Montréal et Québec, des villes bon marché

La ville de Montréal se classe très bien dans ce palmarès, avec des coûts inférieurs de 8 % par rapport à la moyenne américaine.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La ville de Montréal se classe très bien dans ce palmarès, avec des coûts inférieurs de 8 % par rapport à la moyenne américaine.

Le Québec et le Canada arrivent en tête d’un classement comparant les coûts d’exploitation des entreprises dans les villes de 10 pays.

 

Le Canada occupe le premier rang des pays développés de la nouvelle édition d’une étude bisannuelle de KPMG dévoilée mercredi et comparant 26 éléments de coûts d’exploitation, allant de la main-d’oeuvre à la fiscalité, en passant par le transport, les installations et les services publics. Présentant des coûts moyens inférieurs de 7,2 % à ceux aux États-Unis, il arrive notamment devant les Pays-Bas (5,5 % moins cher), le Royaume-Uni (5,4 %) et la France (2,6 %), et tout juste derrière la seule économie émergente du classement, le Mexique (18,7 % moins cher qu’aux États-Unis).

 

Montréal fait aussi très bien dans ce classement de la firme de consultants avec des coûts inférieurs de 8 % par rapport à la moyenne américaine qui lui permettent de finir bonne première parmi les 34 centres urbains de plus de deux millions d’habitants du Canada et des États-Unis. Elle y est suivie par les deux autres villes canadiennes du classement, Toronto (6,4 % moins chère que la moyenne américaine) et Vancouver (5,4 %), la meilleure ville américaine (Atlanta) arrivant seulement au 4e rang, avec des coûts inférieurs de 5,3 %.

 

La seule autre ville québécoise analysée, Québec (9,3 %), est également loin d’avoir démérité. Elle arrive première sur 14 villes de 500 000 à un million d’habitants dans les mêmes deux pays, et troisième sur l’ensemble des villes de toute taille, tout juste derrière Moncton (9,9 %), au Nouveau-Brunswick, et Charlottetown (9,6 %), à l’Île-du-Prince-Édouard.

 

Pour arriver à ce portrait d’ensemble, KPMG a étudié 26 facteurs de coût pouvant influer sur le choix du lieu d’installation d’une entreprise et les a pondérés en fonction de la réalité spécifique de 19 différents secteurs d’affaires, tels que l’aérospatiale, l’industrie agroalimentaire, les télécommunications, les services professionnels, le jeu vidéo ou la biotechnologie. Cela permet de constater, entre autres, le caractère central des coûts de main-d’oeuvre qui pèse pour plus de la moitié (44 % à 60 %) de l’ensemble des coûts des industries manufacturières, et même beaucoup plus encore (75 % à 90 %) dans le secteur des services. La deuxième place revient, loin derrière, aux coûts de transport (7 % à 24 %) dans le secteur manufacturier, et au prix des loyers (4 % à 16 %) dans celui des services.

 

Souvent présentés comme un facteur décisif, les impôts et autres charges et avantages fiscaux ne compteraient que pour 6 % à 14 % du total des coûts des entreprises manufacturières et de 2 % à 10 % de celles du secteur des services, rapporte-t-on.

 

« Cette proportion peut apparaître faible, mais il faut se souvenir que les marges bénéficiaires des entreprises sont parfois très minces dans certains secteurs », a fait valoir en entretien téléphonique au Devoir Stéphane Tremblay, associé des Services-conseils du bureau de KPMG à Montréal. Il est vrai aussi que, dans certains cas, comme dans l’industrie du jeu vidéo québécois, les avantages fiscaux offerts peuvent également être très généreux.

 

Les villes québécoises et canadiennes font si bien dans les différents volets du classement de KPMG que Stéphane Tremblay a du mal à leur trouver des points à améliorer. Il est certain qu’une partie de cet avantage leur vient de la devise canadienne qui s’est dépréciée depuis le dernier classement, il y a deux ans. Leur position relative est même probablement meilleure aujourd’hui qu’il n’y paraît dans l’étude, note-t-il, ses auteurs ayant basé leurs calculs sur un dollar canadien à 95 ¢US alors qu’il était à un peu plus de 90 ¢US mercredi.

 

« Le choix de l’endroit où l’on va s’installer dépend toujours beaucoup de la réalité de son secteur d’activité, explique Stéphane Tremblay, dont l’étude a comparé 107 villes en tout, dont environ 75 villes américaines et une quinzaine de canadiennes. Un classement comme le nôtre ne vous servira à rien si vous êtes un fabricant de chaussures de sport et que vous savez que vous pouvez aller au Vietnam au lieu du Canada. Mais il est utile pour l’investisseur qui hésiterait, par exemple, entre deux grandes villes nord-américaines. »

 

Il n’y a pas que l’argent dans la vie

 

Les frais d’exploitation ne sont pas non plus les seuls facteurs dont les investisseurs tiennent compte dans leur choix, observe l’étude de KPMG. Des enquêtes réalisées auprès des entreprises américaines révèlent même que l’accès à une main-d’oeuvre qualifiée et celui à un bon réseau autoroutier sont jugés plus importants encore que les coûts de main-d’oeuvre et d’installation.

 

KPMG dresse, à la fin de son étude, la liste d’une vingtaine d’autres facteurs pouvant influencer les choix, tels que le contexte économique général, l’efficacité de l’appareil gouvernemental, le coût du logement, l’excellence des écoles et des services de santé, le taux de criminalité, le climat et la qualité de vie. Se référant à divers classements, il constate que le Canada y fait toujours assez bien par rapport aux autres économies auxquelles on le compare généralement, notamment les États-Unis.

 

Le bon résultat obtenu par Montréal dans le classement de KPMG n’a pas manqué de réjouir la p.-d.g. de Montréal international, Dominique Anglade. L’importance de la compétitivité des coûts d’une ville est « énorme », a-t-elle déclaré en marge d’une conférence devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), puisque ce critère est selon elle le plus important après l’accès aux marchés. « Ce n’est pas nécessairement parce que les coûts sont bas que les entreprises vont venir ici, mais c’est un avantage concurrentiel important. »


Avec Karl Rettino-Parazelli

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