Les retraités reprennent le collier

Selon les conclusions d’un sondage en ligne mené pour ING Direct et publiées lundi par Canadian Press, 31 % des répondants retraités ont souligné être revenus sur le marché du travail.
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir Selon les conclusions d’un sondage en ligne mené pour ING Direct et publiées lundi par Canadian Press, 31 % des répondants retraités ont souligné être revenus sur le marché du travail.

Les retraités n’ont pas la vie facile. Près de la moitié des répondants à un sondage en ligne ont indiqué devoir occuper un emploi pour des raisons financières. Du nombre, près du tiers parlent d’un emploi à temps plein.

 

Selon les conclusions d’un sondage en ligne mené pour ING Direct et publiées lundi par Canadian Press, 31 % des répondants retraités ont souligné être revenus sur le marché du travail. Ils admettent avoir sous-estimé le coût de la vie une fois la retraite venue et avoir besoin d’un salaire pour boucler leur budget. Un autre sondage de l’institution financière portait sur cet écart de perception entre l’épargne-retraite que les répondants estimaient adéquate et les besoins réels une fois la retraite venue. Ils sont donc nombreux — soit 48 % des répondants — à affirmer qu’ils ont besoin d’un emploi. Et 31 % d’entre eux soutiennent qu’ils ont repris un travail à temps plein.

 

Les deux sondages ont été menés auprès d’un millier de Canadiens âgés de 55 ans et plus. En dépit de l’imprécision découlant des sondages en ligne, ceux-là ont toutefois le mérite de faire ressortir une dichotomie entre les attentes et la réalité. Ainsi, un autre sondage, mené en août dernier mais demeurant d’actualité, est venu illustrer cet écart de perception et a proposé un ordre de grandeur en ce qui a trait à l’ampleur du déséquilibre. Selon les résultats publiés alors par l’Institut Info-Patrimoine BMO, les baby-boomers ont, en moyenne, un manque à gagner de plus de 400 000 $ par rapport à leur objectif d’épargne-retraite individuel.


Manque important

 

L’institution financière reprenait les données de Statistique Canada indiquant qu’un couple de personnes âgées moyen avait dépensé 54 100 $ en 2009. En tenant compte des rendements historiques et en supposant un taux de retrait de 4 %, « l’épargne de retraite devrait totaliser environ 25 fois le montant des retraits annuels », avait souligné la BMO. Ce qui nous amène à une épargne-retraite nécessaire de plus de 1,3 million pour ce couple, ou de 658 000 $ sur une base individuelle. Mais l’épargne individuelle atteignait 228 000 $. Ce faisant, « 46 % des répondants craignent de ne pas pouvoir assurer leur sécurité financière à la retraite », une hausse notoire de 20 points de pourcentage par rapport à 2006.

 

Pour combler l’écart, on pouvait y lire que 71 % des répondants s’attendaient à occuper un emploi à temps partiel après leur retraite officielle. Ou encore que « 44 % vendront des articles de collection, des antiquités ou d’autres possessions qu’ils n’utilisent plus, 32 % s’attendent à vendre leur maison, tandis que 19 % en loueront une partie comme source de revenu supplémentaire ».


L’endettement

 

S’ajoute un endettement toujours plus grandissant. Ainsi, par groupe d’âge, les dettes continuent à s’accumuler plus rapidement dans le segment des 65 ans et plus. Selon les données de l’agence Equifax déjà publiées, la progression sur 12 mois au troisième trimestre de 2013 est de 6,5 %, soit le même rythme d’augmentation qu’au deuxième trimestre. Depuis la crise de 2008, l’endettement dans ce groupe augmente au rythme annuel moyen frôlant les 9 %. À l’opposé, le groupe des 26-45 présente le taux d’augmentation de la dette le plus faible.

 

Et Equifax de soutenir que « les années dorées que les retraités prévoyaient ne se sont pas concrétisées […] Avec des revenus réduits, souvent associés à des dépenses accrues, ces personnes accumulent plus de dettes pour hausser leurs revenus par le truchement du crédit afin de pouvoir continuer de jouir du style de vie préretraite qu’ils ne pourront peut-être plus se permettre ». Cette tendance vient aussi traduire une accumulation de dettes par les 65 ans et plus « afin d’aider leurs propres enfants adultes ou leurs propres parents qui ont des problèmes financiers », faut-il rappeler.

10 commentaires
  • Nicole Moreau - Inscrite 14 janvier 2014 08 h 49

    des indications très claires que les "baby boomers" ne sont pas les privilégiés que les médias décrivent de façon générale

    il conviendrait de prendre ces données en considération quand on traite des revenus de retraite et des allocations de vieillesse.

    • Marthe Léonard - Inscrite 14 janvier 2014 15 h 23

      Nous n'avons pas tous travaillé pour des entreprises publiques avec fonds de retraite béton; nous avons travaillé fort pour de petites entreprises qui n'ofraient aucun fonds de retraite. Nous les aidions à prospérer, nous avons d'une certaine façon contribué au succès des entreprises d'ici, sans autre forme de compensation que notre salaire. À compter de 1966, nous avons cotisé à la Régie des rentes du Qc, mais même si une femme occupait un bon poste, elle gagnait 60 % du salaire d'un homme à l'époque (à travail égal). Résultat : RRQ coupée de moitié, REER non existants ou donnés à des filous à cravate, retour obligé au travail après maladie à 60 ou 65 ans, âgisme, mains vides, pauvreté révoltante.

  • Jacques Morissette - Abonné 14 janvier 2014 09 h 41

    Le marché du travail, un pis-aller?

