Libre-échange: le Canada et la Corée du Sud s’entendent

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper et son homologue sud-coréen ont annoncé, tôt mardi, la conclusion d’un accord de libre-échange qu’Ottawa qualifie de percée majeure pour les exportateurs canadiens en Asie mais qui risque, selon certains opposants, d’avoir des conséquences néfastes sur l’industrie automobile de l’Ontario.

Cette annonce met fin à près d’une décennie de négociations irrégulières et constitue, pour le Canada, une première entente de libre-échange avec un pays asiatique, une région qualifiée, par le gouvernement conservateur, d’essentielle pour la santé économique du pays.

Une fois en vigueur, l’accord éliminera pratiquement tous les tarifs douaniers entre les deux pays, la Corée du Sud s’étant engagée à en effacer 81,9 % dès le premier jour de son application tandis que le Canada a promis d’en retirer 76,4 %. D’autres droits de douane nécessiteront des dizaines d’années avant d’être complètement retirés.

En vigueur d'ici un an

Les autorités ont affirmé que l’entente était finale, qu’elle entrerait en vigueur d’ici un an et qu’il ne s’agit pas d’un accord de principe à l’instar de celui récemment conclu entre Ottawa et l’Union européenne. Cet accord ne requiert pas non plus l’approbation des provinces.

Selon un communiqué du gouvernement, l’entente devrait rehausser les exportations canadiennes de la Corée du Sud de l’ordre de 32 % et gonfler l’économie de 1,7 milliard $.

Dans un communiqué, le premier ministre souligne que les entreprises canadiennes, les investisseurs et les consommateurs de toutes les provinces profiteront de cette entente de manière considérable grâce à l’accès accru au marché (asiatique) qu’elle offre.

Ceux qui profiteront le plus de cet accord devraient être les agriculteurs, et plus particulièrement les producteurs bovins et porcins, l’industrie forestière et les exportateurs de fruits de mer.

Les constructeurs automobiles inquiets

Les constructeurs automobiles de l’Ontario risquent toutefois d’en pâtir alors que la taxe de 6,1 % sur les exportations coréennes des véhicules Hyundai et Kia sera graduellement éliminée au cours des deux années suivant l’entrée en vigueur de l’accord.

L’Ontario avait demandé à Ottawa d’exiger à tout le moins une entente similaire à celle obtenue par les États-Unis et qui prévoit un retrait des tarifs douaniers sur une période de cinq ans. Washington s’est également assuré d’inclure une clause de retrait autorisant le retour aux droits de douane dans l’éventualité où Séoul utiliserait des barrières non tarifaires pour contrecarrer les exportations d’automobiles au pays. Mais l’accord canadien ne prévoit rien à ce chapitre.

Lundi, la première ministre ontarienne Kathleen Wynne, au fait des modalités de l’entente, avait fait part de ses sentiments mitigés par rapport à l’accord.

«En matière de secteur agro-alimentaire, nous sommes très optimistes par rapport aux occasions d’affaire que l’accord Canada-Corée pourrait offrir. Mais nous avons des réserves à propos du secteur automobile», avait-elle mentionné.

Des documents fournis par le gouvernement fédéral indiquent toutefois que les dommages seraient limités à 0,2 % de la production de l’industrie automobile de l’Ontario, soit 45 000 véhicules par année. On y souligne également que 88 % des voitures fabriquées au Canada sont destinées à l’exportation.

Ottawa estime aussi que les fabricants automobiles seront en mesure d’augmenter leurs exportations, alors qu’ils demeurent très peu présents en Corée à l’heure actuelle, et rappelle les exemples de l’Union européenne et des États-Unis, dont les envois ont doublé dans les années ayant suivi l’adoption de leur accord respectif.

Par Julian Beltrame