Bilan d’une ancienne ministre des Ressources naturelles

De retour dans le camp de l’opposition officielle depuis l’élection du 7 avril dernier, Martine Ouellet affirme aujourd’hui catégoriquement son opposition au gaz de schiste et émet des réserves à propos du projet de pipeline Énergie Est.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir De retour dans le camp de l’opposition officielle depuis l’élection du 7 avril dernier, Martine Ouellet affirme aujourd’hui catégoriquement son opposition au gaz de schiste et émet des réserves à propos du projet de pipeline Énergie Est.

L’ex-ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet estime nécessaire de nationaliser le futur développement éolien au Québec afin de contrôler cette filière qu’elle juge prometteuse. Celle qui est redevenue simple députée s’oppose par ailleurs clairement au développement du gaz de schiste et exprime de sérieuses réserves par rapport au projet d’oléoduc de TransCanada.

 

Avant de devenir la députée péquiste de Vachon, Mme Ouellet a travaillé pendant plusieurs années chez Hydro-Québec, notamment du côté de la filiale Production. Et pour elle, il ne fait aucun doute que la société d’État serait la structure idéale pour développer la filière éolienne. Une position qui tranche avec celle mise en avant par le Parti québécois au moment du démarrage de l’industrie, à la fin des années 90.

 

« Je ne vois pas pourquoi Hydro-Québec ne serait pas propriétaire des parcs d’éoliennes. Nous avons l’expertise, on peut réduire les coûts et on peut aussi faire une bien meilleure planification », explique-t-elle au cours d’une longue entrevue accordée au Devoir.

 

Mme Ouellet juge ainsi qu’il serait possible d’arrimer le développement hydroélectrique à celui de l’éolien. « Lorsqu’on a un projet de développement hydraulique, il faudrait prévoir d’avance un projet éolien en même temps. On réduirait notamment les coûts de raccordement au réseau. Et le meilleur planificateur pour ce genre de projet, c’est Hydro-Québec. Toutes les expertises sont là. »

 

Pour la députée péquiste, cette forme de nationalisation « nous assure que les bénéfices reviennent aux Québécois ». En vertu du modèle actuel, mis en place sous un gouvernement péquiste, Hydro-Québec Distribution a le mandat de lancer des appels d’offres pour l’achat de blocs d’énergie provenant de producteurs privés. C’est le cas notamment du dernier appel d’offres, lancé en décembre dernier par l’ex-gouvernement Marois.

 

Celle qui était responsable du dossier énergétique jusqu’au 7 avril rejette toujours la conclusion de la Commission sur les enjeux énergétiques, qui pressait Québec de stopper le développement éolien. Selon le rapport, commandé par le gouvernement péquiste, cette énergie est trop coûteuse, mais aussi inutile dans le contexte actuel de surplus.

 

« À court terme, on n’en a pas besoin, reconnaît néanmoins Martine Ouellet. Il faut donc faire les quantités minimums pour maintenir l’industrie manufacturière, et invitons-la à faire le plus d’exportation possible. Mais il ne faut pas perdre les emplois pour le jour où nous en aurons besoin. »

 

Selon elle, l’avenir de l’éolien ne fait aucun doute. « Avec le développement du Québec, avec le transfert du pétrole vers les énergies renouvelables et avec l’électrification des transports, je crois qu’il faudra développer des projets. »

 

Non au gaz de schiste

 

Si elle se porte à la défense des nouvelles filières énergétiques renouvelables, Mme Ouellet ne rejette pas pour autant une éventuelle exploitation pétrolière au Québec. En ce sens, celle qui a été réélue dans Vachon s’en tient toujours à la ligne de son parti. Elle évoque cependant pour la première fois la possibilité que le pétrole québécois puisse être carrément exporté. Selon elle, si le potentiel se confirme, Québec pourrait vendre cet or noir à d’autres États et ainsi « en tirer des revenus ».

 

Elle dit donc oui à une possible industrie pétrolière québécoise, mais ferme définitivement la porte au gaz de schiste. Martine Ouellet, qui a souvent été accusée de tergiverser par rapport à cette filière énergétique, exprime aujourd’hui une position sans équivoque. « Avec les technologies actuelles, je dis clairement non. Le risque est trop grand. Ça n’a aucun sens. On parle de la vallée du Saint-Laurent. On parle d’une zone habitée, mais aussi d’une zone agricole. Et j’inviterais les partisans du gaz de schiste à aller voir ce qui se passe en Pennsylvanie, sur le terrain avec les citoyens. »

 

Martine Ouellet formule également de sérieuses réserves par rapport au projet de pipeline Énergie Est de TransCanada. « Il y a beaucoup de questions qui se posent, souligne-t-elle. Quelles sont les retombées économiques pour le Québec ? Actuellement, j’en vois peu. J’ai aussi des préoccupations par rapport à la provenance du pétrole. » Reste que, dans ce dossier, la décision définitive se prendra à Ottawa, et par un gouvernement conservateur « qui n’a à peu près jamais en tête les intérêts du Québec ».