    Ce que je trouve regrettable dans votre analyse, c'est que les retraités qui retournent sur le marché du travail le font pour boucler leurs budgets. Au moins, s'ils le faisaient pour le plaisir de la chose. Comme si le marché du travail était un pis-aller auquel il faut apprendre à faire face. Votre analyse est très superficielle.

    Comme c'est regrettable. Est-ce que ça veut dire que les gens ne travaillent que pour l'argent, même quand on en fait beaucoup, dixit la Commission Charbonneau. Donc, ça pourrait vouloir dire que la vie est un voyage, surtout pour ceux dont les familles sont des clônes de la famille Prospère?

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 14 janvier 2014 12 h 39

      Monsieur Morissette, mais dans quel monde fabuleux vivez-vous? La pauvreté des aînés est tragique, et souvent ces gens sont incapables de se trouver un emploi par le marché ne veut pas d'eux.

      Les aînés qui retournent travailler le font pour mettre du pain sur la table, pour payer leurs médicaments, pour se loger et payer des biens de première nécessité, et non par loisir, loin de là.

    • André-Jean Deslauriers - Inscrit 14 janvier 2014 17 h 32

      D’accord avec vous Mme. Lapierre.

      J’ai 64 ans et j’ai perdu mon emploi en 2013.

      Je travaillais depuis 23 ans comme graphiste dans une petite entreprise en région, et je peux vous assurer qu’en région le salaire d’un graphiste ça ne permet pas de jouir de la fameuse et démagogique «Liberté 55» dont on nous a longtemps rabattu les oreilles.

      N’ayant jamais vécu au-dessus de mes moyens, j’ai réussi à me faire des économies. Mais je veux rassurer M. Morissette ici, je suis très loin du 658 000$ dont l’étude parle. Pour ça il aurait fallu que je gagne le le double de mon salaire de 2013 et travailler encore 10 ou 15 ans.

      Par contre je vais probablement devoir me trouver un emploi à temps partiel. Ce qui fait que ça m’agace prodigieusement quand on accuse à tort et à travers tous le baby-boomers d’être des privilégiés-gras-durs.

      Il n’y a qu’une petite partie des boomers qui peuvent se la couler douce et ou travailler encore pour le plaisir de ramasser.

      La majorité de ceux que je connais sont dans une situation semblable à la mienne.

  • Gilbert Talbot - Abonné 14 janvier 2014 10 h 55

    Publicité de Ing Direct

    Par ce sondage, Ing veut nous inviter à investir davantage dans ses comptes d'épargne| Si nous, les retraités, manquons de fonds, il en est tout autrement pour les banques, qui déclarent aujourd'hui des augmentations scandaleuses de profits allant de 15 à 35%! Les retraites de ces riches PDG ne les obligeront jamais à faire de petits métiers après la retraite Ils continueront à siéger sur des C.A. prestigieux et à engranger des dividendes des centaines de fois supérieurs à nos pauvres revenus. Il faudrait en prendre un peu à ces riches et le redistribuer aux plus pauvres, mais actuellement c'est l'inverse qui se passe!

    • Franck Perrault - Inscrit 14 janvier 2014 15 h 51

      1000 fois d'accord!

  • Huguette Durocher - Inscrite 14 janvier 2014 17 h 58

    Vive l'évolution

    De 3 mois à 70 ans ....

    Nos parents nous lèvent le matin pour aller à la garderie.

    Par la suite, nos parents nous lèvent le matin pour aller à l'école.

    Après, nous devons nous lever le matin jusqu'à 70 ans pour gagner notre vie
    celle des fonctionnaire de notre 'État incluant leurs journées de congées maladie, avantages sociaux et retraites. Nous devons aussi payer les fournisseurs et sous-contractants de notre État.....

    Pour nos routes, je présume que les revenus de la TVQ, taxes sur cigarettes, Loto Qc., Hydro Qc doivent aider.

    Huguette Durocher

  • Diane Gélinas - Abonnée 15 janvier 2014 01 h 00

    Années 90 : Fermetures généralisées = retraites envolées

    On oublie si vite... Au Québec, dans les années 90, des centaines d'usines des secteurs de métallurgie, du papier, des scieries, et autres secteur de la transformation ont fermé leurs portes, exportant les emplois en Chine et ailleurs dans les pays où la main-d'oeuvre est à bon marché, laissant dans la rue des milliers de travailleurs dans la quarantaine qui ont dû retirer leurs maigres contributions à des régimes de retraite privés pour survivre après avoir épuisé leur prestations d'assurance-chômage?

    À 45 ans, un travailleur qui gagnait bien sa vie à l'époque - (± 40 000 $/an), avec des conditions de travail négociées par son syndicat - se retrouvait devant deux options : s'inscrire au B.S. ou accepter un travail dans son métier... mais rémunéré à la moitié de son salaire antérieur et sur appel seulement des contracteurs, selon leurs besoins... Méchante chute du mode de vie !

    Comment voulez-vous que cette hécatombe ne se réflète pas aujourd'hui dans les revenus limités de ces baby-boomers? Chaque catégorie d'âge a été confrontée à ses malheurs et il faut réaliser que les générations touchées à divers niveaux ont ceci en commun : il font tous partie des gens ordinaires.

    On les voit défiler actuellement les «mange-profits» devant la Commission Charbonneau, et pire encore, avec le Fonds de travailleurs de la FTQ. Édifiant!

    Et tout ça, enfin, sans pouvoir encore m'expliquer comment mon pauvre peuple est demeuré bouche bée sans aucun geste concret d'indignation devant les 40 milliards $ de perte de la Caisse de Dépôt et de Placement...

    On peut ben s'être dit «NON» deux fois ! Comme disait Félix : «Ventre creux n'a point de rage!»