Menaces sur la stabilité du monde

Pas étonnant qu’on sente monter la méfiance et la colère chez les jeunes, qui ont de plus en plus de difficulté à se faire une place au soleil.
Photo: Agence France-Presse (photo) Chip Somodevilla Pas étonnant qu’on sente monter la méfiance et la colère chez les jeunes, qui ont de plus en plus de difficulté à se faire une place au soleil.

Les problèmes socioéconomiques, comme le creusement des inégalités et le chômage des jeunes, sont en train de s’imposer parmi les principales menaces qui pèseront sur le monde au cours des prochaines années, conclut le Forum économique de Davos.

 

Le fossé grandissant entre riches et pauvres arrive au premier rang des risques systémiques les plus probables dans la neuvième édition du rapport sur les risques mondiaux réalisé sous l’égide du Forum économique mondial (FEM) et dévoilé jeudi. C’est la troisième année consécutive que ce problème occupe le premier rang de ce classement basé sur l’opinion de quelque 700 experts mondiaux. Le problème du chômage et du sous-emploi, particulièrement chez les jeunes, arrive aussi pour la première fois dans le peloton de tête sur 31 risques répertoriés, et ce, à la fois dans le classement des risques systémiques les plus probables (3e rang) et dans celui des risques dont les impacts pourraient être les plus grands (4e rang).

 

Le problème de la disparité des revenus s’observe aussi bien dans les pays riches que dans les autres, note le rapport du FEM. Dans les pays développés, il met notamment en scène une élite économique qui s’enrichit rapidement alors que le niveau de vie de tous les autres stagne. Dans les économies émergentes et en développement, c’est principalement le fossé entre les plus riches et les plus pauvres qui se creuse.

 

Les jeunes

 

Le problème du chômage et du sous-emploi structuraux est aussi extrêmement préoccupant, note ce premier grand rapport d’une série de plusieurs autres que publie chaque année le FEM, particulièrement à la veille de sa fameuse réunion annuelle du gotha du pouvoir mondial, qui se tiendra, cette fois encore, à la fin du mois de janvier à Davos, dans les Alpes suisses. Les auteurs du rapport se penchent tout particulièrement sur le cas des jeunes sur les épaules desquels plusieurs pays comptent s’appuyer pour faire face au vieillissement de leur population, mais qui sortent d’écoles qui ont de plus en plus de mal à bien les préparer pour leur permettre de s’épanouir dans des économies déprimées ou en trop rapide changement. Selon la Banque mondiale, plus du quart d’entre eux (300 millions) n’arriveraient pas à trouver un véritable emploi et encore 25 % devraient se contenter des emplois les plus mal payés. Pas étonnant, dans ce contexte, qu’on sente monter en eux — y compris chez ceux qui affichent les meilleures dispositions à s’adapter — une méfiance et même une colère à l’égard de leurs institutions économiques et politiques.

 

Danger d’une réaction en chaîne

 

Le rapport du FEM relève plusieurs autres risques d’importance systémique. Parmi les plus importants, on retrouve, cette année, la crise budgétaire dans laquelle plusieurs gouvernements sont plongés depuis la Grande Récession, la difficulté de l’accès à l’eau, l’échec de la lutte contre les changements climatiques, la multiplication des événements climatiques extrêmes et l’effondrement d’une partie du vaste système de communication (Internet et autres) sur lequel reposent de plus en plus nos sociétés.

 

Les auteurs du rapport du FEM conviennent volontiers que plusieurs de leurs prétendus « risques » ne sont plus, depuis longtemps, de simples menaces, mais qu’on devrait plutôt parler de tendances (ou des vulnérabilités) qui se font déjà sentir, mais qui pourraient encore s’aggraver et déraper.

 

« Chaque risque examiné dans ce rapport pourrait provoquer une défaillance à l’échelle mondiale ; mais c’est leur interconnexion qui accentue leurs effets négatifs au point qu’ensemble, ces effets pourraient être décuplés », a souligné Jennifer Blanke, économiste en chef au Forum économique mondial.

 

Le meilleur exemple, disent les auteurs du rapport, en est sans doute la Grande Récession, qui a commencé comme l’éclatement d’une bulle immobilière aux États-Unis, qui a rapidement pris de l’ampleur en tournant à la crise financière qui s’est transmise à l’ensemble de la planète pour y provoquer une cascade d’événements allant, entre autres, de l’explosion du chômage à l’effondrement des finances publiques de plusieurs pays, en passant par l’éclatement de mouvements de contestation populaire, la défaite électorale de nombreux gouvernements et la remise en cause du modèle économique occidental.


Vision, coopération et confiance

 

Pour répondre au défi posé par tous ces risques, l’ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux devront notamment apprendre à regarder à plus long terme et à mieux travailler ensemble, conclut le rapport du FEM. Ils devront arriver aussi à doter la planète des mécanismes de gouvernance mondiale essentiels pour apporter une solution à certains problèmes, comme les changements climatiques et la menace d’un nouveau Far West dans Internet. Mais ils devront, d’abord et avant tout, rétablir la confiance entre eux et avec certains groupes de la société, dont les jeunes.

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