Québec devrait éviter d’imiter Ottawa

13 février 2014, Pauline Marois annonçait un partenariat avec le secteur privé pour lancer un programme d’exploration sur l’île d’Anticosti. Une erreur, conclut l’IRIS, ajoutant que le Québec erre s’il pense réaliser des gains optimaux en marchant dans les pas d’Ottawa, qui favorise l’extraction des richesses naturelles plutôt que les mesures d’efficacité énergétique.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz 13 février 2014, Pauline Marois annonçait un partenariat avec le secteur privé pour lancer un programme d’exploration sur l’île d’Anticosti. Une erreur, conclut l’IRIS, ajoutant que le Québec erre s’il pense réaliser des gains optimaux en marchant dans les pas d’Ottawa, qui favorise l’extraction des richesses naturelles plutôt que les mesures d’efficacité énergétique.

Le Québec a tort de se laisser influencer dans ses politiques industrielles par Ottawa et son parti pris pour les pétroles et les ressources naturelles au détriment notamment du développement des énergies renouvelables et du secteur manufacturier, dit l’IRIS.

 

Les 115 millions que s’apprête à investir le gouvernement québécois dans l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti créeraient 57 % d’emplois directs et indirects de plus s’ils étaient investis plutôt dans les énergies vertes, estime l’Institut de recherche et d’informations socio-économique (IRIS) dans une note de recherche d’une douzaine de pages dévoilée mercredi.

 

Se basant en partie sur des chiffres officiels et sur les calculs d’autres experts, l’IRIS rapporte qu’il se crée en moyenne au Canada 8,6 emplois directs et indirects pour chaque million de dollars investis dans l’exploration pétrolière et 10,6 emplois dans l’exploitation pétrolière. Or ces retombées grimpent à 14 emplois si on dépense la même somme dans des mesures d’efficacité énergétique ou dans le développement d’un réseau électrique intelligent, et même à 16 emplois ou plus dans le cas de l’énergie solaire, du recyclage de l’énergie ou de la bioénergie. On peut estimer ainsi qu’avec les 115 millions annoncés pour l’île d’Anticosti, le Québec obtiendrait 1104 emplois s’il les dépensait en exploration et en exploitation pétrolières (9,6 emplois par million en moyenne), alors qu’il pourrait en espérer 1737, ou 57 % de plus, s’il optait plutôt pour la filière verte (dont la moyenne est de 15,1 emplois par million).

 

« Il appert sans équivoque que les investissements dans des domaines visant une diminution de la dépendance pétrolière sont plus intéressants en terme d’emplois que la poursuite du modèle canadien d’extraction de ressources naturelles, écrivent les auteurs de la note de recherche, Eve-Lyne Couturier et Bertrand Schepper. Rappelons par ailleurs que ce modèle nuit aux autres industries du Québec et que cette situation ne sera qu’exacerbée si cette stratégie est adoptée. »

 

La mauvaise influence d’Ottawa

 

Le projet d’exploration pétrolière à l’île d’Anticosti et autre Plan Nord sont à la fois inspirés et dictés par des politiques industrielles canadiennes qui ont, depuis toujours, généralement mal servi le Québec, estime l’IRIS. Du Pacte de l’automobile des années 60 aux différentes politiques pétrolières, en passant par les derniers programmes d’aide de 367 millions au secteur manufacturier ontarien, la priorité d’Ottawa semble toujours être bien plus de suivre de près la base électorale du parti au pouvoir que de répondre aux besoins de l’économie québécoise.

 

En faisant cela, Ottawa ne fait pas que mal servir le Québec, il lui nuit, affirment Eve-Lyne Couturier et Bertrand Schepper. Ils en veulent notamment pour preuve la pression à la hausse sur le dollar exercée par l’expansion du secteur pétrolier canadien et son effet dévastateur sur la compétitivité des manufacturiers exportateurs québécois. Ils citent aussi les accords de libre-échange qu’Ottawa négocie à la chaîne et qui encadrent chaque fois un peu plus le champ d’action des politiques économiques du Québec.

 

Les deux chercheurs ne disconviennent pas, en entrevue au Devoir, que la forte augmentation de la demande et des prix mondiaux des matières premières peut aussi expliquer le regain d’intérêt du Québec pour l’exploitation de ses ressources naturelles. Ils admettent également que la diminution du poids relatif du secteur manufacturier n’est pas réservée au Québec, mais qu’elle s’observe dans presque tous les pays développés et même déjà dans certaines économies émergentes.

 

Ils maintiennent cependant que le Québec pourrait faire mieux si Ottawa n’était pas tellement sourd à ses besoins et si le gouvernement québécois se distançait plus clairement de la voie empruntée par le fédéral. Quant à l’exploitation des ressources naturelles, comme le pétrole, ils ne voient pas pourquoi l’État québécois y investirait de ses précieuses ressources si la demande est tellement forte dans les marchés.

 

Attention devant !

 

Le secteur privé est parfaitement capable de reconnaître et de saisir ce type d’occasions si elles existent, dit Eve-Lyne Couturier. « Le rôle du gouvernement est de regarder et d’agir à plus long terme. » D’où l’intérêt de consacrer ses ressources financières et politiques à l’urgent virage vers l’économie verte.

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