Conseil de l'industrie forestière du Québec - Trop de développement durable nuit au développement économique

L’industrie forestière réclame de Québec de revoir les charges qui lui sont imposées et qui nuisent à sa compétivité.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’industrie forestière réclame de Québec de revoir les charges qui lui sont imposées et qui nuisent à sa compétivité.

La protection de la biodiversité ne doit plus prendre le pas sur le développement économique, plaidera l’industrie forestière du Québec à l’occasion du Rendez-vous de la forêt québécoise cette semaine à Saint-Félicien.

 

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) réclamera jeudi et vendredi un « plus grand accès » à la forêt québécoise, montrant du doigt un rétrécissement de 36,7 % du territoire où il est possible d’exploiter au fil des 13 dernières années.

 

« Le territoire occupé par la forêt au Québec agrandit d’année en année, mais la possibilité forestière, le volume qu’on peut en récolter, diminue », a déploré le président-directeur général du CIFQ, André Tremblay, lundi, lors d’une conférence de presse à Montréal. « La raison est simple, c’est qu’on opère sur une moins grande superficie compte tenu des contraintes, des éléments de protection de la biodiversité de la ressource », a-t-il ajouté du tac au tac à quelques jours du Sommet du monde forestier.

 

Pourchassée depuis près de 15 ans par le fantôme du documentaire coup-de-poing L’erreur boréale, l’industrie forestière s’est une nouvelle fois défendue lundi d’avoir coupé à ras pendant des décennies la forêt québécoise. « Si on va se promener en forêt avec vous, vous allez voir que la forêt a repris ses droits partout où [prétendument] on avait trop coupé », a soutenu M. Tremblay, accompagné de six chefs d’entreprises forestières.

 

À l’heure actuelle, le Forestier en chef calcule les possibilités forestières en fonction de « stratégies qui visent plus la protection de la ressource que sa mise en valeur », regrette M. Tremblay, tout en évoquant les « choix sociaux que l’on a faits dans une optique de développement durable [où] on privilégie l’environnement au détriment du développement économique ». Aujourd’hui, l’industrie forestière cherche son souffle.

 

En plus de confier l’élaboration des secteurs de protection et d’exploitation à des instances politiques régionales, le CIFQdemandera cette semaine au gouvernement péquiste de faire passer la possibilité forestière d’environ 1 mètre cube par hectare à 1,2, 1,3 voire 1,4 mètre cube par hectare. « Est-ce qu’on pourrait au Québec jardiner un peu plus intensément certaines portions du territoire ? » À ses yeux,il en va du maintien des 61 500 emplois et de l’accroissement des exportations du secteur.

 

Au Québec, l’industrie forestière pâtit du coût du bois « le plus élevé en Amérique du Nord », a répété à plusieurs reprises le porte-parole du lobby forestier. M. Tremblay presse du coup le gouvernement d’étudier « un à un » les éléments derrière le coût du bois, comme les redevances et les rentes versées à l’État. Pour une industrie tournée vers l’exportation, « c’est urgent », a-t-il indiqué.

 

D’autre part, le CIFQ réclame une augmentation à hauteur de 10 % de la charge maximale des véhicules lourds transportant des produits du bois durant l’hiver afin d’arrimer la législation québécoise à celle de quatre autres provinces canadiennes, dont l’Ontario. « Il n’y a aucune raison pour laquelle on est limités à ce point aujourd’hui », a affirmé le président et chef de la direction d’Uniboard, James N. Hogg, après avoir mentionné que le nouveau régime forestier avait créé « un chaos » dans le marché.

 

Le grand patron de Tembec, James Lopez, a dit être « très inquiet » de l’environnement d’affaires au Québec. « Celui-ci a évolué rapidement, et malheureusement, très négativement au cours des dernières années », a-t-il souligné, laissant planer l’impression qu’il a été leurré il y a cinq ans par la promesse faite par l’ancien gouvernement, soit de créer l’un des environnements les plus concurrentiels pour l’industrie forestière.

