Petits fruits - Les cueilleurs continueront d’être payés au rendement

Les cueilleurs de petits fruits n’auront toujours pas droit au salaire minimum lors de la prochaine récolte.
Photo: La Presse canadienne (photo) - Archives Les cueilleurs de petits fruits n’auront toujours pas droit au salaire minimum lors de la prochaine récolte.

Le gouvernement péquiste maintient la paie au rendement des cueilleurs de fraises et de framboises, gardant au moins un an de plus 10 000 travailleurs saisonniers à l’écart des dispositions de base de la Loi sur les normes du travail.

Les ministres Agnès Maltais et François Gendron ont convenu de suspendre l’abolition du règlement — prévue pour le 1er mai 2014 — autorisant une rémunération en deçà du salaire minimum pour les cueilleurs de fraises et de framboises échouant à fournir un « rendement moyen », c’est-à-dire amasser en une heure près de trois kilogrammes et demi de framboises ou 13 kilogrammes de fraises.

En effet, les cueilleurs de fraises doivent chaque heure remplir trois boîtes de 12 casseaux pour toucher l’équivalent du salaire minimum, soit 10,15 $. « Chaque boîte doit être pleine [de fruits] commercialisable selon les spécifications de nos clients », précise le président de l’association de fraises et framboises du Québec, Michel Sauriol, réitérant la « grande importance » de préserver un salaire au rendement aux cueilleurs de fraises et de framboises. « Si on ne réussit pas à maintenir ce règlement-là, des entreprises risquent de disparaître », fait-il valoir.

Le gouvernement Marois a « laissé tomber l’idée de payer les cueilleurs de fruits au salaire minimum », a fait savoir le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, François Gendron, jeudi dernier, lors du Congrès de l’Union des producteurs agricoles (UPA). « Donc, on va garder le paiement au rendement… pour l’an prochain », avait déclaré le vice-premier ministre. « L’an prochain, ils vont être payés au rendement. Le reste, on verra », avait-il ajouté sous les applaudissements.

Les producteurs de fraises et de framboises bénéficiaient de l’appui du Parti libéral du Québec et de la Coalition avenir Québec. Pourtant, le gouvernement libéral avait prévu l’abolition de la paie au rendement à l’occasion de l’édition 2014 de la journée internationale des Travailleurs.

Le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’agriculture et de pêcheries, Stéphane Billette, se défend d’avoir fait volte-face une fois dans l’opposition. L’ancienne ministre du Travail, Lise Thériault, et lui « travaillaient fort » pour annuler l’octroi du salaire minimum aux 10 000 cueilleurs de fraises et de framboises avant le déclenchement de la campagne électorale de 2012.

Le député d’Huntingdon demande au gouvernement péquiste de retirer une fois pour toutes cette épée de Damoclès au-dessus de la tête des producteurs de petits fruits. La mise au rancart de la paie au rendement plomberait à coup sûr leur « compétitivité », souligne-t-il.

Y voyant un « bon moyen pédagogique », la cueillette de petits fruits est souvent l’occasion pour les adolescents de faire leur entrée sur le marché du travail aux yeux de M. Billette. « Mais le rendement n’est pas toujours au rendez-vous. »

Face aux États-Unis qui « ferment les yeux » sur la présence de travailleurs illégaux sur leurs terres agricoles, la paie au rendement est indispensable à la rentabilité des entreprises entre les mains des 700 producteurs de fraises ou de framboises québécois, martèle M. Sauriol.

Le Québec rivalise avec la Californie et la Floride, qui n’hésitent pas à fumiger les terres agricoles au bromure de méthyle, dans le premier cas, ou à les arroser en asséchant leurs réserves d’eau potable, dans le second cas, en plus de compter sur une main-d’œuvre meilleur marché, explique le propriétaire des Fermes D. et M. Sauriol.
Il exhorte le gouvernement à lever l’incertitude en renonçant à supprimer la paie au rendement à l’avenir.

La plupart des petites entreprises de petits fruits sur le territoire du Québec ont une saison de récolte de trois ou quatre semaines bien tassées. Durant cette période de l’année, aux alentours de la Fête nationale, 10 000 travailleurs saisonniers sont agenouillés sous un soleil de plomb dans les champs à cueillir des fraises et des framboises.

