Alain Bouchard cède la direction de Couche-Tard

Le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard, a l’intention d’être très actif à titre de président exécutif du conseil d’administration.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard, a l’intention d’être très actif à titre de président exécutif du conseil d’administration.

La prochaine assemblée des actionnaires de Couche-Tard en septembre marquera un virage dont la direction a été décidée il y a deux ans déjà : Alain Bouchard laissera son poste de président et chef de la direction au profit de Brian Hannasch, qui a gravi les échelons à partir des activités américaines.

 

Le fondateur de la chaîne de dépanneurs, qui vend aujourd’hui plus de marchandises aux États-Unis qu’au Canada, deviendra le président exécutif du conseil d’administration, mais, a-t-il promis, sera impliqué dans divers aspects de l’entreprise qu’il contrôle depuis sa création il y a 34 ans.

 

« J’ai l’intention d’être un président exécutif du conseil très actif »,a dit M. Bouchard lors d’une conférence téléphonique pour présenter M. Hannasch. Actuellement chef de l’exploitation, ce dernier a 47 ans, habite présentement aux États-Unis et entend prendre des cours de français. Il travaille au sein de Couche-Tard depuis 2001.

 

Âgé de 65 ans, M. Bouchard a dit que le changement « me permettra de me concentrer principalement sur la croissance et le développement de Couche-Tard, et d’agir comme mentor et coach pour Brian et la prochaine génération de dirigeants ». Les acquisitions de la compagnie nécessitent des séjours à l’étranger, et c’est ce que M. Bouchard veut prendre le temps de faire, notamment en Europe.

 

M. Hannasch, qui est avec Couche-Tard depuis 2001 et en dirige l’exploitation depuis 2010, a l’« entière confiance » d’Alain Bouchard. La désignation du dauphin a eu lieu en 2011, a ajouté M. Bouchard, dont l’entreprise dévoilait hier ses états financiers du troisième trimestre.

 

« Je peux vous assurer qu’il n’y aura aucun virage soudain du navire », a dit M. Hannasch en conférence téléphonique avec la presse financière. « Pour éviter des interprétations, le siège social demeurera à Laval, et j’ai une résidence à Montréal [depuis novembre 2013] dans laquelle j’emménagerai lorsque ma fille partira à l’université à l’automne », a-t-il dit dans sa langue maternelle.

 

Après son propre passage à l’université, M. Hannasch a travaillé pendant 12 ans « dans l’industrie du carburant, chez BP, alors j’ai beaucoup d’expérience de terrain »,a-t-il dit.

 

Invité à commenter le fait d’avoir un candidat qui ne parle pas français, M. Bouchard a dit qu’« on a choisi le meilleur candidat pour diriger une entreprise qui est dans 21 pays », et que « la langue de travail quand on est à l’extérieur du Québec, c’est toujours l’anglais, qu’on soit en Pologne, dans les pays baltes, en Russie, en Scandinavie, au Honduras ou au Mexique ». « Ici au Québec, c’est le français »,a-t-il ajouté.

 

Lorsqu’un journaliste a demandé à Brian Hannasch s’il appréhendait la prochaine assemblée en raison du dossier linguistique, celui-ci a répondu que « j’espère qu’on peut voir plus loin que ça et j’espère que mon français va s’améliorer ». Il a dit que « la réalité, c’est que je suis Américain, ma langue maternelle, c’est l’anglais, mais je vais faire mon possible ».

 

Les actionnaires de Couche-Tard, qui a fait en 2012 une offre de 2,8 milliards pour le détaillant norvégien Statoil Fuel Retail, ont vu le cours de l’action passer d’environ 20 $ à la fin de 2009 à 86,70 $ lors de la clôture hier à la Bourse de Toronto. La transaction est venue ajouter 2300 dépanneurs, présents dans divers pays scandinaves.

 

En janvier 2013, le magazine Forbes a intégré M. Bouchard à son classement annuel des milliardaires. Sa fortune personnelle est présentement estimée à 1,75 milliard.

 

Le président de la CSN, qui a récemment syndiqué des dépanneurs Couche-Tard après une entente avec la direction, ne connaît pas le prochain chef de la direction. « On va souhaiter qu’il s’inscrive dans une approche d’ouverture par rapport à la syndicalisation », a dit Jacques Létourneau.

 

Couche-Tard a dévoilé hier un bénéfice net de 182 millions au troisième trimestre sur des revenus de 11,1 milliards.