Des comptes sans frais pour les plus pauvres

Option consommateurs note qu’il s’agit d’une économie minime puisque les plus démunis ont déjà droit à des comptes de base avec des frais mensuels de 4 $.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Option consommateurs note qu’il s’agit d’une économie minime puisque les plus démunis ont déjà droit à des comptes de base avec des frais mensuels de 4 $.

Les huit grandes institutions financières du pays ont convenu de réduire ou d’éliminer leurs frais pour les Canadiens à plus faibles revenus, a annoncé mardi le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver.

 

La nouvelle a cependant été accueillie plutôt froidement par les groupes de défense des consommateurs. « Ce sont des mesures qui sont là pour charmer, mais le gouvernement conservateur n’a pas voulu s’attaquer à d’autres phénomènes dans le milieu bancaire qui nécessitaient selon nous des mesures vraiment drastiques », a déclaré le porte-parole de l’Union des consommateurs, Philippe Viel.

 

En vertu de ces nouvelles règles, qui entreront en vigueur le 15 janvier prochain, les institutions financières offriront aux groupes les plus vulnérables financièrement des comptes sans frais, comportant le droit de tirer des chèques, un minimum de 12 opérations mensuelles par carte de débit et au moins deux transactions en succursale par mois. Les comptes ne comporteraient aucuns frais supplémentaires pour les dépôts, les cartes de débit, les formulaires de paiements pré-autorisés et les relevés mensuels imprimés.

 

Option consommateurs note qu’il s’agit d’une économie minime puisque les plus démunis ont déjà droit à des comptes de base avec des frais mensuels de 4 $.

 

Dans cette optique, ajoute Philippe Viel, l’économie de 4 $ par mois pourrait facilement et rapidement être perdue. « Les 12 premières transactions seront gratuites, oui, mais combien coûtera la 13e, la 14e et les suivantes ? Si ça coûte un dollar ou deux dollars, rapidement les frais bancaires vont dépasser l’économie de 4 $», a-t-il dit.

 

Les comptes sans frais seront offerts aux jeunes, aux étudiants, aux aînés admissibles au Supplément de revenu garanti, de même qu’aux bénéficiaires de régimes enregistrés d’épargne-invalidité, a indiqué M. Oliver. Selon lui, l’accès aux services bancaires sans frais sera ainsi offert « à plus de sept millions de personnes ».

 

Cela laisse toutefois en plan plusieurs autres Canadiens en situation financière précaire. « Malheureusement, on n’a pas offert de nouvelles modalités pour les travailleurs à faible revenu, les assistés sociaux et les chômeurs », a dit Philippe Viel.

 

Par ailleurs, d’autres Canadiens se verront offrir des comptes similaires à un coût de 4 $ par mois.

 

Cet effort fait suite à un engagement formulé dans le discours du Trône de 2013 en vue d’étendre les services bancaires de base sans frais, et de mettre fin aux politiques consistant à « facturer la facturation », mentionne le communiqué du ministre Oliver.

 

« C’est une étape mais on a raté la cible », rétorque le porte-parole de l’Union des consommateurs, selon qui on a ignoré le véritable problème. « Il aurait fallu légiférer pour plafonner certains tarifs et freiner l’explosion de nouveaux frais que l’on invente régulièrement dans le milieu bancaire », a dit Philippe Viel, prenant pour exemple les frais exorbitants associés aux chèques sans provision.

 

« On paie en moyenne entre 40 $ et 45 $ de frais supplémentaires si un chèque “rebondit”. Qu’est-ce qui justifie ce type de frais ? Surtout que ça touche justement des populations vulnérables, des gens qui ont peu de moyens pour s’assurer que leur chèque soit provisionné », a-t-il fait valoir.


Par Pierre Saint-Arnaud

3 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 28 mai 2014 07 h 07

    Le banditisme bancaire!

    Depuis trop longtemps les institutions bancaire se gavent de profits faramineux. Cette timide mesure ne freinera en rien leur appétit vorace, elles vont certainement trouver un autre moyen pour combler ce "manque à gagner". Tout cela est de la poudre aux yeux, ce gouvernement de droite, fidèle à lui-même et à ses bailleurs de fonds, il se fiche complètement des plus vulnérables. Quand un gouvernement s'attaquera directement aux milliards de profits de ces institutions, soit par une taxe spéciale ou autrement, là seulement je commencerai à croire, que peut-être nous pouvons espérer à un monde plus équitable.

  • Sylvain Allard - Inscrit 28 mai 2014 15 h 10

    Un autre tour de passe-passe!

    Quand on dit gratuit, c'est sans limite et sans aucun frais que se soit.
    Pourquoi donc 40$ à 45$ si un chèque “rebondit”?
    Pourquoi une limite de 12 transactions mensuelles par carte de débit et au moins 2 transactions en succursale par mois?

    Pas vraiment gratuit! Pauvre citoyens!

  • Leclerc Éric - Inscrit 29 mai 2014 22 h 08

    Et en retour elles obtiennent...

    Un élargissement de leur plafond sur les sommes déposées dans leurs paradis fiscaux;

    Encore moins d'impôts à payer sur leurs juteux profits;

    Plus d'avantages fiscaux sur les dons de toutes sortes à des oeuvres charitables;

    Pas de pénalités fiscales sur les pertes encourues par les mauvaises créances.