 

Tembec a écopé d’une hausse de 20 % du coût du bois depuis l’entrée en vigueur du nouveau régime forestier, le 1er avril 2013. Plongée dans une « extrême incertitude », la compagnie employant 1750 personnes au Québec doute fort de la pérennité d’un projet d’investissements de 120 millions dans ses installations de la région du Témiscaming de l’entreprise. « Comment une entreprise peut-elle survivre et prospérer dans cet environnement ? », a lancé M. Lopez.

 

Le président et chef de la direction de Produits forestiers Résolu, Richard Garneau, exhorte aussi l’équipe de la première ministre Pauline Marois à « vraiment améliorer la position concurrentielle » du Québec, sinon « plus d’emplois ser[ont] à risque ».

 

Face aux surplus d’électricité dans lesquels baigne Hydro-Québec, l’industrie forestière demande à son tour au gouvernement de revoir à la baisse le tarif L offert aux entreprises planifiant des investissements dans la « modernisation » de leurs installations au Québec. « Avant de penser à attirer des nouvelles entreprises, […] est-ce qu’on ne pourrait pas penser à utiliser ces surplus-là pour soutenir la transformation d’une industrie qui est déjà là », a dit M. Tremblay, rappelant que l’industrie des pâtes et papiers est le deuxième consommateur d’électricité en importance au Québec derrière l’industrie de l’aluminium.

 

Le secteur des pâtes et papiers est appelé à une profonde métamorphose, a-t-il dit. La fabrication de nouveaux produits de haute technologie, mais également la substitution d’« objets simples » non recyclables par des objets recyclables, fabriqués à partir de carton par exemple, contribueront à assurer l’avenir de l’industrie forestière, selon le CIFQ. « Pensez juste aux gobelets de café [en carton qui ont remplacé les gobelets de polystyrène]. » En s’appuyant sur le « matériau écologique par excellence », le bois, l’industrie forestière est une « industrie d’avenir, contrairement à la perception que certains d’entre vous peuvent avoir », a déclaré le porte-parole du CIFQ.

 

Déjà persuadé que « tout cela ne se réglera pas » au Rendez-vous de la forêt québécoise jeudi et vendredi, le CIFQ propose au gouvernement péquiste de poursuivre la discussion dans un forum stratégique sur la compétitivité et la transformation de l’industrie forestière.

22 commentaires
  • Pierre Couture - Inscrit 19 novembre 2013 06 h 49

    Grâce à qui?

    «vous allez voir que la forêt a repris ses droits partout où [prétendument] on avait trop coupé »...

    Qui est responsable de cette reprise forestière? L'industrie ou la politique de développement durable?

    • Éric Alvarez - Inscrit 19 novembre 2013 09 h 39

      La forêt n'a besoin de personne pour reprendre ses droits. Si les citoyens désertaient le Québec pendant 50 ans, la forêt "reprendrait" l'essentiel du territoire, dont les villes. Il n'y a pas besoin de politique pour faire pousser des arbres : )

    • Mathieu Massicotte - Inscrit 19 novembre 2013 11 h 47

      M. Alvarez, décidément vous n'avez strictement rien compris ni à l'article, ni au commentaire de M. Couture. Oui, la foret a besoin de réglementation pour reprendre ses droits, sans quoi l'industrie forestière opère un véritable saccage de cette ressource qui nous appartient à tous. Donc, oui, nous avons précisément d'une politique de développement durable pour faire pousser nos arbres. C'est une évidence.

    • Éric Alvarez - Inscrit 19 novembre 2013 12 h 35

      M. Massicote,

      Vous prenez les choses un peu trop au premier degré...

      Mais pour préciser, la forêt n'a pas besoin d'une politique pour être aménagée! En fait, c'est la dernière chose dont elle a besoin.

      Ce dont elle a besoin, c'est d'aménagistes qui vivent de la forêt, des aménagistes qui la connaissent intimement.

