Anglade rêve à un Montréal «incontournable»

Dominique Anglade
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Dominique Anglade
La nouvelle présidente-directrice générale de Montréal International, Dominique Anglade, veut imposer la métropole québécoise comme une destination « incontournable » pour toute personne qui veut « avoir une culture de l’international », comme la City et Wall Street sont des arrêts obligés pour les jeunes loups de la finance.

À l’instar de Copenhague et d’Amsterdam, Montréal doit devenir plus attrayant si elle veut faire le plein d’une main-d’oeuvre qualifiée qui est nécessaire afin d’assurer la vitalité de certains secteurs de pointe, fait valoir la nouvelle numéro un de Montréal International, Dominique Anglade.

L’ancienne présidente de la Coalition avenir Québec (CAQ) a été rapidement sensibilisée à la préoccupation de plusieurs dirigeants d’entreprises — établies à Montréal ou caressant le projet de s’y établir — de pouvoir compter sur une main-d’oeuvre qualifiée. « La première entreprise m’a dit : « C’est super, la recherche et le développement… si les universités peuvent fournir. » La deuxième entreprise m’a dit : « Si j’avais trouvé 30 personnes de talent à Montréal, je les aurais embauchées demain matin »», dit-elle dans une entrevue accordée au Devoir.

« À Montréal, nous avons quatre universités, trois écoles, les gens parlent français et anglais, bla-bla-bla… » : le « discours jovialiste » adopté par plusieurs représentants du Québec ne suffit pas ou ne suffit plus pour attirer des « travailleurs stratégiques » dans le Grand Montréal.

À ses yeux, le Montréal Inc. Est mûr pour avoir une « discussion très sérieuse » sur l’attractivité du talent au Québec. « On a beau tourner le problème dans tous les sens, comme on dit : « At the end of the day, where’s the money ? »», affirme Mme Anglade, quelques jours après une mission effectuée dans la Silicon Valley. « Personne ne m’a parlé de la Charte à Silicon Valley. Zéro. On parle de quoi ? On parle de talent ! »

Elle appelle les différents ordres de gouvernement à s’inspirer de modèles pour accroître l’attractivité de Montréal sur la scène internationale. « Je pense qu’il faut regarder les endroits qui attirent. Je pense qu’il faut regarder Amsterdam. » La capitale des Pays-Bas a réussi à attirer de jeunes travailleurs spécialisés à coups d’« incitatifs fiscaux », fait-elle remarquer. « Le Québec se démarquait davantage il y a une quinzaine d’années. Les autres sont aujourd’hui beaucoup plus concurrentiels. »

Mais, avant de suggérer un certain nombre de mesures-clés à adopter à Ottawa, Québec et Montréal, Mme Anglade veut avoir une idée plus claire du « plein potentiel » de la métropole québécoise en main-d’oeuvre qualifiée, mais également en attrait d’investissements étrangers et d’organisations internationales. « Présentement, on se dit : « On a des objectifs à atteindre », on les atteint, on est content. Mais les objectifs sont-ils à la hauteur de ce qu’ils devraient être ? », s’interroge-t-elle. « C’est la question à laquelle je me propose de répondre dans les deux prochains mois », indique Mme Anglade, dont l’entrée en fonction a eu lieu il y a moins de deux mois, soit le 1er novembre, comme en font foi les murs dégarnis de son bureau au huitième étage du Centre de commerce mondial.

Montréal International doit être vu comme « un puissant aimant » d’investissements étrangers, d’organisations internationales et de travailleurs stratégiques. « C’est de la richesse ! », souligne-t-elle, à quelques mois du dépôt d’un nouveau plan stratégique guidant l’action de Montréal International. La région métropolitaine compte actuellement quelque 2400 filiales étrangères sur son territoire. Celles-ci représentent une maigre proportion de 1 % des entreprises qui s’y trouvent, mais elles sont derrière 20 % de son produit intérieur brut (PIB).

