Pauvres immigrants

Au Québec, les immigrants courent plus de risques de rester sous le seuil de faible revenu que les travailleurs nés dans la province.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Au Québec, les immigrants courent plus de risques de rester sous le seuil de faible revenu que les travailleurs nés dans la province.

Les immigrants courent plus de risques de rester sous le seuil de faible revenu au Québec, même s’ils ont un emploi, que n’importe où ailleurs au Canada, selon l’Institut de la statistique du Québec.

 

La proportion de travailleurs nés au Québec et ayant au moins travaillé l’équivalent de 26 semaines à temps plein durant l’année, mais dont le ménage, malgré tout, ne gagne pas assez, après impôt, pour dépasser le cap du seuil de faible revenu de Statistique Canada, était, en moyenne, d’un peu plus de 4 % en 2005, mais de presque trois fois plus (11 %) chez les travailleurs immigrants, rapporte l’ISQ dans une note de recherche dévoilée mardi.

 

Cet écart entre les travailleurs natifs du Québec et les immigrants est plus élevé que n’importe où ailleurs au Canada, le taux de travailleurs à faible revenu y étant, en moyenne, de 4,3 % pour les natifs et de 8,4 % pour les immigrants, à raison, par exemple, de taux respectifs de 3,8 % et 8 % en Ontario, et de 5 % et 9,4 % en Colombie-Britannique.

 

« Cet écart entre le Québec et les autres provinces n’est pas vraiment une surprise, a expliqué au Devoir l’auteure de la brève étude, Maude Boulet. C’est triste, mais les autres indicateurs de qualité d’emploi, comme le taux de chômage, le taux d’emploi, la rémunération, tendent généralement aussi à être moins bons pour les immigrants au Québec qu’ailleurs au pays. »

 

Les raisons de cet écart ne sont pas explorées dans la note de recherche de l’étude, mais sont probablement multiples et variées, dit-elle. Le problème bien connu de la reconnaissance des compétences professionnelles des travailleurs immigrants fait sans doute partie de ces raisons.

 

Comme toujours, le taux de faible revenu est plus important dans les familles de travailleurs peu formés. Il s’élève ainsi à 5,5 % pour les natifs du Québec n’ayant qu’un diplôme d’études secondaires, mais atteint 14 % pour les immigrants. Cette proportion diminue, heureusement, à mesure que les travailleurs sont mieux formés, mais surtout pour les travailleurs nés au Québec. Le taux de faible revenu de ces derniers n’est plus que de 2,4 % lorsqu’ils sont diplômés universitaires, mais flirte toujours avec les 10 % lorsque ces diplômés universitaires viennent de l’étranger. On comprend toute l’ampleur de ce phénomène quand on sait que les immigrants comptent pour 20 % de l’ensemble des travailleurs ayant un diplôme universitaire au Québec mais qu’ils représentent presque la moitié (46 %) de ces diplômés dont le travail ne suffit pas à faire passer le revenu de leur ménage au-dessus du seuil minimal.

 

Le niveau de formation n’est pas le seul facteur qui joue, observe l’ISQ. Les travailleurs immigrants qui avaient plus de 40 ans lorsqu’ils ont débarqué au Québec présentent un taux de faible revenu trois fois plus élevé (17,3 %) que ceux qui sont arrivés avant l’âge de 5 ans et qui ont amplement eu le temps de faire l’apprentissage de la langue et des codes sociaux avant d’entrer sur le marché du travail (6 %).

 

Le temps écoulé depuis l’arrivée au Québec joue beaucoup aussi. Le taux de faible revenu du travailleur qui a immigré depuis moins de cinq ans atteint 17,5 %, contre 10,2 % après cinq à neuf ans et 8,4 % après dix ans.

 

Le pays d’origine n’est pas non plus sans avoir son importance. Les immigrants des États-Unis (3,8 %) et de l’Europe (7,3 %) s’en tirent, en effet, beaucoup mieux que les travailleurs originaires de l’Amérique latine (12,1 %), de l’Afrique (13,7 %) et de l’Asie (14,7 %).

 

Le pire, et le meilleur

 

L’étude, dit l’ISQ, s’inscrit dans un contexte d’intérêt grandissant des chercheurs et du grand public en général pour ce phénomène qui va à l’encontre de la croyance selon laquelle la pauvreté ne peut résulter que du fait de ne pas travailler.