    • Danielle - Inscrit 19 novembre 2013 14 h 12

      Dans pas si long, non seulement la forêt va reprendre ses droits, mais ''parti comme c'est là'' l'humain ne fera plus parti du décor. L'être humain va disparaître d'ici je ne sais combien d'années... parce qu'on le voit déjà, la nature reprend ses droits, la planète en a assez de se faire zigouiller par le dieu économie.

    • Pierre Couture - Inscrit 19 novembre 2013 23 h 10

      @ M. Alvarez, un peu de cohérence, s'il vous plaît.

      Dans un premier temps vous nous dites : «La forêt n'a besoin de personne pour reprendre ses droits» puis vous nous assénez :«Ce dont elle a besoin, c'est d'aménagistes qui vivent de la forêt, des aménagistes qui la connaissent intimement.»

      Elle a besoin de quelqu'un oui ou non?

      Cela dit, sans une loi la protégeant les rapaces industriels la réduiraient à un champ dévasté en un tournemain.

      Il n'y a pas de contradiction entre écologie et économie, sauf dans la tête de quelques exploitants.

      Des pays vraiment civilisés arrivent à très bien concilier les deux. Il faudrait que nous atteignions à notre tour ce degré de civilisation.

  • Daniel Cyr - Abonné 19 novembre 2013 08 h 29

    Trop de développement durable ???

    Je ne pensais jamais l'entendre celle-là! Trop de développement durable? C'est comme si on se prononçait contre la vertu! A quel moment y a t'il trop de vertu? J'aimerais entendre la réponse de l'ancien maire Vaillancourt!
    Monsieur Tremblay, pourquoi pensez-vous que ce concept a été mis de l'avant... du moins qu'on a tenté de le mettre de l'avant, car ce n'est toujours pas gagné? Justement pour discipliner un développement économique qui était et est encore trop souvent déconnecté de toute réalité hormis celles des profits à tout crin et de la croissance. Au grand dam des humains qui vivent avec les résultats ensuite. Et qu'on ne vienne pas me servir l'argument de la perte des emplois... l'industrie forestière n'a qu'à se blamer elle-même pour le fiasco de ne pas avoir su se mobiliser à temps pour "développer" des emplois DURABLES à ses travailleurs.

    • Éric Alvarez - Inscrit 19 novembre 2013 09 h 46

      "Trop de développement durable", c'est le titre de l'article. La protection de la biodiversité est un élément du développement durable, mais pas le seul. Le titre est un peu excessif.

      Quant à distribuer les blâmes, si vous remontez dans l'histoire pas si lointaine (les années 1970), vous constaterez que les plus grands promoteurs de la récolte... est en fait le gouvernement. Cela peut paraître étonnant, mais la révocation des concessions forestières a été en bonne partie motivée par le fait que le gouvernement trouvait que l'industrie ne coupait pas assez de bois, diminuant ainsi les retombées économiques en région. En Commission parlementaire, l'industrie avait dû se défendre de récolter tout le bois qu'elle pouvait récolter sur la base du rendement soutenu (ça peut paraître irréel, mais ce sont des faits qu'il est assez facile de vérifier).

      Après, quand les choses tournent mal, il est certain que l'industrie fait plus facilement office de "méchant", car le gouvernement... c'est nous!

    • Mathieu Massicotte - Inscrit 19 novembre 2013 12 h 00

      Mais qu'est-ce que les politiques du gouvernement des années 70 ont à faire avec la question qui nous préoccupe ici? Strictement rien. Ce dont il est question, M. Alvarez, c'est la perpétuelle complainte d'entreprises qui concoivent le développement durable comme étant à l'opposé de leurs intérêts immédiats, i.e. de leurs volonté de satisfaire leur actionnariat et de demeurer compétitifs dans un marché mondialisé. Je conçois très bien que les réalité du marché rendent peut-être la vie difficile à ces entreprises, et que la réglementation nuit à la compétitivité. Soit. Mais la réalité demeure que sur un horizon à moyen et long terme, le développement durable est le seul moyen d'assurer la prospérité à long terme du Québec, et le seul moyen de préserver une richesse qui ne se compte pas uniquement en retombées économiques. C'est notre PAYS, bon sang. L'erreur boréale n'est pas un film de fiction. Si l'industrie forstière désire obtenir une bonne cote d'acceptabilité sociale, elle doit d'abord comprendre que ce n'est pas le modèle de développement durable qui nuit à l'économie, c'est plutot leur modèle économique et leur système de production qui nuit au développement durable et à la prospérité du Québec.

