L’aérogare de Montréal-Mirabel sera démolie

L'aérogare est inoccupée depuis 2004.
Photo: Bruno Boutet CC L'aérogare est inoccupée depuis 2004.
Les bâtiments emblématiques de ce qu’est devenu le fiasco de Mirabel sont voués à la démolition. Le conseil d’administration des Aéroports de Montréal (ADM) a donné jeudi son feu vert au démantèlement de l’ancienne aérogare de Montréal-Mirabel. Loin de baisser les bras, le maire de Mirabel, Jean Bouchard, entend profiter des quatre mois restants pour mobiliser le nouveau gouvernement libéral derrière l’idée d’une nouvelle vocation pour le site.

« Faisant suite à dix années d’efforts avec des partenaires locaux et internationaux pour trouver une nouvelle vocation au bâtiment désaffecté, la démarche d’ADM s’appuie sur deux rapports d’experts qui démontrent que l’ancienne aérogare est aujourd’hui totalement désuète et que son potentiel de récupération à des fins commerciales autres qu’aéroportuaires est quasi nul et économiquement injustifié. » Construit en 1975 au coût de 500 millions (en dollars de l’époque) mais inoccupé depuis la fin de novembre 2004, le bâtiment de 500 000 pieds carrés sera démoli. L’approbation finale quant à l’octroi du contrat visant le démantèlement sera donnée en septembre prochain.

« Depuis la fin 2004, nos dépenses pour entretenir minimalement ce bâtiment ont totalisé plus de 30 millions en vain : c’est assez ! En plus, des réparations majeures d’au moins 15 millions sont requises de manière urgente. Il est de temps de tourner la page et de penser à l’avenir », a renchéri le président-directeur général, James C. Cherry. Et il est désormais estimé que le plein à Dorval ne sera atteint qu’en 2072.

Les maires protestent

Le maire de Mirabel, Jean Bouchard, déplore ce choix. « Dans les rapports mentionnés, rien n’indique que ce bâtiment souffre de dégradation ou de problèmes structurels. » Il revient sur ces vieilles blessures, non cicatrisées dit-il, associées à ce qui est devenu un fiasco après la décision, prise en 2002, de concentrer les vols passagers à Dorval. « C’est un non-sens de songer à démanteler ces installations qui ont été érigées au prix de nombreux sacrifices humains lors de l’expropriation de centaines de familles en 1975 et qui, de plus, pourraient encore servir à d’autres fins que de jouer le rôle d’une aérogare. » Pour la Ville, la démolition du bâtiment se traduit par une perte de 800 000 $ en taxes.

Le maire de Montréal et président de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), Denis Coderre, va plus loin en demandant une rencontre d'urgence avec le ministre fédéral Denis Lebel. « Cette décision surprend les élus de la Communauté métropolitaine de Montréal qui avaient rencontré des représentants d'ADM, le 10 avril dernier, afin de trouver une nouvelle vocation à l'aérogare [...] Le conseil de la CMM avait d'ailleurs adopté une résolution unanime afin d'appuyer les démarches du maire Bouchard, lors de sa séance du 24 avril dernier. »

Pour sa part M. Bouchard entend profiter des mois restants pour poursuivre ses efforts de mobilisation visant à trouver une nouvelle vocation pour ce bâtiment. Il entend, du même souffle, sensibiliser Robert Poëti, le nouveau ministre des Transports dans le gouvernement Couillard, et Pierre Arcand, ministre responsable de la région des Laurentides.

Au cours des derniers dix ans, l’aérogare de Mirabel n’a attiré qu’un obscur projet de parc thématique. Le projet RêvePort, annoncé en février 2006, n’a survécu que le temps d’un point de presse. Des investisseurs européens auraient également manifesté leur intérêt pour une transformation de l’aérogare en un centre commercial, mais aucune proposition n’a été soumise à l’échéance, à la fin de janvier dernier. Le lancement d’un vaste projet commercial de style « outlets » de 100 millions, situé à proximité mais plus près de l’axe autoroutier, a probablement contribué à l’échec, reconnaît M. Bouchard.

Le maire rappelle toutefois que le site conserve sa vocation d’aéroport industriel et qu’il se veut très dynamique avec la présence de grands noms de l’aéronautique donnant un emploi à près de 8000 personnes de la région. ADM avance également cette carte, le bâtiment voué à la démolition occupant 15 acres sur les 6000 acres de la zone opérationnelle de l’aéroport Montréal-Mirabel, converti depuis en un pôle aéronautique de calibre mondial. « Il est important de distinguer l’aéroport, qui est en plein essor, de l’ancienne aérogare […] Loin d’être un éléphant blanc, l’aéroport de Mirabel fera l’objet d’investissements d’ADM totalisant quelque 100 millions au cours des prochaines années, incluant notamment 40 millions pour la réfection de la piste. »
36 commentaires
  • Jean David - Inscrit 1 mai 2014 11 h 49

    N'importe quoi !

