Tenir compte des catastrophes naturelles dans les investissements serait sage

La crise du verglas l’hiver dernier à Toronto.
Photo: La Presse canadienne (photo) Mathew Sherwood La crise du verglas l’hiver dernier à Toronto.

Les gouvernements et les entreprises feraient bien de se préparer à faire face à la hausse du nombre et de l’ampleur des catastrophes naturelles au Canada, rappelle la Banque TD.

 

« Dans l’absence d’indice laissant présager une amélioration de la situation, les entreprises et les décideurs [publics] feraient preuve de prudence en commençant à réfléchir aux répercussions à long terme, et en accordant davantage d’importance aux catastrophes naturelles au moment de prendre des décisions d’investissements », disent les économistes Craig Alexander et Connor McDonald de l’institution financière dans une brève analyse dévoilée lundi, au lendemain de la publication du troisième et dernier volet de la dernière grande synthèse de la recherche par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat où le GIEC presse les pouvoirs publics de passer à l’action.

 

Prenant acte de l’incapacité de l’humanité de corriger le cap en matière de changements climatiques, la Banque TD prévient que « si aucun effort n’est consacré à rendre les infrastructures résistantes aux conditions difficiles, les catastrophes naturelles pourraient coûter très cher aux Canadiens ». Citant une étude de 2011 de la défunte Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie abolie un an plus tard par le gouvernement Harper, ils soulignent que, si rien n’est fait, la facture en dommages aux infrastructures, en coûts liés à la santé, en baisse de productivité des entreprises et en pertes d’heures de travail pourrait s’élever à 5 milliards par année dès 2020 et atteindre de 21 à 43 milliards en 2050. Or, disent-ils en citant toujours le même rapport, « un dollar investi aujourd’hui dans l’adaptation des infrastructures pourrait faire épargner entre 9 $ et 38 $ de dommages dans le futur ».

 

Catastrophes en hausse

 

Au Canada comme dans le reste du monde, on constate déjà une hausse du nombre de catastrophes naturelles depuis une trentaine d’années, notent Craig Alexander et Connor McDonald.

 

D’une vingtaine par an au début des années 80, leur nombre moyen a doublé au Canada et a atteint un sommet en 2008 de 40 phénomènes météorologiques violents ayant « forcé des gens à quitter leur maison, causé des blessures et des décès, endommagé des biens ou entraîné des bouleversements économiques ».

 

L’augmentation du nombre et de l’ampleur des catastrophes naturelles n’est pas seulement attribuable à l’accroissement des épisodes de vents violents, de pluie diluvienne, de sécheresse, ou de tempêtes de verglas.

 

Elle découle aussi de phénomènes sociaux. La hausse de la densité de population des villes, de même que la forte croissance du secteur des services expliquent, par exemple, pourquoi la vague de froid extrême et les pannes d’électricité qui ont frappé Toronto en décembre ont provoqué autant de dommages économiques sous forme de fermetures d’entreprises et autres retards dans les transports.

 

On sait aussi que plus une société s’enrichit, plus ses membres ont tendance à s’installer sur le bord des cours d’eau, augmentant d’autant leur degré d’exposition aux inondations, aux vents violents et aux glissements de terrain.

 

Des coûts pas seulement économiques

 

Il arrive paradoxalement que les efforts de reconstruction suivant une catastrophe génèrent une activité économique qui semble venir compenser et même dépasser les dommages subis, observe la note de la Banque TD. C’est ce qu’on a dit, par exemple, des inondations de l’été dernier en Alberta, qui ont causé pour environ 500 millions de pertes seulement en heures non travaillées, mais dont les efforts de reconstruction auraient généré, à eux seuls, 0,2 % de croissance du produit intérieur brut, en 2013, et le double, en 2014.

 

Mais la mesure du PIB ne dit pas tout, rappellent Craig Alexander et Connor McDonald. Elle « ne tient pas compte des dommages aux infrastructures et encore moins des tragédies humaines, plus importantes encore. » Or, dans le cas des inondations en Alberta, on a eu à déplorer la mort de quatre personnes, le déplacement forcé d’environ 100 000 personnes de leurs maisons ou de leurs lieux de travail et environ 2 milliards en dommages aux infrastructures.

2 commentaires
  • Nicole Moreau - Inscrite 15 avril 2014 07 h 45

    les coûts de ne pas se préoccuper de changements climatiques sont déjà très élevés

    en effet, 5 milliards $ d'ici 2020, soit d'ici 6 ans, ou peut-être 1 milliard $ pour le Québec semble une facture très importante qui devrait faire de l'environnement une priorité pour le nouveau gouvernement, il s'agit là de "vraies affaires"...et je vois mal quelqu'un dire que ce n'est pas crédible quand c'est une institution du secteur bancaire qui l'avance, ce secteur n'est pas généralement considéré comme allant au-devant des problèmes.

    • Julie Carrier - Inscrite 15 avril 2014 18 h 07

      Couillard a répété en campagne électorale que l'environnement n'était pas une priorité. Creuser des trous dans le Nord et le buildozer, c'est plus important, ça l'air. C'est le reflet de notre époque: la Pure insoucience et la Pure cupidité. L'argent.