    • Éric Alvarez - Inscrit 19 novembre 2013 12 h 45

      Cela a tout à voir en fait M. Massicotte.

      La logique dans laquelle on aménage la forêt aujourd'hui est issue du changement fondamental de politique sur l'aménagement des forêts (révocation des concessions, implication plus présente du gouvernement) qui a été décidée au début des années 1970.

      L'Erreur boréale était un "documentaire" destiné à terroriser la population et démoniser l'industrie forestière. Il a très bien réussi.

      L'aménagement forestier est synonyme de durabilité, et cela depuis plus de 200 ans. Et même avant le développement de la foresterie scientifique en Europe, on peut retrouver des exemples d'aménagement durable.

      L'aménagement durable est un grand concept. En foresterie, la meilleure façon de l'appliquer et de miser sur des gens qui vivent de la forêt. Dans l'ensemble, l'industrie forestière a très bien fait cela avant la révocation des concessions.

  • André Michaud - Inscrit 19 novembre 2013 10 h 27

    Nature vs économie

    La nature ne se prive pas de brûler chaque années des kilomètres de forêt pour se regénérer, mais les humains n'auraient pas le droit de vivre de la forêt ?

    Pourtant la forêt québécoise n'est pas en péril, et elle couvre une immense partie du Québec.

    Si le prix du bois monte trop, ça nuira à l'économie québécoise, et évidemment à l'industrie forestière. Il faut donc y aller de compromis et ne pas tomber dans le dogmatisme vert.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 19 novembre 2013 12 h 35

      "La nature ne se prive pas de brûler chaque années des kilomètres de forêt pour se regénérer"

      C'est une blague, j'espère. La nature n'est pas une entité qui réfléchi... Elle ne "décide" rien. Ce qui, d'ailleurs, ironiquement, semble être également le cas de plusieurs personnes qui nous gouvernent.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 novembre 2013 15 h 46

      Bien spûr qu'on peut vivre de la forêt. C'est justement le but du développement durable.

  • Richard Larouche - Inscrit 19 novembre 2013 12 h 04

    Pas besoin d'aller se promener en forêt

    On peut voir les résultats des coupes à blanc simplement en roulant sur la route 138 entre Québec et Baie-Saint-Paul. Il s'agit de regarder du côté gauche. Cela dit, j'aimerais bien qu'on autorise les citoyens à aller se promener au mont Raoul Blanchard, plus haut sommet de Charlevoix, ou on pourrait voir les mauvaises pratiques de l'industrie d'un peu plus près...

    • Éric Alvarez - Inscrit 19 novembre 2013 12 h 47

      Les milieux agricoles, les pentes de ski, beaucoup de développement sdomiciliaires sont le résultat de coupes à blanc.

      La différence avec la foresterie, c'est que dans les exemples que j'ai mentionnés, on parle de déforestation, car la forêt a été remplacée par une autre utilisation du territoire. En foresterie, on remplace la forêt... Par de la forêt.

  • André Michaud - Inscrit 19 novembre 2013 12 h 09

    Comme en Suède ?

    En Suède depuis les années 70 plusieurs forêts sont de propriété privée. Les compagnies qui les exploitent pour assurer leur avenir plantent autant d'arbres qu'ils en coupent, sinon plus.

    Plus besoin de les surveiller pour assurer un développement durable...et l'état épargne ainsi bien des salaires de fonctionnaires..et L'industrie se porte bien.

    Pourquoi ne pas faire la même chose ici?

    • Éric Alvarez - Inscrit 19 novembre 2013 12 h 50

      Ici l'État mise sur la protection de la régénération naturelle pour assurer la présence d'une forêt future. En Suède, il y a beaucoup de plantations. À cet égard, nous sommes plus proche de la Nature.