Des partis politiques trop optimistes, selon les économistes

Le ministre des Finances, Carlos Leitao (gauche), et le premier ministre, Philippe Couillard, travaillent sur un premier budget qui devra contenir certaines mesures urgentes, selon les membres de l’Association des économistes québécois. Parmi elles: contrôler les dépenses publiques.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre des Finances, Carlos Leitao (gauche), et le premier ministre, Philippe Couillard, travaillent sur un premier budget qui devra contenir certaines mesures urgentes, selon les membres de l’Association des économistes québécois. Parmi elles: contrôler les dépenses publiques.

Quatre économistes sur cinq croient que les cadres financiers publiés par les partis politiques pendant la campagne électorale ont peint un portrait trop optimiste de l’horizon économique.

 

Le plus récent sondage de l’Association des économistes québécois (ASDEQ), réalisé par Léger, est sans équivoque. Non seulement 78 % des membres jugent que les partis se sont rendus coupables d’un excès de confiance, mais 90 % d’entre eux estiment que cela « a pour effet d’éviter les vrais débats sur les choix difficiles à faire ».

 

Cette enquête d’opinion survient au moment où le gouvernement Couillard est en train de préparer un budget qui sera présenté vraisemblablement le mois prochain.

 

Deux professeurs universitaires chargés par Québec de faire le point sur la question, Luc Godbout et Claude Montmarquette, ont récemment estimé que le déficit de 1,75 milliard prévu en 2014-2015 serait plutôt de 3,7 milliards.

 

« Les économistes sont sceptiques quant à la capacité du gouvernement du Parti libéral d’atteindre les objectifs économiques de sa plateforme électorale », a écrit l’ASDEQ.

 

Entre autres objectifs, le Parti libéral souhaite que le Québec atteigne la moyenne de la croissance économique canadienne, un engagement que seulement 22 % des économistes croient possible, contre 74 % qui pensent le contraire.

 

Par ailleurs, 41 % d’entre eux estiment que la création de 250 000 emplois en cinq ans est possible (contre 54 %) et 46 % croient possible de maintenir la croissance des dépenses publiques entre 2 et 3 % par année (contre 48 %). Le sondage a été effectué du 17 avril et 1er mai. Au total, 160 des 692 membres ont répondu, la marge d’erreur étant donc de 6,8 %, 19 fois sur 20.

 

L’opinion moyenne des économistes sur les perspectives, par ailleurs, prend du mieux. En mai 2013, seulement 13 % d’entre eux entrevoyaient une amélioration de la situation économique. Ils sont désormais 48 % à penser de la sorte. (Ils sont 6 % à craindre une détérioration et 43 % qui sont convaincus d’un maintien.)

 

À l’approche du budget

 

Le budget du mois de juin sera le premier du nouveau ministre des Finances, Carlos Leitao, qui occupait auparavant le poste d’économiste en chef à la Banque Laurentienne. Le nouveau président du Conseil du Trésor est lui aussi économiste : Martin Coiteux a enseigné à HEC Montréal et travaillé pendant un peu plus d’un an à la Banque du Canada.

 

Le 24 avril, M. Leitao a dit qu’il venait d’apprendre que les recettes fiscales tirées des bénéfices des entreprises étaient à la baisse.

 

Le premier ministre Couillard a cependant indiqué que l’état des finances publiques du Québec était, selon lui, lié à « des problèmes structurels qui dépassent les changements de gouvernement ».

 

Au sujet des engagements qu’il faudrait appliquer de façon urgente, 42 % des membres ont estimé que « la compression de 1,3 milliard des dépenses publiques sur deux ans » est « très urgente » et un deuxième groupe (42 %) la voit comme « assez urgente ».

 

La relance du Plan Nord n’est pas une priorité, selon le sondage : les catégories « très urgente »et« assezurgente » regroupent 39 % d’appuis, comparativement à 58 % pour les peu ou pas du tout urgent.

 

« Puisqu’on parle de l’élaboration d’un budget, je pense que les gens répondent selon une perspective du court, moyen et long terme », a dit le directeur général de l’ASDEQ, Bernard Barrucco. « C’est pour ça qu’on voit une certaine importance accordée aux compressions budgétaires et au rétablissement des crédits du Plan d’infrastructure. »

 

M. Barrucco a fait remarquer que le Plan Nord serait « excessivement dépendant » à la conjoncture internationale alors que la stratégie maritime du Parti libéral, pour sa part, « est une chose qui prend du temps et est plus structurelle, à terme ».

