Libre-échange Canada-UE - Un accord qui pourrait porter ses fruits plus tôt que prévu

La nouvelle ambassadrice de l’Union européenne à Ottawa, Marie-Anne Coninsx, s’est fixé plusieurs autres missions en plus de se consacrer à l’AECG, notamment celle de s’occuper des programmes d’échange d’étudiants entre le Canada et l’Europe.
Photo: Mike Blanchfield La Presse canadienne La nouvelle ambassadrice de l’Union européenne à Ottawa, Marie-Anne Coninsx, s’est fixé plusieurs autres missions en plus de se consacrer à l’AECG, notamment celle de s’occuper des programmes d’échange d’étudiants entre le Canada et l’Europe.

L’accord de libre-échange conclu entre le Canada et l’Union européenne pourrait rapidement porter ses fruits, espèrent le Québec et l’Europe. Peut-être même avant qu’il ne soit officiellement ratifié.

 

L’adoption accélérée de certaines dispositions de l’entente, l’attitude proactive des gouvernements et des principaux acteurs économiques, mais plus encore le fort degré d’appui de ces derniers à l’égard du projet d’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne devraient lui permettre de donner rapidement des résultats positifs, a déclaré mercredi la nouvelle ambassadrice de l’Union européenne à Ottawa, Marie-Anne Coninsx, devant une centaine de gens d’affaires québécois et européens venus participer à Montréal à la 12e édition du Carrefour Europe.

 

Les autorités européennes ont déjà indiqué qu’elles pourraient ne pas attendre la fin du processus de ratification par l’ensemble des pays membres de l’Union pour commencer à mettre en oeuvre certaines dispositions de l’entente relevant de ses compétences propres, comme celles portant sur la mobilité de la main-d’oeuvre. Comme la plupart des paramètres techniques de l’accord seront connus avant qu’on ait fini de le traduire en langage juridique et de le faire ratifier par les élus, les entreprises pourront aussi commencer à se préparer sans plus attendre.

 

La diplomate, entrée en poste à Ottawa en septembre, a cité l’exemple d’une autre entente, entre l’Union européenne et la Corée du Sud celle-là. Cet accord était entré en vigueur depuis un an à peine que déjà les échanges commerciaux entre les deux économies avaient augmenté de 35 %.

 

Effet psychologique

 

« On s’attend déjà à des effets positifs du simple fait de l’annonce de l’accord, a-t-elle ajouté en entrevue au Devoir en marge de l’événement. Cet impact psychologique a souvent été observé. » Ce phénomène se produit généralement lorsque les principaux acteurs économiques s’approprient un accord. Or, Marie-Anne Coninsx se dit « vraiment frappée […] par le très, très grand soutien des secteurs industriels et des associations économiques » des deux côtés de l’Atlantique à l’égard de l’AECG.

 

Le gouvernement du Québec entend ne pas perdre de temps à essayer de tirer profit de cette chance de diversifier ses marchés d’exportation, avait déclaré quelques minutes auparavant à l’auditoire Michel Audet, sous-ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur. « L’accord nous donnera accès au marché européen sans tarif avant les États-Unis, avant le Japon et avant la Chine. Forts de notre avantage d’être les premiers à profiter d’un accès privilégié au marché européen, nous procéderons à une offensive sitôt que [l’AECG] entrera en vigueur. […] Nous allons informer et outiller nos entreprises, avec des séminaires sur l’accord et les marchés européens, leur identifier des partenariats potentiels et les soutenir sur ces marchés considérables. »

 

Considéré comme le projet de traité commercial le plus ambitieux entrepris par le Canada, l’AECG porte sur un vaste ensemble d’enjeux, dont le commerce des biens et services, la coopération réglementaire, l’agriculture, la protection des investisseurs, la mobilité de la main-d’oeuvre et la durée des brevets pharmaceutiques. Conclue au terme de quatre ans et demi de négociation, l’entente de principe annoncée par le Canada et l’Union européenne le mois dernier laisserait encore quelques détails à régler avant de pouvoir être traduite en langage juridique dans les 23 langues de l’Union européenne, puis soumise aux Parlements compétents pour ratification.

 

Encore deux ans d’attente

 

Bien qu’elle ne doute pas de la conclusion heureuse qu’aura tout ce travail, Marie-Anne Coninsx prévient qu’il se peut fort bien qu’il prenne jusqu’à deux ans en Europe avant d’être achevé, entre autres parce qu’il faudra probablement attendre l’élection du prochain Parlement européen en mai. La diplomate belge s’est dite impressionnée d’entendre, des deux bords de l’Atlantique, autant de commentaires positifs et aussi peu de critiques à l’égard de l’entente. « C’est très rare. C’est signe qu’on a un accord équilibré. »

 

Normalement en poste à Ottawa pour quatre ans, la nouvelle ambassadrice européenne s’est fixé plusieurs autres missions en plus de s’occuper de l’AECG. Elle entend, notamment, s’occuper des programmes d’échange d’étudiants entre le Canada et l’Europe, de coopération en matière de recherche et développement, de coopération en matière de politique étrangère et de présenter une image « plus réaliste » et moins catastrophiste de l’état de l’Union européenne.

 

Rappelant que le plus grand marché unique au monde avait souvent profité des périodes de crise pour franchir des étapes supplémentaires dans son processus d’intégration économique et politique. La dernière crise n’a pas fait exception, elle qui a mené, notamment, à une nouvelle union bancaire et à l’établissement d’un mécanisme d’encadrement des processus budgétaires de ses pays membres sans précédent. Pour la première fois cette année, les gouvernements nationaux doivent, en effet, soumettre leurs budgets à l’assentiment de Bruxelles avant de pouvoir le présenter aux élus de leurs propres Parlements nationaux.

 

Le danger, fait remarquer Mme Coninsx, est qu’à mesure que la crise s’atténue en Europe, les gouvernements acceptent de plus en plus mal cet accroc fait à leur souveraineté nationale.

1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 7 novembre 2013 09 h 30

    :A noter...

    Ce n'est pas un souhait ni un projet. C'est une obligation qui ne devrait pas permettrte d'exception."Pour la première fois cette année, les gouvernements nationaux doivent, en effet, soumettre leurs budgets à l’assentiment de Bruxelles avant de pouvoir le présenter aux élus de leurs propres Parlements nationaux."

    Il n'est nul besoin de dire que certains de nos concitoyens auraient beaucoup de mal à accepter que cette contrainte s'applique à leur province dans ses relations avec le gouvernement fédéral.