 

La plus récente étude sur le sujet aux États-Unis y établissait le taux de travailleurs à faible revenu à 7 % en 2011. Cette moyenne est identique à celle à laquelle est arrivée l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour l’ensemble de ses pays membres.

 

Une récente étude, rappelle l’ISQ, a montré que le taux de faible revenu pour l’ensemble des travailleurs au Québec se situait à 2,2 % en 2009, « soit le taux le plus bas parmi les provinces canadiennes à l’exception du Manitoba ».

 

Attention aux chiffres

 

Basée sur les plus récentes données de Statistique Canada disponibles, la recherche de l’ISQ porte sur les travailleurs âgés de 18 à 64 ans ayant travaillé 910 heures (ou l’équivalent de 26 semaines à temps plein) par année ou plus, surtout à temps plein. Ce seuil de 910 heures a été choisi parce qu’il correspond à la condition minimale de l’assurance-emploi.

 

Établi à partir d’une estimation du coût des biens essentiels, comme le logement, l’alimentation et l’habillement, le seuil de faible revenu de Statistique Canada s’est attiré la critique de plusieurs experts québécois qui lui reprochent, notamment, de noircir artificiellement la situation au Québec en ne tenant pas compte de son plus faible coût de la vie qu’ailleurs au Canada.

 

« C’est l’une des limites de notre étude, admet volontiers Maude Boulet. Cela ne remet pas en cause, par contre, les écarts constatés entre les natifs et les immigrants à l’intérieur de chaque province. »

8 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 19 février 2014 02 h 24

    Un autre épisode

    Est-ce qu'on va entrer dans un autre épisode de Québec bashing? Cette fois d'auto Québec bashing par nos propres soins?

    Si on expliquait si on allait plus loin et qu'on donnait un portrait complet,on pourrait comprendre.

    Mais que fait cette étude? Elle lance un pavé, sans explications. Et c'est comme ça qu'on cultive chez nous la morosité qui en est presqu'institutionnelle.

    Merci madame la chercheuse d'y contribuer.

  • Louise Villeneuve - Inscrite 19 février 2014 12 h 00

    Tout a fait normal

    Pourquoi devrait-on s'attendre a ce qu'un immigrant de premiere generation, pauvre dans son pays d'origine se retrouve immediatement dans la moyenne nationale? Il est deja surement plus riche qu'il ne l'etait avant d'immigrer. La deuxieme generation verra dans la plupart des cas sa situation grandement s'ameliorer voire depasser celle des Quebecois de souche. Pour ce qui est de la difference entre les resultats au Quebec et les autres provinces, la provenance des immigrants au QC explique en bonne partie cet ecart.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 19 février 2014 16 h 05

      À Mmes derome, Villeneuve et M. Théberge

      "Il est temps soit de limiter l'immigration ou de mieux choisir nos immigrants." L'immigration, est choisie selon nos besoin, Mme derome. Et s'il est vrai que la natalité à augmenté récemment (entre 1957 et aujourd'hui, il y a toute une marge!), et nous manquons de médecins, etc. etc., et nos jeunes ne seront pas infirmiers.

      Mme Villeneuve écrit "Pourquoi devrait-on s'attendre a ce qu'un immigrant de premiere generation, pauvre dans son pays d'origine se retrouve immediatement dans la moyenne nationale? "Question:
      "Pourquoi, Mme, un immigrant viendrait-il ici seul et être pauvre? Les immigrants du Maghreb viennent généralement avec leur famille, sont instruits, ont des emplois et d'assez bon revenus pour payer le transport de tout le monde. Ce ne sont pas des réfugiés: pour la plupart ils quittent des dictatures où leurs enfants ont peu d'avenir et d'espoir. Vous écrivez aussi "La deuxieme generation verra dans la plupart des cas sa situation grandement s'ameliorer voire depasser celle des Quebecois de souche."

      Ne vous en déplaise, dans un article du Devoir il y a un peu plus d'un an je crois, on nous informait que les Noirs de deuxième et troisième génération, instruits et bilingues, étaient dans la même situation financière que ceux qui les ont précédé. Le problème est peut-être qu'ils devraient se blanchir?