 

Mme Ouellet prend acte du verdict « sévère » servi par les électeurs québécois. Mais surtout, « avec 18 mois au gouvernement, on reste avec un goût d’oeuvre inachevée », insiste-t-elle. Elle dit regretter de ne pas avoir pu élaborer de nouvelle politique énergétique, mais aussi de ne pas avoir été en mesure de présenter davantage de projets pour le développement nordique et la restauration des sites miniers. Mais la députée élue en 2010 affirme qu’elle demeurera en poste jusqu’aux prochaines élections.

18 commentaires
  • Albert Labranche - Inscrit 26 avril 2014 06 h 15

    Quand une personne ne veut pas comprendre

    « nous assure que les bénéfices reviennent aux Québécois ».

    Les eoliennes!! quels bénéfices? La technologie n'appartient pas qu Québec. Aucun impact positif sur l'environnement durant la vie d'une eolienne.

    Et j’inviterais les partisans du gaz de schiste à aller voir ce qui se passe en Pennsylvanie, sur le terrain avec les citoyens. »

    J'inviterais Mme. Ouellet à aller voir ce qui se passe en Alberta et Sackatchewan.
    Pas nécessaire d'aller en Pennsylvanie pour voir bruler du gaz biogénique. Au dela de 200 sites répertoriés dans les basses terres du ST-Laurent.

    On parle de la vallée du Saint-Laurent. On parle d’une zone habitée, mais aussi d’une zone agricole.

    Pas plus que l'Alberta, Pennsylvanie, Dakota du Nord. A plusieurs endroits moins.

    Une mise a niveau s'impose.

    • André Le Belge - Inscrit 26 avril 2014 11 h 31

      Tout le mode est contre l'exploitation pétrolière, des gaz de shale, du pétrole des sables bitumineux mais personne ne veut lacher so "char"...

  • Pierre Couture - Inscrit 26 avril 2014 08 h 05

    Non merci

    Une qualité que les élus devraient cultiver ardemment est celle de reconnaître leurs erreurs.

    Du temps qu'elle était ministre, Madame Ouellet nous a englués dans une sinistre politique éolienne qui nous oblige à acheter à 3 fois le prix nord-américain de l'énergie de l'électricité dont nous n'avons pas besoin et qui est invendable, la plupart du temps, car sans marché.

    Au lieu de reconnaître qu'elle a gravement erré en ces matières et qu'elle a coûté inutilement plusieurs milliards de dollars aux contribuables québécois, elle persiste et signe.

    Il faudra s'en souvenir dans 4 ans.

    • Gilles Théberge - Abonné 26 avril 2014 12 h 13

      Si on parle de l'éolienne que veut avoir le petit maire de campagne d'à côté vous avez raison. Jusqu'à présent ce sont il me semble des projets teintés de politique partisane qui ont présidé au développement de la filière. Une absurdité.

      Mais si on parle de coupler un parc d'éolienne aux barrages, tant les nouveaux que les anciens sous la gouverne d'Hydro Québec, c'est probablement la voie d'avenir.

      Nous n'allons quand même pas oublier que des études sérieuses et rigoureuses ont évalué et montré hors de tout doute que les corridons de vent du nord du Québec sont particulièrement propice à une importante production éolienne d'électricité. Un trésors de connaissances qu'on laisse dormir dans l'ombre.

      Évidemment si on laisse le développement se faire comme il s'est fait jusqu'à présent vous avez raison. Mais si on en prend la maîtrise d'oeuvre par la voie de notre société d'État, madame Ouellet a raison.

    • Louka Paradis - Inscrit 26 avril 2014 12 h 18

      Si vous préférez être englué dans le pétrole bitumineux, c'est votre choix. C'est loin d'être celui de la majorité des Québécois.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 avril 2014 17 h 00

      @pierre couture
      lorsque vous avez fait votre commentaire...honnêtement, franchement,
      pourriez-vous dire que ce fut fait sans un pointe de partisanerie politique?
      car ce genre de propos dénature toute intervention pertinente soit de l'auteur de l'article, soit de la personne interviewée, soit des personnes
      qui ont pris le soin de s'informer avant d'émettre un avis...