    L'aéroport PET est parmi les plus désagréable, mauvais accès, trop petit, services très ordinaires, etc. Même son nom sonne faux. Plusieurs aéroports du tiers-monde le surpassent de beaucoup. Il est situé en pleine ville, donc d'expension limitée à très court terme. Malgré tout, on y consacre encore et toujours des investissements alors qu'il faudra quitter ce site à plus ou moins brève échéance. L'avenir était évidemment à Mirabel (de toute façon, c'est tout ce qu'on avait), mais maintenant on va le démolir...Dans le fond, c'est pas grave, puisqu'on a décidé à Ottawa qu'il n'y aurais qu'un seul aéroport d'importance dans l'est du Canada et que ce serait Toronto. Il n'y a même plus de vols sur l'Asie à partir de Montréal. C'est vrai que notre appartenance au Canada nous permet de nous ouvrir sur le monde, à condition de passer par Toronto. C'est ça être juste un province. Ah misère...pis on vote libéral...En fait, on ne devrais plus dire fédéraliste, mais provincialiste ou dépendentiste.

    • Michel Thériault - Inscrit 2 mai 2014 06 h 40

      Vous avez oublié un qualificatif M. David; colonisé. Le fait de nommer un aéroport du nom d'un des plus grands magouilleurs de l'histoire du Canada en est la preuve. Et en plus, on se laisse faire... Oui, colonisé convient très bien.

    • Raymond Vaillancourt - Abonné 2 mai 2014 08 h 45

      C'est l'aéroport de Mirabel que l'on aurait dû appeler "Pet" et non celui de Dorval. Il y aurait au moins un certain plaisir à le démolir ! Il fallait un culot certain pour donner le nom du père de l'éléphant blanc de Mirabel à celui de Dorval. Je n'ai pas souvenance qu'à cette époque, le gouvernement du Québec ait longuement protesté.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 2 mai 2014 12 h 35

      Jean Bouchard, maire de Mirabel écrit:

      "On doit également admettre que l’aérogare de Mirabel ne répond plus aux normes de sécurité actuelles et qu’il serait trop coûteux de la rendre fonctionnelle."

      Avant de chiâler, peut-être s'informer...

    • Pierre Denis - Inscrit 2 mai 2014 16 h 56

      Bien d'accord avec vous quant à ce déchet qu'est Dorval (jamais je ne prononcerai son nom "officiel"). Mirabel était un beau projet à l'origine mais il a été saboté dans son exécution par tous les niveaux de gouvernements impliqués. Le projet original prévoyait mettre la dynamite dans Dorval (imaginez la valeur foncière qui aurait été libérée) ; ce qui aurait fait faire une crise cardiaque à Drapeau. Ensuite, la 13 devait y être prolongée pour un accès direct (les routes sont du ressort provincial, on a l'autoroute des patates). Il devait y avoir un lien ferroviaire direct avec le centre ville (une autre patente fédérale) ; on est même pas foutus d'en avoir un avec Dorval après toutes ces années. Finalement, on a exproprié beaucoup plus que nécessaire certaines des meilleures terres agricoles de la province (et ne parlons pas de la façon dont ça s'est fait). Du caffouillage d'un bout à l'autre. Trop de chefs, pas assez d'indiens !

  • Albert Labranche - Inscrit 1 mai 2014 12 h 16

    Un gachis

    de proportion biblique.

    Meilleur aéroport que j'ai fréquenté.
    Toujours le memes qui paient. Dans un avenir pas si lointain TADAM on démenage a MIRABEL des millairds a la poubelle.
    C'est a vous dégouter de notre systeme politique de bas de gamme.
    Merci PET

  • Christine Rychlik - Inscrite 1 mai 2014 12 h 17

    Mirabel n'est pas un élephant blanc

    Toronto a un deuxième aéroport dans les cartons. Probablement Mirabel est gênant pour justifier ce projet dispendieux et redondant avec la présence de notre aéroport. Quel gaspillage de notre patromoine. On nous dit pauvre et on démolit nos actifs. Mirabel n'est pas en trop, c'est la volonté de vouloir une situation gagnante pour elle qui manque.