      Ben oui M. Théberge, on est don' méchant avec nous! Nous qui sommes si exemplaires! On n'a qu'à écouter la Commission Charbonneau pour s'en convaincre, à quoi s'ajoute tout à coup des officiers de la police corrompus. Les finances s'en vont chez le diable, et comme ailleurs dans les écoles l'intimidation fleuri. Les jeunes boivent et se livrent à de dangeureuses expériences au volant. En fait nous sommes des êtres humains faillibles, capables du meilleur et du pire, comme les autres. Pour faire un pays faut se regarder en face.

    • Enzo Castillo - Inscrit 19 février 2014 18 h 02

      Madame Villenueve,
      Qu'est-ce qui vous fait penser que les immigrants qu’arrivent au Québec sont des immigrants de première génération et des pauvres ?Avec tout mon respect, je constate encore une fois, que nous avons malheureusement du chemin à faire au Québec et le devoir d’essayer de lire plus pour être mieux informé sur le profil des nouveaux arrivants que nous accueillons à chaque année. Je vous invite à consulter ce lien à titre d’exemple :
      http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/

    • Olivier Mauder - Inscrit 19 février 2014 20 h 43

      Madame Villeneuve, vous faites partie des nombreux québécois de souche, comme vous dites, qui méconnaissez les politiques d'immigration car la majorité des nouveaux arrivants sont jeunes, diplômés, en bonne santé et avec un petit pécule en poche. La réalité est que les immigrants d'aujourd'hui, beaucoup plus diplômés que les immigrants d'hier, ne réussissent pas à s'élever socialement, même après plus de 10 ans ici. Il faudrait mieux vous renseigner sur le vécu migratoire et les difficultés rencontrées.

  • Marlus Rachid da Silva - Inscrit 19 février 2014 20 h 28

    BRAVO!

    Mme Céline, BRAVO!!

  • Daniel Trezub - Inscrit 20 février 2014 11 h 32

    Des immigrants que deviennent pauvre.

    "et qui ont amplement eu le temps de faire l’apprentissage de la langue et des codes sociaux"
    Quel est si spécial au sujet des codes sociaux du Québec? C'est ce que j'ai dû apprendre à mon arrivée au Québec :
    1 . Mon diplôme universitaire n'a pas de valeur du tout , car il n'est pas délivré par une institution québécoise .
    2 . Mes compétences linguistiques françaises n'ont pas de valeur parce que je n'ai pas l'accent québécois .
    3 . Mon expérience de travail n'a pas de valeur parce que ce n'est pas une expérience de travail québécoise .
    4 . En raison de 1,2 et 3 ci-dessus , si je fais une demande pour le même poste de travail avec un Tremblay , Tremblay va être embaucher , peu importe si mes qualifications sont mieux .
    Que faut vraiment le Québec , si elle veut continuer à compter sur l'immigration , est une vaste campagne d'information pour informer les Québécois pure laine , par exemple , qui un représentant du gouvernement du Québec est dans ma ville natale au Brésil chaque année pour présenter le Québec et à dire «Le Québec a une place pour vous ." Que le gouvernement exige tout candidat à l'immigration pour prouver qu'il / elle parle français , qu'il / elle a au moins un diplôme universitaire et que son / sa famille a de l'argent pour se maintenir pendant au moins 3 mois. Que le processus de l'immigration prend plus de 3 ans , normalement , et nous ne sommes pas à venir ici à la hâte, sans planification et de la pensée . Que la majorité des immigrants brésiliens vendre leurs voitures et des maisons , quitte leurs emplois mieux rémunérés , ils y avaient de parier en une vie meilleure dans un endroit qui est vendu comme d'esprit ouvert et libéral , mais , quand nous arrivons ici , nous apprenons que nos compétences françaises et des diplômes universitaires ne seront jamais assez, que les gens crient "en français svp " à un chanteur de rue en chantant des chansons de Noël , que l'un des plus populaire stand up comédies font des blagues sur les immigrants...

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 20 février 2014 15 h 01

      "si je fais une demande pour le même poste de travail avec un Tremblay , Tremblay va être embaucher , peu importe si mes qualifications sont mieux ."

      Effectivement. Un immigrant de je ne sais trop quel origine avait eu l'idée d'envoyé deux c. v. aux employeurs, un à son nom et l'autre à un nom francophone et n'avait reçu de réponses que sous l'autre nom. Il avait pris un avocat et ça a paru dans les journeaux. Qu'est-ce que ça lui a donné? - on ne l'a jamais su me semble.