La sécurité alimentaire est un droit!

Thierry Haroun Collaboration spéciale
« Je pense que les trois ministres à caractère économique de notre gouvernement sont conscients de l’importance du secteur agroalimentaire », avance Pierre Paradis.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot « Je pense que les trois ministres à caractère économique de notre gouvernement sont conscients de l’importance du secteur agroalimentaire », avance Pierre Paradis.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le droit à la sécurité alimentaire est un enjeu sociétal pour lequel il faut sans cesse se battre. Voilà ce que laissent entendre le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Pierre Paradis, et Geneviève Parent, une experte dans ce domaine.

Pierre Paradis est député de Brome-Missisquoi, et le nouveau ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. Et pour lui (l’avis sera-t-il ministériel ?), le principe d’acheter local, d’acheter des produits du Québec, comme le homard de la Gaspésie ou les fraises du Québec, est une condition sine qua non pour assurer un avenir prospère de ce secteur. « Moi, j’appelle ça des circuits courts. Ce principe s’applique dans au secteur des pêches, notamment. Écoutez, je représente une région [l’Estrie] qui est très diversifiée sur le plan de l’agriculture, avec une industrie laitière ainsi que des petites entreprises familiales qui sont davantage axées sur des productions non contingentées. Je parle, par exemple, de jardiniers maraîchers et de produits du terroir. »

 

Dans cette perspective, le ministre rappelle que les instances publiques ne collaborent pas suffisamment en ce sens. « Je me demande pourquoi les établissements de santé, comme les hôpitaux et les centres d’accueil, les établissements scolaires de même que les centres de détention ne peuvent pas s’approvisionner localement à partir de circuits locaux. C’est bien [comme État] d’exiger des grandes chaînes d’alimentation qu’elles s’approvisionnent au Québec, mais il faudrait prêcher par l’exemple, comme gouvernement du Québec, note le ministre avant de faire un rappel d’importance.
Je pense que les trois ministres à caractère économique de notre gouvernement sont conscients de l’importance du secteur agroalimentaire, qui représente 10 % des emplois au Québec. Écoutez, c’est le principal secteur manufacturier. »

 

« Vous savez, poursuit le ministre, abordant cette fois le droit à l’alimentation,la sécurité alimentaire a toujours été au coeur du développement de toutes les civilisations. La sécurité alimentaire est davantage marquée en période de confrontation ou de guerre. Mais nous devons toutefois demeurer vigilants en période de paix. Et un gouvernement a, en ce sens, l’obligation de s’assurer que sa population a, en toutes circonstances, suffisamment d’éléments pour garantir à sa population une nourriture saine. »

 

Et notre nouveau ministre de conclure en indiquant qu’assurer une relève agricole au Québec sera au coeur de ses priorités au cours de son mandat.

 

Sécurité, sécurité!

 

Si Pierre Paradis soutient que la sécurité alimentaire doit être assurée, il rejoint en cela l’avis des experts en ce domaine.

 

Geneviève Parent est titulaire de la Chaire de recherche en droit sur la diversité et la sécurité alimentaires de l’Université Laval. « C’est la seule chaire en droit de ce domaine, laquelle chaire a pour objectif de réfléchir de manière continue à l’élaboration du droit en agroalimentaire, soit de la production jusqu’à la consommation. Avant l’établissement de cette chaire, il n’existait pas de lieu de réflexion à l’élaboration de ce type de droit de manière cohérente et avec une vision globale de cet enjeu », précise Mme Parent, qui est également directrice des programmes de l’Institut québécois des hautes études internationales de l’Université Laval.

 

D’ailleurs, l’IQHEI a organisé la première édition de l’École internationale d’été sur la sécurité alimentaire qui s’est tenue sur le campus de l’université du 12 au 17 mai et à laquelle ont participé une vingtaine d’experts d’ici, mais aussi des États-Unis, d’Europe et de l’Amérique du Sud.

 

Enjeux

 

Qui sont ces acteurs et quels sont les facteurs structurels et conjoncturels déterminants de la sécurité alimentaire ? Comment expliquer les crises alimentaires ? Comment l’aide humanitaire, les projets de développement et les politiques publiques peuvent-ils répondre à ces situations de crise, chroniques ou structurelles ? Quelles sont les solutions envisageables pour une sécurité alimentaire durable en tenant compte des défis de demain ? Voilà autant de questions qui étaient soulevées par cette école qui visait en substance à outiller les étudiants, citoyens, professionnels et futurs professionnels afin qu’ils soient en mesure de développer leurs propres réponses à ces questions et qu’ils puissent réfléchir ensemble à des pistes de solutions viables sur ce grand enjeu.

 

Droit et accords

 

Cela dit, la question du droit alimente les travaux et les réflexions de Mme Parent. « Il s’agit, en fait, de favoriser une sorte d’effet de balancier [sur le plan de la sécurité alimentaire] au regard des accords commerciaux. Actuellement, en droit international, il existe des accords de libéralisation des échanges qui touchent l’agriculture et l’alimentation, mais il n’existe pas d’autre droit sur cette question en dehors du système commercial de l’Organisation mondiale du commerce et autres accords bilatéraux de libre-échange. Il existe donc une sorte de vide juridique. C’est une question qui a été abordée par l’école d’été. »

 

Poursuivant notre entretien, Geneviève Parent rappelle par ailleurs que l’une des solutions pour assurer la sécurité alimentaire est « de rapprocher les agriculteurs des consommateurs, notamment dans les centres urbains. L’idée est donc de replacer l’agriculture au coeur de l’alimentation des consommateurs. »