    • Mario Paquette - Inscrit 2 mai 2014 11 h 03

      Entièrement raison, la démarche de ses bureaucrates ont favorisés Dorval, un endroit loin du centre ville, en périphérie de milieu urbain (probleme de bruit et de pollution atmosphérique qui vont couter cher au gourvernement) en plus de nécessité une constante amélioration du réseau routier environnant afin de dessservir sa clientèle $$$$$$$$ pour le contribuable. Mirabel est le lieu de prédiliction a un aéroport par sa situation- une voie rapide la 13, un train rapide direct centre ville et meme une liaison aérienne légère sur ile notre -dame (service a la porte du métro) aurait pu faire de Montréal une destination affaire comme a Sao Paulo au Brésil. Cette aéroport doit etre conserver et graduellement fermer Dorval qui se trouve en milieu urbain et occasionne des gros problemes a la population en plus d etre un endroit difficile d accès et peu convivialle. Il ya t il un politicien dans la salle qui peu prévenir se gachis de démolotion, mais faire revivre Mirabel (finit la bureaucratie selective) un des plus beaux aéroports que j ai la chance d utiliser.

  • Claude Lafontaine - Abonné 1 mai 2014 12 h 49

    Rebaptiser Mirabel

    L'éléphant blanc et le fiasco économique et social que représente l'aéroport de Mirabel est le résultat de l'œuvre du PLC de Pierre Elliot Trudeau du début des années 1980.

    J'ai toujours trouvé inapproprié que l'aéroport de Montréal soit renommé aéroport Pierre Elliot Trudeau, à mon avis c'est plutôt l'aéroport de Mirabel qui aurait dû être nommé ainsi en "l'honneur" de PET; même si le bâtiment principal sera démoli le site et l'aéroport continuera d'exister, je suis d'avis qu'on devrait remettre le nom de PET sur le bon aéroport, celui auquel son œuvre est le plus rattaché.

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2014 14 h 17

      À l'image du personnage, ça n'aura été que du vent...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 1 mai 2014 15 h 13

      M. Lafontaine...L'aéroport de Mirabel est splendide...Son seul défaut a été de ne pas être connecté par train léger rapide au centre de Montréal et à Dorval..Et cela aurait dû être fait par la ville et les municipalités depuis belle lurette..Les cies aériennes se sont découragées parce que les connections avec les vols domestiques internes canadiens et américains se faisaient très mal...

      À qui la faute?

    • Claude Lafontaine - Abonné 1 mai 2014 18 h 18

      @ Sol Wandelmaier
      Il vous en manque un très grand bout, cherchez un peu ce que cette décision du Fédéral (du gouv Trudeau) a eu comme impact sur la population de Mirabel et sur leurs terres agricoles

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 2 mai 2014 07 h 51

      Si je me souviens bien, les possibilités économiques locales de la venue d'un aéroport avaient été saluées très positivement par les autorités locales..Bien sûr, il y a eu des mécontents avec l'expropriation de certains mais on ne fait pas une omelette sans casser des oeufs...Et ce n'est pas cette expropriation qui a fait de Mirabel un gros éléphant blanc...

      Il aurait pû devenir un grand "Hub" en Amérique du Nord...

      Les décisions de le rendre attractif aux cies aériennes a été manqué...comme mentionné plus haut...

  • Gaston Langlais - Inscrit 1 mai 2014 13 h 07

    L'aéroport du "graissage" et des "graisseux"...

    Bonjour,

    Pendant plus de quarante ans, nous avons demandé un aéroport adéquat en Gasspésie et des infrastructures que possède habituellement une société civilisée. Mais c'est un gros NON pour la Gaspésie. Il fallait d'abord investir en exclusivité dans les grands centres. En plus, ici nous sommes trop pauvres pour offrir de généreux pots de vin, ce qui fait de nous, à ce chapître, des gens non compétitifs. Un billet d'avion Gaspé - Montréal - Gaspé avoisine encore et toujours les 1500$. L'Aéroport de Mirabel une fois fermé verra son immense terminal et son stationnement par étages démolis et enfouis quelque part dans les Laurentides. Son démantèlement coûtera encore plus cher que de doter la Gaspésie d'infrastructures nécessaires à son développement. Après on continuera de demander aux Gaspésiens et aux Gaspésiennes d'applaudir les bons à rien qui gaspillent nos taxes jour après jour sans répït.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Yves Côté - Abonné 2 mai 2014 09 h 27

      Monsieur Langlais, je pense que nous n'avons plus depuis longtemps que des dirigeants qui ne dirigent que dans le sens de leurs propres amis...
      Une nouvelle classe de politiciens et politiciennes doit naître.
      Il le faut pour sauver ce qui nous reste de la démocratie...
      Merci Monsieur de m'avoir lu.