7 commentaires
  • Daniel Houx - Inscrit 6 mai 2014 03 h 44

    Les chiffres

    Le déficit prévu par le PQ: 1.75 milliard

    Le déficit revu par le rapport de Luc Godbout et Claude Montmarquette: 3.7 milliards

    Le déficit selon le ministre des Finances, Carlos Leitao: 5.5 milliards

    Le vrai déficit: ????

    • Pierre Labelle - Inscrit 6 mai 2014 06 h 57

      En gonflant ainsi les chiffres, il est facile par la suite d'imposer sa façon de faire pour supposément "redresser" la situation. Vieux parti, vieille tactique. Il apprend vite ce Carlos....

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 mai 2014 07 h 02

      «Le vrai déficit: ????»

      Le vrai déficit est dans l'attention du peuple !

      PL

    • Mario Jodoin - Abonné 6 mai 2014 09 h 14

      Luc Godbout et Claude Montmarquette disent que le déficit serait plus élevé que prévu (1,75) de 3,7 milliards. 1,75 + 3,7 = 5,4, disons 5,5.

      Attention, je ne dis pas que ce calcul est bon (le 3,7 est nettement exagéré, M. Godbout l'a lui-même reconnu en entrevue), simplement que le 5,5 est le total du déficit prévu et du «trou» supposément découvert par nos deux supposés experts...

  • Richard Laroche - Inscrit 6 mai 2014 12 h 59

    Les économistes féodaux

    Les économistes de carrière sont des personnes qui cherchent avant tout à avoir un chèque de paie et à apporter le pain et le beurre sur la table de leurs enfants. Ils sont prêts à porter le discours qu'il faudra pour obtenir leur paye. Et naturellement, le discours des économistes "crédibles" que le gouvernement présente est toujours le discours qui plaît à la machine financière.

    Si vous cherchez un économiste qui remet en question l'utilisation des monnaies fiduciaires et du système fractionnaire, vous ne le trouverez certainement pas près des banques. Si vous cherchez un économiste qui milite contre le capitalisme de connivences, vous ne le trouverez pas près de nos politiciens.

    Car en effet, les plus grandes fortunes du monde ne reposent pas vraiment sur un réel libre-marché, mais sur des failles du système qui profitent à quelques uns au détriment d'un grand nombre. Un économiste qui adresse les problèmes fondamentaux du système se retrouve systématiquement discrédité par l'establishment qui par définition profite de ces failles.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 6 mai 2014 14 h 39

    Déficit ou déficiences

    Je crois que les déficiences des politiciens sont bien plus importantes que le déficit.

    N'ont-ils pas usé de la plus méprisable démagogie depuis toujours pour pousser les électeurs vers des choix irréalistes et puérils ? Pour obtenir le pouvoir, ils ont promis à tour de bras qu'il n'y aurait pas d'attente dans les services de santé, promesse totalement irréaliste qui a permis aux lobbies de faire engager sans souci d'organisation, des milliers de personnes dont on doit payer les conditions d'emploi incomparables.

    Le déficit est structurel. Cela veut dire en mots compréhensibles que la racine du mal se perd dans la nuit des temps, mais tous y ont contribué.

    Il n'y a pas de déficit structurel, il n'y a que de l'argent mal distribuée et mal dépensée, car on coupe sans cesse dans les principes organisateurs, ces «parasites» que sont les bureaucrates.

    La cerise sur le sundae, c'est quand on vient nous dire, du haut de son abri, le cul sur la commode, que l'on doit se serrer la ceinture. Il n'y a pas un seul de ces chantres de l'austérité qui en souffriront, tous des «gras durs».

    Le déficit structurel, c'est le politique et notre allergie aux affaires.

  • norbert pealey - Inscrit 6 mai 2014 18 h 46

    Sans intéret !

    Un economiste c est un avocat de la finance , c est nimporte quoi pour avoir acces a une tribune . Qui de ces :prophetes : nous a prévenus de la crise financiere de 2008 , PAS UN ! Alors pouquoi les élus et les autres les écoutent encore ???