Chute brutale d’une plateforme du bitcoin

La monnaie virtuelle connaît des jours difficiles.
Photo: Agence France-Presse (photo) - Archives La monnaie virtuelle connaît des jours difficiles.

Il y a un mois, Mt.Gox était l’une des principales plateformes où l’on pouvait acheter et vendre des bitcoins, et son président, Mark Karpeles, siégeait au conseil d’administration de la Fondation Bitcoin, qui gère le code source.

 

La réputation de cette devise virtuelle vit une nouvelle crise : le site Web de Mt.Gox, qui a déjà été le plus gros carrefour de négociation sur Internet, est devenu inopérant hier après que son dirigeant eut quitté la Fondation la veille.

 

Ce n’est pas tout. La communauté bitcoin, qui refuse de croire que c’est le début de la fin de leur devise, a également eu à composer avec ceci : la mystérieuse fuite d’un document portant le logo de Mt.Gox — non vérifié — dans lequel on évoque le vol de 740 000 bitcoins, soit 6 % des unités en circulation. Certains font valoir qu’au prix courant, ce cambriolage s’élève à 350 millions.

 

« À la lumière des dernières nouvelles et des effets potentiels sur les activités de Mt.Gox et le marché, il a été décidé de cesser toutes les transactions pour le moment afin de protéger le site et nos usagers, a écrit la direction de Mt.Gox. Nous surveillerons la situation de près et réagirons en conséquence. »

 

Négocié sur plusieurs plateformes, le bitcoin, que l’on peut acheter en ligne ou dans un guichet spécial, est une devise virtuelle inventée en 2009 qui n’est encadrée par aucune banque centrale. Son créateur est un informaticien qui conserve l’anonymat. Des bitcoins sont créés lorsque des gens résolvent des équations mathématiques à l’aide de leur ordinateur. À terme, il y en aura 21 millions, desquels 12,4 millions sont présentement en circulation.

 

Les partisans de cette devise estiment qu’une cinquantaine de commerces et entreprises du Grand Montréal acceptent des paiements en bitcoins, une opération qui nécessite un compte spécial et un téléphone intelligent.

 

Les autres désapprouvent

 

Le prix d’un bitcoin se négociait à plus de 1000 $US il y a quelques semaines. Après le dévoilement des problèmes de Mt.Gox, que la direction du site a imputés à un défaut de conception du bitcoin connu depuis des années, le cours a plongé. Lorsque Mt.Gox a cessé ses opérations hier, le cours du bitcoin sur la plateforme était de 135 $US. Sur d’autres, comme Bitstamp ou btc-e, il se situait à un peu plus de 515 $.

 

« Cette violation tragique de la confiance des utilisateurs de Mt.Gox est le résultat des gestes d’une entreprise et ne reflète pas la résilience ou la valeur du bitcoin et de l’industrie des devises virtuelles », a écrit dans le blogue de Coinbase un collectif de personnes qui dirigent d’autres Bourses de bitcoin. « Dans le monde du bitcoin, il y a des centaines d’entreprises dignes de confiance et responsables. »

 

« Comme pour toute nouvelle industrie, il y a des mauvais acteurs dont on doit se défaire, et c’est ce qu’on voit aujourd’hui, ont-ils ajouté. Mt.Gox a confirmé ses problèmes lors de conversations privées avec d’autres membres de la communauté bitcoin. »

 

Lorsque Mt.Gox a fait état d’un problème de sécurité il y a quelques semaines en invoquant un défaut de conception du bitcoin, suspendant du coup toutes les opérations de retrait, la communauté a refusé l’explication en bloc. Dans les forums de discussion, on a essentiellement accusé Mark Karpeles de tenter de cacher ses propres problèmes.

 

Mt.Gox avait affirmé que l’enjeu de sécurité permet à quelqu’un « d’utiliser le réseau bitcoin et de modifier les détails d’une transaction afin de donner l’impression qu’un envoi de bitcoins vers un compte n’a pas eu lieu alors que, dans les faits, il a eu lieu ».

 

Divers gouvernements ont commencé à se pencher sur le phénomène du bitcoin, dont la Chine et la Russie qui en interdisent l’usage. Le Canada, de son côté, a l’intention de greffer à la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité la mention des devises virtuelles.