Lutte contre les gaz à effet de serre - Un grand coup pour limiter les coûts

Le Québec doit s’extirper du « déficit carbone structurel » dans lequel il est enfoncé.
Photo: - Le Devoir Le Québec doit s’extirper du « déficit carbone structurel » dans lequel il est enfoncé.

Le gouvernement péquiste doit accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), quitte à plonger le Québec dans une période transitoire de décroissance économique. Il s’agirait d’une sage décision, soutient l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

 

L’auteur de la note socio-économique « Le budget carbone du Québec », Renaud Gignac, appelle l’équipe de la première ministre Pauline Marois à « réorienter l’économie vers des secteurs verts » afin de réduire, d’ici à 2020, les émissions de GES de 40 % comparativement à 1990. Le Québec contribuerait ainsi à limiter la hausse de la température du globe à tout au plus deux degrés Celsius.

 

Sensible aux risques éventuels de décroissance économique liés à une intensification de la lutte contre les changements climatiques, le chercheur associé à l’IRIS avait en tête « plusieurs mesures pour lutter contre les émissions de GES qui sont très génératrices d’emplois ». Les industries de l’efficacité énergétique et de la construction de nouvelles infrastructures de transport en commun « créent beaucoup d’emplois », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse mercredi.

 

L’IRIS presse le gouvernement de faire passer les émissions de 9,1 tonnes de dioxyde de carbone par année par habitant en 2000 à 1,4 tonne par année par habitant en 2050.

 

À l’heure actuelle, chaque Américain est derrière l’émission de plus de 17 tonnes de GES par année, tandis que chaque Brésilien et chaque Indien sont à l’origine de moins de 2 tonnes de GES par année. L’objectif de 1,4 tonne de GES par année par habitant en 2050 tient pour eux également. « Les pays dont le bilan d’émissions par habitant est le plus fort réduisent plus rapidement leurs émissions que les pays en développement [afin qu’ils] puissent se développer sans contraintes excessives sur leur économie », a expliqué M. Gignac.

 

Même s’il a du mal à atteindre la cible de réduction de 25 % de ses émissions de GES à l’horizon 2020 par rapport à 1990, le Québec doit viser une réduction de 40 % de ses émissions de GES à l’horizon 2020 par rapport à 1990 pour respecter son budget carbone, dit, implacable, l’IRIS. « [Les cibles actuelles] ne sont pas à la hauteur des limites physiques de l’atmosphère », a affirmé M. Gignac. « Il faut être plus ambitieux », a-t-il ajouté.

 

L’IRIS invite ainsi le gouvernement à tout d’abord fixer les « bonnes cibles ». « Le premier élément d’une politique climatique cohérente, c’est de fixer les bons objectifs qui sont basés sur la réalité physique du climat », a souligné M. Gignac.

 

Le Québec doit s’extirper du « déficit carbone structurel » dans lequel il est enfoncé. Le Québec a conclu l’année 2011 avec un déficit carbone de 11,3 mégatonnes de CO2. Disposant de 50,3 mégatonnes de gaz carbonique à son budget carbone — « quantité limite de GES qui peut être émise [tout en évitant] une crise climatique », il a laissé filer 61,6 mégatonnes de gaz carbonique dans l’atmosphère en 2011. « Le Québec, compte tenu de son poids démographique, dépasse cette limite sécuritaire-là. »« Le Québec ne fait pas la part qu’il devrait faire dans la lutte contre les changements climatiques. »

 

La planète étant « sur le bord de basculer dans la crise climatique », le groupe de recherche invite le gouvernement du Québec à se soucier autant du budget carbone que de son budget de finances publiques, mais à s’attaquer avec davantage d’empressement au déficit carbone plutôt qu’au déficit budgétaire. « On parle beaucoup d’équité intergénérationnelle dans un contexte de déficit budgétaire. [Toutefois] le déficit carbone est susceptible d’entraîner des conséquences beaucoup plus graves que les intérêts que l’on paie actuellement sur la dette du Québec », a souligné M. Gignac.

 

À cet égard, l’IRIS voit d’un mauvais oeil le « préjugé favorable » affiché par le gouvernement péquiste aux projets d’inversion du flux du pipeline 9B d’Enbridge et de construction du pipeline Énergie Est de TransCanada. Celui-ci déplore également l’obstination du Parti québécois à lancer l’île d’Anticosti, la Gaspésie et les îles de la Madeleine dans l’aventure pétrolière. Le gouvernement Marois doit cesser d’« encourager aveuglément » les secteurs d’activités « très intensifs en carbone »,sinon quoi il « aggraverait » le déficit carbone.

 

« Plus on reporte à plus tard la lutte contre les changements climatiques et plus on continue de consommer des combustibles fossiles, plus ça va coûter cher et plus on va perdre d’emplois », a insisté M. Gignac. Les « générations futures » seront appelées à « réparer » les dommages causés par des « catastrophes naturelles à répétition » : incendies de forêt, apparition de nouveaux parasites perturbant les écosystèmes forestiers, crues printanières plus fréquentes et plus fortes.

 

S’il presse le gouvernement du Québec de tirer vers le bas ses émissions de GES, l’IRIS s’est gardé mercredi de lui proposer la marche à suivre pour y arriver.

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