La prime à la scolarité perd de la valeur

La prime salariale aux diplômes recule depuis plus d’une douzaine d’années au Québec, rapporte l’IREC.

 

De 2001 à 2012, le salaire horaire moyen des travailleurs québécois âgés de 17 à 64 ans a augmenté d’un peu moins de 6 % au total pour les détenteurs d’un diplôme secondaire, une fois pris en compte l’inflation, soit deux fois mieux que pour les détenteurs d’un baccalauréat (+3,1 %) et même d’un diplômé de maîtrise ou plus (+2,7 %), constate un rapport de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) dévoilé mardi.

 

Ce phénomène, qui marque un renversement de tendance, s’observe particulièrement chez les travailleurs les plus jeunes, mais laisse malgré tout un grand avantage à ceux qui ont poursuivi leurs études. Une fois pris en compte un ensemble de facteurs, comme les années d’expérience, le sexe ou le taux de syndicalisation, le salaire horaire moyen des détenteurs d’un diplôme postsecondaire était ainsi presque 13 % supérieur à celui d’un simple diplômé du secondaire, mais cet avantage était de presque 17 % en 2001. Le recul se fait de plus en plus marqué à mesure qu’on ajoute des années d’étude, la prime des diplômés du baccalauréat par rapport aux diplômés du secondaire ayant diminué, non pas de 4 points de pourcentage, mais de presque le double (7,3 points, de 39,1 % à 31,8 %), et celle des détenteurs d’une maîtrise ou plus ayant reculé du triple (12,4 points), soit d’un salaire 51,3 % supérieur à un diplômé du secondaire en 2001 à 38,9 % de plus en 2012.

 

Ce phénomène n’est pas propre au Québec. Il s’observe dans d’autres économies développées, notamment aux États-Unis, a expliqué dans un entretien téléphonique au Devoir Oscar Calderon, coauteur du rapport avec Jules Bélanger. Le travail des deux chercheurs de l’IREC ne visait pas à l’expliquer. L’une des hypothèses souvent évoquées est que l’augmentation du nombre de diplômés a fini par dépasser la demande du marché et que de plus en plus de nouveaux venus ont été obligés d’accepter des emplois aux salaires moindres pour lesquels ils étaient surqualifiés.

 

Sur l’ensemble des travailleurs âgés de 17 à 64 ans, la proportion de détenteurs d’un diplôme d’études universitaires a monté de 11,3 % en 1981 à 18,4 % en 1997, avant de bondir à 27,1 % en 2012. La progression s’est révélée particulièrement spectaculaire chez les femmes, qui sont passées, dans l’intervalle, de 9,3 % en 1981 à 32,2 % en 2012, contre une augmentation de 12,4 % à 23,1 % chez les hommes.

 

Tous ces diplômés trouveront peut-être une consolation dans le fait que la prime à l’éducation reste plus élevée au Québec que dans le reste du Canada en dépit du recul de cet avantage à la grandeur du pays. À expérience égale, le salaire d’un diplômé universitaire au Québec était 48 % plus élevé qu’un diplômé du secondaire en 2012, contre une prime de 41,6 % dans le reste du pays. Cet écart ne serait pas le résultat de salaires plus élevés au Québec pour les diplômés universitaires, mais de salaires plus bas pour les travailleurs moins scolarisés. « Les diplômés universitaires québécois profitent probablement d’un niveau de formation et d’une maîtrise de l’anglais qui leur confèrent une meilleure mobilité au Canada et donc d’une meilleure capacité de réclamer les mêmes conditions salariales qu’ailleurs », note Oscar Calderon.

 

Retard persistant des femmes

 

Par ailleurs, les femmes ont poursuivi leur rattrapage salarial par rapport aux hommes sans toutefois parvenir encore à réduire complètement leur retard, note le rapport de l’IREC. Bien qu’elles aient « augmenté plus rapidement que les hommes leur présence dans des professions bien rémunérées, leur niveau d’éducation, leur expérience sur le marché du travail ainsi que leur ancienneté », les travailleuses à temps plein n’avaient toujours droit, en 2012, qu’à 88,7 % du salaire moyen des hommes, « alors que selon les caractéristiques observées elles devraient avoir un salaire horaire moyen plus élevé ».

 

Les conditions salariales des jeunes travailleurs par rapport à celles de leurs aînés avaient piqué du nez, entre 1981 et 1997, en raison de la forte diminution du taux de syndicalisation des premiers et de l’accès à des professions mieux rémunérées pour les autres. La situation s’est ensuite inversée à la faveur d’une augmentation du taux de syndicalisation et d’un meilleur accès à de bons emplois chez les plus jeunes.

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