qu’il « dépense trop depuis 40 ans » et « est sur le BS » par rapport à Ottawa et aux autres provinces.

Le fondateur des dépanneurs Couche-Tard, qui s’exprimait devant un auditoire d’affaires réuni par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, a été invité par le modérateur à décrire les causes qui lui tiendront à cœur au cours des prochaines années.

Après un premier élan sur l’entrepreneuriat, M. Bouchard avait d’abord fait état d’un besoin criant de « comprendre l’économie », ce qui « commence par l’éducation » à l’école secondaire. « J’aimerais moins de gouvernement, moins de réglementation, plus de soutien aux entrepreneurs. Quand je dis soutien, je ne parle pas de subventions », a-t-il ajouté.

Couche-Tard a enregistré à son exercice 2013 un chiffre d’affaires de 35 milliards et un bénéfice net de 573 millions. Le réseau de Couche-Tard atteint 6200 points de vente en Amérique du Nord (60 000 employés) et 2260 magasins en Europe.

C’est à ce moment qu’il a abordé de front des enjeux de nature politique.

« La game des moratoires, là… Sur les garderies, sur les tarifs d’Hydro-Québec à l’époque, les frais de scolarité… Quelle maladie! Ça n’a pas de bon sens qu’on en soit venu à une histoire qu’on a vue ici. On laisse les groupuscules d’influence gérer pour nous. Nos gouvernements nous embarquent dans des situations impossibles et acceptent ça », a dit M. Bouchard.

« Ça fait 40 ans qu’on dépense trop. On est sur le BS, savez-vous ça ? On reçoit du BS du fédéral. On reçoit du BS des autres provinces. Aimez-vous ça, être sur le BS, vous autres ? Ç’a pas de maudite allure qu’on tolère ça, nous, les Québécois, qui sommes si créatifs et capables de bâtir, qu’on accepte d’être sur le BS. Ça n’a pas de sens. Je trouve ça absolument ridicule. Il serait temps qu’on s’assume. »

Péréquation et transferts

Ce propos de M. Bouchard fait référence aux sommes qui proviennent du gouvernement fédéral. Selon le budget déposé au mois de février par le Parti québécois, le Québec devait recevoir en 2014-2015 un montant de 9,3 milliards en péréquation et de 5,2 milliards en transferts de santé.

Entre économistes de gauche et de droite, le débat autour des sommes que les provinces perçoivent d’Ottawa ne date pas d’hier. Dans le budget déposé en février 2014, le ministère des Finances a tenu à mentionner que « ni les principaux transferts fédéraux ni l’enveloppe de péréquation n’ont substantiellement augmenté depuis 25 ans en proportion des dépenses de programmes du gouvernement fédéral : ils sont restés relativement stables ».

Le gouvernement de Philippe Couillard, qui doit déposer son propre budget le 4 juin, a déjà fait allusion à la nécessité de « redresser » les finances publiques. À l’Assemblée nationale hier, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a affirmé que le déficit de 2014-2015 serait de 3,1 milliards, et non 1,75 milliard tel qu’annoncé par le Parti québécois en février.

Une adjointe de M. Bouchard a indiqué que ce dernier ne souhaitait pas s’entretenir avec la presse au terme du déjeuner-causerie.

Il est déjà prévu que, lors de la prochaine assemblée annuelle des actionnaires, Brian Hannasch, chef des opérations, deviendra le président et chef de la direction. M. Bouchard deviendra président exécutif du conseil d’administration.