Réhabiliter l'industrie porcine... avec l'aide de l'État

Gaétan Desroches, chef de la direction de la Coop fédérée
Photo: Gaétan Desroches, chef de la direction de la Coop fédérée

Le nouveau chef de la direction de la Coop fédérée veut « redonner ses lettres de noblesse » à l’industrie porcine, un « pilier » du secteur agroalimentaire québécois qui a été fragilisé au cours des dernières années. Mais pour ce faire, Gaétan Desroches réclame le soutien financier du nouveau ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis.

 

« Ça va prendre des moyens pour redynamiser la filière au complet. C’est un gros poids dans les exportations du Québec et, présentement, c’est une industrie qui n’est pas bien vue », affirme M. Desroches en entrevue au Devoir, deux semaines après avoir pris la tête de l’organisation.

 

En 2012, les viandes, les abats et les préparations de porc ont représenté près du quart des exportations de produits bioalimentaires québécois, à plus de 1,4 milliard de dollars, principalement à destination des États-Unis (26 %), de la Russie (24 %), du Japon (23 %) et de la Chine (8 %).

 

« Il faudrait vraiment prendre le temps de s’asseoir et de regarder ce qu’on fait avec cette industrie-là parce qu’elle a beaucoup d’impacts collatéraux », poursuit le nouveau dirigeant, qui s’est joint à la Coop fédérée il y a plus de 30 ans. Il pense à l’emploi, à l’industrie de la transformation, au commerce international, mais aussi à la production céréalière qui permet de nourrir les animaux.

 

La filière porcine vit des moments difficiles en raison de la volatilité du prix des grains et des voix qui s’élèvent pour exiger le respect du bien-être animal. M. Desroches est favorable à un changement de culture, incarné par le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des porcs rendu public en mars, mais souligne que l’agrandissement des espaces d’une porcherie ou encore la modernisation des systèmes de ventilation et d’éclairage représentent des investissements importants. Sans préciser la hauteur de ses attentes, il est convaincu que Québec doit y contribuer financièrement.

 

La direction de la Coop fédérée n’a pas encore eu l’occasion d’en discuter avec Pierre Paradis, nouveau titulaire de l’Agriculture, mais M. Desroches a bon espoir de trouver une oreille attentive. « C’est quelqu’un qui connaît bien l’agriculture », répond-il simplement. Depuis son entrée à l’Assemblée nationale en 1980, M. Paradis a notamment présidé la Commission de l’agriculture, des pêcheries et de l’énergie et des ressources naturelles sous le gouvernement Charest.

 

Attentes

 

Les demandes de la Coop fédérée ne se limitent pas au secteur porcin. M. Desroches espère que le ministre Paradis appuiera ouvertement le système de gestion de l’offre, qui encadre la production canadienne de lait, de volaille et d’oeufs avec des quotas, tout en garantissant un revenu stable aux producteurs.

 

« Je comprends que c’est fédéral, mais il faut que le provincial soit en arrière de nos producteurs, parce que la gestion de l’offre, malgré tout ce qu’on peut en dire, a permis de garder des fermes en région, un peu partout », soutient-il. Les détracteurs de ce système pointent un accès limité aux marchés mondiaux et des prix plus élevés pour les consommateurs. « On parle des deux côtés de la bouche. On veut garder les paysages bucoliques en région […], mais on ne veut pas payer notre lait plus cher. Ça ne marche pas. »

 

Selon les informations véhiculées jusqu’à maintenant, ce système devrait néanmoins être préservé dans le cadre des accords de libre-échange conclus avec l’Union européenne et la Corée du Sud.

 

M. Desroches est également d’avis que le gouvernement Couillard doit emboîter le pas au gouvernement Marois en préservant la Politique de souveraineté alimentaire, tout particulièrement en ce qui concerne l’achat de produits d’ici. « J’ai de la misère à voir comment on pourrait reculer là-dessus. »

 

Pour ce faire, il faudra toutefois que la protection du territoire agricole devienne une priorité. Réorganisons les villes, freinons l’étalement urbain et favorisons la cohabitation entre les milieux ruraux et urbains, plaide-t-il.En un mot, Gaétan Desroches souhaite que le gouvernement et la population en général prennent conscience du caractère « stratégique » de l’agriculture pour l’économie québécoise.


 
3 commentaires
  • Albert Labranche - Inscrit 4 mai 2014 09 h 14

    Bravo

    Que le lisier suive les carcasses.

    • Pierre Patoine - Abonné 4 mai 2014 16 h 22

      Mmmm ça va être bon : " filet de porc sauce lisier".

  • Johanne Dion - Inscrit 4 mai 2014 17 h 52

    Les $ de M. Paradis? Çà va faire!!!

    Premièrement, l'argent ne viendra pas des poches de M. Paradis. Ce sont les contribuables Québécois qui vont devoir soutenir (encore) l'industrie porcine sur gestion liquide.

    Deuxièmement, cela fait plus de 15 ans que l'argent du contribuable tient à bout de bras une industrie dont la majorité du produit va à l'exportation, alors que la pollution, les monocultures OGM, les pesticides, les mauvaises odeurs, les cours d'eau pollués restent au Québec.

    Les recommendations du BAPE sur l'industrie porcine et de la tournée de la CAAAQ, on essaie de ne pas en tenir compte non plus.

    Çà va faire!