La métropole québécoise abrite 61 organisations internationales, soit 27 de plus que Toronto. « C’est un atout extraordinaire. » Huit mois après la tentative du Qatar de ravir à Montréal le siège de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), Mme Anglade estime que le risque de voir une organisation prendre la poudre d’escampette est nul. Au contraire, Montréal est en bonne posture pour en attirer davantage. Des voeux pieux ? « On parle de voeux. Après cela, on concrétise. C’est ça qu’on va faire dans les prochains mois », lance la grande patronne de Montréal International, avant de répéter que les acteurs politiques et économiques montréalais doivent être « plus ambitieux » et « plus audacieux ». Et ils doivent convenir d’une force de frappe coordonnée. « Il faut être très ciblé. Il faut aller voir les bonnes personnes qui prennent les décisions avec la bonne information pour les convaincre de venir ici. Sinon, on parle dans le vide. »

Chose certaine, Montréal doit pleinement tirer profit de sa position géoéconomique en tentant de devenir un « passage obligé » entre les États-Unis et l’Europe. L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), l’Entente Québec-France sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles — et éventuellement l’Accord économique et commercial global (AECG) — « nous mettent dans une position de plaque tournante extraordinaire pour l’attraction de tous types de richesse ».

Conjoncture favorable

Dominique Anglade croise les doigts afin que Montréal bénéficie de la « nouvelle donne » politique pour attirer davantage de filiales, de main-d’oeuvre qualifiée et d’investissements étrangers. Après avoir été enfoncée « dans cette histoire de corruption jusqu’au cou », la ville sort enfin la tête de l’eau, se réjouit-elle. « [Montréal n’avait] pratiquement pas de maire au cours des cinq dernières années. On a été dans cette histoire de corruption jusqu’au cou. Il n’y avait pas leadership assumé », dit-elle. « Il y a une nouvelle donne aujourd’hui. Il y a un élan, ajoute-t-elle, pointant notamment l’entrée en scène du « nouveau maire », Denis Coderre.

Par ailleurs, Montréal International mais également Laval Technopôle et Tourisme Montréal accueilleront tous de nouveaux dirigeants. « Il y a une nouvelle personne à Tourisme Montréal… Une chance, parce qu’ils avaient besoin d’une nouvelle personne », laisse-t-elle tomber.

Dominique Anglade a pris les rênes de Montréal International le 1er novembre dernier, après un passage en politique québécoise durant lequel elle a tenté de se faire élire à l’Assemblée nationale. L’ancienne employée de McKinsey a été défaite dans la circonscription lavalloise de Fabre. La formation politique de François Legault s’est retrouvée sur les banquettes de la deuxième opposition. « Malgré nos 27 % de voix, ce qui n’était pas si mal que cela pour un parti qui avait sept mois d’existence », précise-t-elle. Elle estime avoir davantage de pouvoir ou de « capacité d’impact » comme p.-d.g. de Montréal International que dans l’ombre de la CAQ. « Je ne suis pas élue, un moment donné, ton impact est limité ! […] Fondamentalement, c’est le pouvoir qui fait en sorte qu’on avance ou pas. Moi, ce qui me motive beaucoup, c’est l’impact, c’est la capacité d’avoir de l’impact. » Elle est persuadée de l’avoir trouvée à Montréal International.
2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 29 décembre 2013 12 h 13

    Attirer la main-d'œuvre?

    À quoi bon avoir des entreprises étrangères si les Montréalais restent au chômage, puisqu'elles doivent faire venir de la main-d'œuvre d'ailleurs?

    D'ailleurs, un pays riche ne devrait pas avoir à attirer des entreprises ; les entreprises locales devraient y assurer la croissance.

  • Paul Michaud - Abonné 30 décembre 2013 19 h 07

    Restons ''local''?

    Serait-il possible que si on est obligé d'importer de la main-d'œuvre c'est parce qu'il n'y a pas les compétences voulues localement?
    Serait-il préférable de refuser les investissements des entreprises lorsque les compétences ''locales'' sont insuffisantes?
    Que suggérez-vous au juste?