La maigre période de récolte dissuade les petits producteurs de faire appel à de la main-d’œuvre étrangère, ce qui fait en sorte que les quelque 1000 travailleurs temporaires étrangers, essentiellement des Mexicains et des Guatémaltèques, dans les fraisières et framboisières se trouvent pour la plupart chez les grandes entreprises en mesure d’étendre leur production du début juin à la mi-octobre.

Les petits producteurs doivent ainsi se rabattre sur une main-d’œuvre étudiante, parfois aussi jeune que 13 ou 14 ans, qui n’a souvent jamais travaillé. « Premier emploi [rime parfois avec] moins d’efficacité. C’est normal », a souligné M. Sauriol, insistant sur l’importance de « laisser » les jeunes travailler à leur rythme. « On n’est pas là pour jouer au bras de fer comme ça se faisait autrefois. C’est terminé ce temps-là. »

La paie au rendement permet aux jeunes de s’accorder des « pauses de la durée qu’ils veulent » sans que leurs employeurs soient pénalisés.

Les travailleurs n’ont pas trop de mal à amasser un nombre de jetons suffisant ou voir poinçonner leur carte à un nombre suffisant de reprises, en échange de boîtes de fraises ou de framboises bien garnies, pour gagner davantage que le salaire minimum, indique-t-il. « Même des déficients physiques à l’occasion vont être assez performants pour obtenir un bon rendement. Par contre, il y en a qui ont une déficience physique qui ne leur permet pas [d’y arriver]. On leur permet quand même de travailler à leur rythme », affirme M. Sauriol, précisant que les cueilleurs ont droit au salaire minimum si leur rendement est affecté par l’état des champs ou des fruits ou est ralenti pour des raisons indépendantes de leur volonté.

Les producteurs de petits fruits font également œuvre utile en embauchant des travailleurs renouant avec le marché du travail, soutient M. Sauriol. « Il y a des personnes qui sont un peu dépressives à l’occasion. Si on les laisse chez elles, à tout le temps penser…, tandis que là, elles sont en pleine nature et [peuvent gagner] un tout petit peu d’argent. Ça les remet en état. »

5 commentaires
  • Martin Richard - Inscrit 10 décembre 2013 09 h 29

    PQ, 2013

    Semi-esclavage, province de Québec, an 2013.

    martin richard
    mtl
    10 déc. 2013

    • dietrik reinhardt - Inscrit 10 décembre 2013 11 h 31

      On voit ici quelqu'un qui a vraiment pris le temps d'analyser le type d'emploie dont on parle. Le fait de pas avoir de salaire minimum fait en sorte que les gens qui appliquent pour l'emploie seront disposé a travailler beaucoup plus fort chaque jour car ils savent qu'ils n'ont pas de sécurité salarial et c'est la meme chose dans le domaine du reboisement dont je fais parti. Mettre un salaire minimum fait en sorte que les jours que le cueilleur n'est pas trop dans son assiette et qu'il n'a pas trop envie de travailler et bien ca lui dérange moins car même si il ceuille une fraise à l'heure il fait son salaire de 10$/h. Ce qui fait que cette industrie est rentable est le fait que les gens qui appliquent pour l'emploie veulent en ramasser le plus possible tous les jours pour l'été.

      Dietrik Reinhardt
      sherbrooke
      10 dec. 2013

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 décembre 2013 12 h 00

      Monsieur Reinhardt,

      Celui qui cueillerait une fraise à l'heure perdrait sa job sur-le-champ, non?

    • Michel Vallée - Inscrit 10 décembre 2013 15 h 52



      Ça dépend de la taille de la fraise en question, non ?

  • Dany Leblanc - Abonné 10 décembre 2013 18 h 49

    Je connais ce milieu. J'ai déjà cueilli des fraises quand j'étais jeune et maintenant, j'engage des cueilleurs pour ma bleuetière. J'essaie d'avoir des bons cueilleurs pour qu'ils aient au moins le salaire minimum. Certains font de très bon salaire. Des fois, je teste des jeunes. S'ils sont persévérants, ils vont finir par atteindre le salaire minimum. Sinon, ils vont eux-mêmes décrocher.

    Sinon, je vois mal comment motiver les jeunes et les moins jeunes à cueillir rapidement. T'sais là, quand le jeune prend tous les prétextes pour se promener en golf car, ce n'est pas payant. Tant pis pour le jeune s'il a perdu son temps. Je n'ai pas envie de faire la police et de le menacer de le mettre dehors. La situation est plus claire avec le salaire au casseau.
    .