    • Jean Bédard - Inscrit 27 avril 2014 21 h 59

      @Nicole D. Sévigny & Louka Paradis - Pour dire que l'éolien peut nous exempter d'être "englué" dans le pétrole bitumineux, faut vraiment pas être informé... Et ajouter que "ce genre de propos dénaturetoute intervention pertinente", alors là, c'est le comble... Il n'y a pas plus pertinent que "l'impertinence" de l'éolien, surtout en milieux habités, qui déchire paysage et le tissu social au profit de quelques propriétaires fonciers et promoteurs véreux. Les Jean-François Blain, Jean-Thomas Bernard, Pierre-Olivier Pineau, Lauzon, Pierre Fortin et cie l'ont maintes fois expliqué, mais il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir... 1,5 milliards de pertes sèches d'ici 2020, dans le contexte actuel, faut le faire.

    • Pierre Couture - Inscrit 29 avril 2014 20 h 06

      @Louka Paradis. Il serait intéressant de savoir exactement comment les éoliennes pourraient nous désengluer du pétrole. Il est évident qu'il faudra se débarrasser de celui-ci assez rapidement, mais les éoliennes n'y pourront rien. Elles ne fournissent qu'une énergie de mauvaise qualité, intermittente et non fiable. Au moins, les hydrocarbures sont fiables.

      @ Madame Sévigny, «honnêtement, franchement, pourriez-vous dire que» Madame Ouellet est «sans un pointe de partisanerie politique? » Serait-elle la blanche colombe, l'esprit pur sans arrière-pensée de réelection? Allons donc! Soyons sérieux!

      Pour ma part, je l'ai déjà affirmé et écrit souvent : j'ai toujours voté PQ, sauf aux dernières élections justement à cause de sa calamiteuse politique éolienne. Bref, votre interrogation se trouve sans objet.

    • Pierre Couture - Inscrit 29 avril 2014 20 h 09

      Merci M. Bédard de nous rappeler que les éoliennes ne sont pas seulement dangereuses pour notre portefeuille et pour la nature dans son ensemble, mais qu'elles détruisent la vie communautaire des villages victimes de ces robots à pales.

      Malheureusement, on a beau signaler aux éolopathes tout le mal qu'ils font, ils s'aveuglent volontairement.

  • Pauline Cournoyer - Inscrite 26 avril 2014 09 h 49

    Tout a fait d'accord.

    Vous avez été élue. Bravo! Nous vous soutenons. Oui, une oeuve inachevée, c'est bien triste , mais , il faut se relever . Vous avez été à la hauteur durant ces l8 mois de gouvernance. Une grande dame dernière une petite femme. Je vous souhaite une bonne année avec ce nouveau gouvernement et aussi bonne santé. Mme Cournoyer

  • Yvan Croteau - Inscrit 26 avril 2014 11 h 15

    Les ressources naturelles un problème de planification et de justice sociale!

    Depuis que je suis la politique québécoise en matière de ressources natuelles, je crois que Mme Ouellette a été celle qui a ébranlée le plus les pilliers de ce Ministère. C'est à dire remettre en question sa mission fondementale. Ce ministère a été la première source d'entrée d'argent pour dotter le gouvernement d'une fonction publique moderne. Cependant, selon moi, la dérive des liens amicaux entre les barrons de la forêt et les fonctionnaires ont fait en sorte que la création de richesse passa avant la gestion efficace, responsable et équitable de notre patrimoine natuelle pour l'ensemble de la population. La création de richesse doit revenir au Ministère responsable de cette question alors que notre patrimoine naturel doit avant tout être aménagé de manière pérenne. Cela implique une volonté d'une planification globale du territoire qui n'a jamais exité. Cependant, le sujet avait été abordé par l'encien ministre de l'environnement de Charest maintenant à la tête du MRN. Si l'on souhaite avoir un ministère efficace il faudra que nos politiciens accepte d'écouter ses officiers sur cette nécessité. Cependant, les politiciens accepte rararement être confiné à la réalité et les québécois non plus. Je crois que dans les circonstances d'un gouvernement PQ Mme Ouellette a entreverte une porte qui sera difficilement refermable. Maintenant, ils savent que nous savons !

  • Leclerc Éric - Inscrit 26 avril 2014 12 h 39

    Il faut cesser le développement de l'éolien

    Ça coûte beaucoup trop cher face aux investissements requis, et les éoliennes ne fournissent pas le nombre de kw/h ou de mw/h souhaités.

    En cas de panne, les éoliennes ne nous seront d'aucune utilité!