L’UE resserre son marché du carbone

À Francfort, en Allemagne, ces éoliennes semblent avoir la tête dans les nuages, phénomène causé par un épais brouillard.
Photo: Julian Stratenschulte À Francfort, en Allemagne, ces éoliennes semblent avoir la tête dans les nuages, phénomène causé par un épais brouillard.
Les entreprises installées en Europe redoutent une envolée des prix des quotas d’émission de dioxyde de carbone à la suite de la décision de l’Union européenne de reporter la mise aux enchères de 900 millions « droits à polluer » supplémentaires.

Cherchant par tous les moyens à renforcer le système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre, au coeur de la politique européenne climatique, les 28 États ont convenu après des mois d’atermoiements de reporter la vente de nouveaux quotas d’émission de CO2.

Le resserrement du marché fera connaître ses effets à compter du printemps, a indiqué le porte-parole de la Commission européenne Isaac Valero. Le prix des quotas grimpera probablement de 10 à 15 % sur le marché européen du carbone, anticipe un groupe d’analystes consultés par l’Associated Press.

La commissaire au Climat, Connie Hedegaard, a salué l’accord visant la « stabilisation du marché du carbone dans les prochaines années » tout en promettant de remonter au créneau en faveur d’une profonde révision du système.

Les lobbies d’affaires européens se sont vigoureusement opposés à tout projet de resserrement du marché du carbone, craignant une augmentation des coûts de fonctionnement due à une hausse des prix de l’énergie. En allant de l’avant, l’UE minera à coup sûr la compétitivité des entreprises européennes, selon eux.

La plus grande économie du monde a adopté le système en 2005 afin d’inciter les industries à réduire leurs émissions de GES, notamment en investissant dans des technologies plus vertes.

Entraînés dans le système de plafonnement et d’échange de droits d’émission mis en place pour respecter les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) du protocole de Kyoto, les industriels — producteurs d’électricité, cimentiers, sidérurgistes, etc. — peuvent émettre des tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère en fonction des quotas de pollution entre leurs mains. En effet, à la fin de chaque année, ceux-ci sont tenus de restituer un nombre de quotas correspondant à leurs émissions de GES réelles. Au fil du temps, le nombre de quotas disponibles sur le marché européen du carbone sera abaissé en fonction des objectifs de réduction des émissions de GES fixés par Bruxelles.

Le système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre a connu des ratés lorsque les prix des quotas d’émission ont piqué du nez en raison d’une demande plus faible que prévu attribuable au décrochage de l’économie de l’Europe. Le prix, qui est passé sous la barre des 5 euros (7,35 $) par tonne, ne s’est pas avéré un incitatif très puissant à l’investissement dans les nouvelles technologies moins polluantes.

La Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE, avait déjà proposé le resserrement des quotas de carbone, mais la mesure avait été battue en avril par un Parlement européen assailli de toute part par les représentants du milieu industriel et des affaires de l’Europe. Le Parlement a finalement approuvé la mesure, qui a été par la suite avalisée par les gouvernements européens.

À Washington, les efforts du président Barack Obama pour faire adopter une loi instituant un système de plafonnement et d’échange de quotas d’émission pour tout le pays se butent à l’opposition du Congrès. La guerre sans merci entre démocrates et républicains n’a cependant pas empêché l’État de la Californie — et le Québec — de mettre sur pied ses propres programmes de plafonnement et d’échange de droits d’émission de dioxyde de carbone inspirés des lignes directrices de la Western Climate Initiative (WCI).

Nouvelles propositions

La Commission européenne fera connaître ce mois-ci de nouvelles propositions pour amplifier la lutte contre les émissions de GES d’ici à 2030. Pour l’instant, les États ne s’entendent pas sur l’ampleur des efforts à déployer et sur le caractère contraignant des nouveaux objectifs, ont expliqué des sources proches de la négociation à l’AFP.

Mme Hedegaard préconise de porter de 20 % à 40 % l’objectif de réduction des émissions de GES en 2030, et de 20 % à 30 % la part des énergies renouvelables — l’éolien et le solaire — dans le bouquet énergétique européen. Aucun nouvel objectif n’est en revanche proposé au sujet des économies d’énergie, fixées à 20 % dans le premier « paquet climat » adopté en 2008.

De son côté, le commissaire à l’Énergie, Gunther Oettinger, cherche à limiter à 35 % l’effort de réduction des émissions de CO2 pour ménager l’industrie lourde allemande.

Contrairement à l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Espagne ne veulent pas d’un objectif contraignant pour les énergies renouvelables — de 30 % —, car cela réduirait d’autant la part du nucléaire dans leur bouquet énergétique national, a expliqué une source requérant l’anonymat à l’AFP. « La bataille la plus importante est livrée sur les énergies renouvelables », a-t-elle confié.

La présidence du Conseil de l’UE a annulé le sommet européen prévu à la mi-février afin de donner « plus de temps aux négociateurs pour trouver un accord ». S’ils y arrivent, le sujet sera inscrit à l’ordre du jour du sommet européen prévu les 20 et 21 mars.

L’objectif est d’arrêter la position de négociation de l’UE au sommet sur le climat organisé par l’ONU en septembre 2014 à New York et pour la conférence de Paris en novembre 2015.


Avec l’Associated Press et l’Agence France-Presse
1 commentaire
  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 9 janvier 2014 19 h 12

    Europe 1, Canada 0


    Si je le pouvais, je renoncerais à mon statut de citoyen du Canada (pays qui me fait honte internationalement au double plan sociétal et écologique, notamment à cause de son retrait du Protocole de Kyoto) pour plutôt adopter le statut de citoyen de l’Europe !

    Pourquoi pareille tentation de rupture citoyenne ???

    Parce que l’Europe, elle, contrairement à l’hypocrisie du Canada dont le gouvernement Harper s’est vendu aux intérêts oligarchiques de l’industrie pétrolière des sales sables bitumineux de l’Alberta, a le mérite, le courage et l’honnêteté démocratiques de respecter ses citoyens (et leurs générations futures) en ouvrant le débat public & politique sur l’urgence de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et, donc, de diminuer leur consommation d’énergies fossiles (i.e. pétrole + charbon + gaz) en les remplaçant par des énergies renouvelables propres comme le journaliste Marco Bélair-Cirino nous en fait ici un excellent compte rendu.

    Écolosociétalement,

    Daniel Clapin-Pépin
    Écologiste humaniste altermondialiste coopérativiste postcapitaliste
    Professeur de gestion + éthique + comptabilité environnementales
    Département des sciences comptables
    École des sciences de la gestion
    UQAM