SNC-Lavalin: rebâtir la confiance

En février 2014, SNC-Lavalin a reçu le feu vert de l’Autorité des marchés financiers pour participer à des appels d’offres de projets publics.
Photo: - Le Devoir En février 2014, SNC-Lavalin a reçu le feu vert de l’Autorité des marchés financiers pour participer à des appels d’offres de projets publics.

Il est « inévitable » que les gens s’interrogent sur les mesures prises au sein d’une société qui a connu des problèmes comme ceux de SNC-Lavalin, selon celui qui deviendra sous peu son chef de la conformité.

 

« Le monde veut savoir si c’est une réaction impulsive pour “faire quelque chose vite” et “cocher des cases”, ou si l’entreprise a vraiment changé », a affirmé lors d’une entrevue hier David G. Wilkins, un Américain récemment recruté chez Dow Chemical pour succéder à Andreas Pohlmann le 1er juin prochain.

 

« C’est ça, le vrai test. Ça va prendre du temps »,a ajouté M. Wilkins, qui s’est loué un appartement dans le Vieux-Montréal après avoir dirigé pendant six ans la conformité chez Dow. « Le monde devra surveiller. Et nous, on devra livrer la marchandise et démontrer, par notre comportement, que les choses ont changé et que la direction ne tolérera plus le genre de geste qui a causé ça. »

 

M. Pohlmann, nommé à ce poste nouvellement créé en 2013 pour installer un régime de bonne conduite, prendra un mandat de conseiller afin de redorer le blason auprès de la Banque mondiale. Celle-ci a radié la compagnie pour dix ans en 2013 en raison d’un cas d’inconduite au Bangladesh survenu il y a quelques années.

 

L’entreprise de 30 000 employés, dont le dossier a été miné par des allégations de corruption entourant l’obtention du chantier du Centre universitaire de santé McGill, s’est efforcée de mettre en place un train de mesures de resserrement sur le plan éthique. Diverses personnes sont maintenant dans la mire de la justice, dont l’ancien président de SNC-Lavalin, Pierre Duhaime. Est également visé l’ex-patron du CUSM, Arthur Porter.

 

En février 2014, SNC-Lavalin a reçu le feu vert de l’Autorité des marchés financiers pour participer à des appels d’offres de projets publics. Cette exigence découle de la loi 1, adoptée par l’Assemblée nationale en décembre 2012.

 

« Ça prend du temps, convaincre des “parties prenantes” à l’externe. Installer les mesures, concevoir et implanter le programme de conformité, ça prend du temps », a dit M. Pohlmann, qui était présent à l’entrevue.

 

Année charnière

 

Les deux hommes décrivent 2014 comme une année importante. « Nous avons des engagements liés à notre programme visant l’évaluation des risques, lequel est supervisé par le chef de conformité et l’équipe mise en place. […] Ça sera suivi rapidement d’un cadre de contrôle pour déterminer l’efficacité des mesures prises. C’est une année charnière », a dit M. Wilkins.

 

Le hasard veut qu’il arrive en poste au moment où un enquêteur vient d’affirmer à la commission Charbonneau que le chantier du CUSM, un projet de 1,3 milliard, est « la plus grande fraude de corruption de l’histoire du Canada ».

 

« Je suis très à l’aise avec mon entrée en poste, a répondu M. Wilkins. Ça fait deux mois que j’investis dans l’apprentissage de l’entreprise et je crois que l’équipe est entièrement consacrée à la construction d’une société qui respecte les normes les plus élevées. »

 

« Ce sont des gens sérieux qui ont été confrontés à une sérieuse crise. Et ils ont posé les bons gestes », a dit M. Wilkins.

 

Au début du mois de mars, le président de SNC-Lavalin, Robert Card, a affirmé que l’entreprise voit la lumière au bout du tunnel. « L’année 2012 en a été une de découvertes, 2013 a été celle du nettoyage, 2014 en sera une de reconstruction et 2015 représentera le retour à la normale », a-t-il dit lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers.

 

L’année 2013 avait été marquée notamment par un programme d’amnistie de trois mois pour les employés qui pensaient avoir de l’information délicate à présenter. Au final, 32 employés ont fait une demande. M. Pohlmann a dit hier que toutes les demandes n’étaient pas nécessaires, mais il n’a pas voulu s’avancer à donner des détails.

 

Il y a deux semaines, la compagnie a publié des états financiers montrant des revenus de 1,7 milliard au premier trimestre, en baisse de 180 millions par rapport à l’an dernier. Le bénéfice net, toutefois, a grimpé à 94,7 millions, comparativement à 53,7 millions.

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