Oléoduc 9B d’Enbridge - Québec met en exergue les avantages économiques de l’inversion

Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, à l’Assemblée nationale, mercredi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, à l’Assemblée nationale, mercredi.

Un an après avoir affiché son préjugé favorable envers le projet d’inversion de l’oléoduc 9B d’Enbridge, le gouvernement Marois a finalement annoncé mercredi la tenue d’une commission parlementaire pour étudier le projet. Les groupes environnementaux estiment que l’exercice « manque d’ambition », d’autant plus que Québec vante déjà les « avantages économiques » de l’arrivée de 300 000 barils de pétrole brut chaque jour à Montréal.

 

La consultation publique maintes fois promise et finalement annoncée mercredi par le ministre de l’Environnement doit débuter le 26 novembre, pour se terminer le 5 décembre. « Au terme de cette consultation, le gouvernement du Québec présentera les conditions qui devront être prises en compte et qui rendront souhaitable la réalisation de ce projet », a précisé Yves-François Blanchet.

 

Le document de la consultation rendu public par Québec fait largement état du « préjugé favorable » du gouvernement Marois envers l’inversion du pipeline qui amènera le pétrole brut de l’Ouest jusqu’à Montréal avant la fin de 2014. C’est d’ailleurs la ministre déléguée à la Politique industrielle, Élaine Zakaïb, qui siégera au nom du gouvernement.

 

Reprenant pour l’essentiel des arguments déjà avancés par Enbridge et la direction des deux raffineries en activité au Québec — notamment dans leurs mandats de lobbying auprès du gouvernement —, Québec estime que ce projet « favoriserait la pérennité des industries québécoises reliées au pétrole et à ses produits dérivés ». Pire, ajoute le gouvernement, sans cela, « c’est l’existence même du secteur du raffinage québécois, et des entreprises qui y sont directement reliées, qui serait menacée ».

 

Les péquistes rappellent ainsi que, lorsque la ligne 9B a été inversée en 1998, pour couler d’est en ouest, le gouvernement québécois avait fait valoir que le flux devrait être inversé de nouveau si « l’évolution du marché rendait de nouveau le pétrole brut de l’Ouest économiquement attrayant ». C’est le cas aujourd’hui. Certains observateurs estiment toutefois que l’écart de prix se résorbera d’ici quelques années, au fur et à mesure que les projets de pipeline se développeront.

 

Québec vs Ottawa

 

En conférence de presse, le ministre Blanchet a défendu la formule de la commission parlementaire. Puisque le projet est de compétence fédérale, a-t-il dit, « le poids du Québec dans ce dossier est politique ». Le gouvernement Harper a déjà fait savoir que c’est lui qui décidera en définitive. À moins d’un revirement inattendu, Enbridge devrait avoir le feu vert au début de 2014. L’évaluation du projet par l’Office national de l’énergie est déjà terminée.

 

Le ministre ne voit pas pour autant la consultation québécoise comme un exercice futile. « En théorie, le gouvernement fédéral pourrait très bien ne pas accorder une grande importance à ce qu’on va dire. En pratique, sur le plan purement politique, ils ne le peuvent pas. Ni l’entreprise ni le gouvernement ne peuvent faire fi de ce que sera la position de l’Assemblée nationale. »

 

Son ministère entend par ailleurs demander à Enbridge de rendre disponibles les données de l’inspection de son pipeline, dont 109 kilomètres se trouvent en sol québécois. Québec veut mener une « contre-expertise indépendante » afin de « valider » la sécurité de l’oléoduc. On ne sait pas encore comment Québec procédera pour mener une telle évaluation, ni si Enbridge lui transmettra ses données.

 

Le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, a souligné les délais très « serrés » avant la consultation. « Nous jugeons qu’il est essentiel qu’une évaluation indépendante liée à l’état du pipeline soit rendue publique avant la commission parlementaire », a-t-il ajouté.

 

« L’annonce d’aujourd’hui manque d’ambition sachant que, depuis un an, le ministre Blanchet promet une véritable évaluation environnementale. À défaut de mieux, nous participerons à la commission, mais il est préoccupant d’entendre le gouvernement répéter qu’il a un “a priori favorable” au projet, et ce, avant même d’entendre les participants », a fait valoir Patrick Bonin, de Greenpeace. Québec n’entend pas étudier les impacts de l’exploitation des sables bitumineux dans son évaluation.

2 commentaires
  • Claude Smith - Abonné 14 novembre 2013 09 h 16

    Ce que je comprends

    Ce que je comprends, c'est que le gouvernement québécois cède aux menaces des compagnies pétrolières de fermer les raffineries au Québec si celui-ci s'oppose au pipeline.

    Toutefois, je ne comprends pas pour quoi le gouvernement ne tient pas compte de l'impact de l'exploitation des sables bitumineux et aussi de l'impact qu'elle a sur notre économie. Ex.: Force du dollar canadien.


    Claude Smith

  • Gilbert Talbot - Abonné 14 novembre 2013 11 h 46

    Le PQ inverse ainsi sa politique d'indépendance nergétique.

    Ce n'est pas seulement l'inversion du pipeline qui est en cause dans ce débat, mais l'inversion même de la politique énergétique du PQ, qui se met ainsi à la remorque du pétrole albertain, y compris le pétrole sale des sables bitumineux. Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, n'est pas le pitbull défenseur de l'environnement québécois qu'était Daniel Breton, mais le petit toutou servile des compagnies pétrolières.