Pétrolia, Junex et Corridor tirent un profit immédiat

Les chevreuils de la bucolique île d’Anticosti devront-ils partager le territoire avec des derricks installés pour pomper le pétrole de son sous-sol? Trop tôt pour le dire, mais l’exploration s’y fera beaucoup plus intensivement avec l’investissement annoncé par le gouvernement québécois.
Photo: Agence France-Presse (photo) Clément Sabourin Les chevreuils de la bucolique île d’Anticosti devront-ils partager le territoire avec des derricks installés pour pomper le pétrole de son sous-sol? Trop tôt pour le dire, mais l’exploration s’y fera beaucoup plus intensivement avec l’investissement annoncé par le gouvernement québécois.

Le 8 novembre 2004, quand Pétrolia publie son prospectus à l’intention des investisseurs, la firme de placement qui dirige l’émission d’actions fait dans le document une mise en garde obligatoire. « L’exploration pétrolière et gazière est hautement spéculative et comporte des risques importants, écrit Canaccord Capital. Aucune garantie ne peut être donnée qu’un gisement économiquement exploitable sera découvert. »

 

Dix ans plus tard, l’annonce par Québec d’un plan de 115 millions consistant à vérifier une fois pour toutes le potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti — pour laquelle Pétrolia a acquis des permis auprès d’Hydro-Québec en 2008 — donne une certaine reconnaissance à la société, et le cours de son action, de façon prévisible, a fait un bond de géant hier pour revenir aux niveaux de 2013.

 

À la Bourse de croissance du TMX, l’action de Pétrolia, que l’on avait suspendue jeudi au moment de l’annonce, a grimpé de 21 %, à 93 ¢, encore loin toutefois d’un sommet d’environ 2,50 $ atteint en 2011. Environ 9,2 millions d’actions ont changé de mains, contre 138 000 en temps normal. Les actions d’une autre société pétrolière qui fait partie du projet de partenariat avec Québec, Corridor Ressources, ont bondi de 23 %, à 2,12 $. De son côté, Junex, qui a signé une entente distincte, a vu son titre décoller de 40 %, à 70 ¢.

 

Malgré des décennies de recherche, le travail effectué jusqu’ici n’a jamais permis de trouver de gisement de pétrole sur l’île d’Anticosti, quoique des études préliminaires soupçonnent la présence de pétrole de schiste, que l’on extrait par fracturation, pouvant se chiffrer à plus de 30 milliards de barils.

 

Pétrolia a enregistré des revenus de 49 millions en 2013, mais l’année s’est soldée par une perte nette de 3,4 millions. Au 30 septembre 2013, la compagnie disposait de 3 millions en liquidités et d’une « trésorerie à des fins d’exploration » de 1,4 million.

 

Sur son site Web, Pétrolia dit détenir à Anticosti « des intérêts de plus de 6000 km2, soit 75 % de la superficie totale de l’île ». Elle évoque depuis longtemps l’importance cruciale d’évaluer avec certitude la pertinence d’une éventuelle exploitation sur l’île, un scénario qui donne froid dans le dos aux écologistes.

 

« La confirmation de la capacité de production de l’île d’Anticosti constituerait un fait déterminant dans l’histoire du Québec et ouvrirait des perspectives de croissance plus qu’intéressantes à notre société », avait écrit Pétrolia dans son rapport annuel de 2011.

 

La première ministre Pauline Marois a indiqué en conférence de presse jeudi que le Québec devait s’engager dans la voie de l’indépendance énergétique, autre façon de décrire une diminution des importations de carburants fossiles en provenance de la mer du Nord, de l’Afrique et du Moyen-Orient.

 

Cette notion d’autonomie énergétique, qui a aussi libre cours aux États-Unis, se retrouve d’ailleurs dans la rhétorique mise en avant par Pétrolia. Discrètement, la société a déposé le mois dernier à Industrie Canada une demande d’enregistrement de marque de commerce pour l’expression « Du pétrole d’ici, Pour les gens d’ici, Pour ici », dont elle dit se servir depuis 2012.

 

La première entente annoncée jeudi, celle avec Pétrolia et Corridor Ressources dans laquelle Québec va mettre 70 millions, compte aussi pour partenaire le groupe français Maurel Prom. Pétrolia sera responsable du programme de forage. La deuxième entente, qui prévoit un investissement de 45 millions du gouvernement, n’est qu’avec Junex. Les sociétés doivent elles aussi injecter des fonds.

 

Plusieurs heures après l’annonce, une petite société inconnue a diffusé un communiqué pour manifester sa présence : TransAmerican Energy, qui a rappelé qu’elle détient des titres d’exploration sur l’île.

 

« Nous croyons que l’approche utilisée est équitable et équilibrée autant pour le bénéfice de l’ensemble des Québécois que pour les épargnants qui sont actionnaires de notre société, a écrit TransAmerican. Nous accueillons avec enthousiasme ce nouveau chapitre du développement des hydrocarbures sur l’île d’Anticosti qui s’inscrit dans la collaboration mutuelle et la transparence. »

 

TransAmerican a profité de l’occasion pour annoncer la démission d’un des membres de son conseil, lequel, compte tenu des récents développements, cherchera à pourvoir le siège par un Québécois. Son action a pris 7 %, à 7 ¢.

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