Des terres rares transformées à Bécancour

Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a parlé d’un nécessaire encadrement «rigoureux» et «raisonnable», puisque ce type d’exploitation implique des substances qui nécessitent d’être traitées et manipulées avec soin en raison de la présence de radioactivité.
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a parlé d’un nécessaire encadrement «rigoureux» et «raisonnable», puisque ce type d’exploitation implique des substances qui nécessitent d’être traitées et manipulées avec soin en raison de la présence de radioactivité.

Un projet de traitement de terres rares verra le jour à Bécancour. Le vaste complexe de 1,3 milliard sera construit à partir de 2016 pour une ouverture en 2017

La future usine hydrométallurgique de Minéraux rares Quest devrait employer plus de 300 personnes. De plus, au moins 500 personnes œuvreront à temps plein à la phase de construction.

Les usages des terres rares sont nombreux. Le minerai extrait se retrouve dans les téléphones cellulaires, les éoliennes, les moteurs électriques, les écrans plats et plusieurs autres composantes technologiques.

La Chine produit 95 % des terres rares pour le marché mondial. Près de 98 % de cet approvisionnement est constitué de terres rares dites « légères ». Le projet de Quest porte quant à lui sur des terres rares « lourdes », de plus grande valeur. Avec le projet de Bécancour, annoncé mardi, Quest deviendra la première société à posséder une usine de ce genre en Amérique du Nord. La minière allègue que cette usine offrira une nouvelle source d’approvisionnement qui viendra compenser certains aléas chinois liés à la tarification et à la disponibilité du minerai.

L’entreprise canadienne a décidé d’aller de l’avant avec ce projet après avoir analysé les résultats de l’étude de préfaisabilité de la Zone-B de Lac Strange, située à environ 220 kilomètres au nord-est de Schefferville. Ce gisement avait été découvert en 2009.

Le minerai en vrac tiré de la Zone-B de Lac Strange sera transporté par camions jusqu’à un port, qui sera construit par Quest, près de Voisey’s Bay au Labrador. Le minerai voyagera ensuite par bateau jusqu’au port de Bécancour avant d’être replacé dans des camions, jusqu’à l’usine où il sera séparé en quatre produits. L’usine de traitement comprendra notamment un bâtiment de stockage du soufre, une usine d’acide et une usine d’extraction par solvant.

Menaces d’Alcoa

Le nouveau maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, souligne que l’arrivée du projet survient au moment où la ville est confrontée à des enjeux économiques de taille. Les menaces récentes d’Alcoa, qui a laissé planer la possibilité de fermer ses usines au Québec si les tarifs préférentiels d’électricité n’étaient pas révisés, ont miné le moral de la population. « Nous sommes devant plusieurs défis : celui de conserver les emplois de l’aluminerie ABI de Bécancour et celui du besoin de diversifier notre économie », a indiqué le maire Dubois, qui a néanmoins précisé que la dimension environnementale ne peut plus se dissocier du volet économique.

Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a parlé d’un nécessaire encadrement « rigoureux » et « raisonnable », puisque ce type d’exploitation implique des substances qui nécessitent d’être traitées et manipulées avec soin en raison de la présence de radioactivité. M. Blanchet assure toutefois que les niveaux de radioactivité en cause sont « bénins ».

Radioactivité

Peter Cashin, président et chef de la direction de Quest, reconnaît que l’acceptation sociale sera l’un des premiers facteurs de succès pour l’implantation de l’usine. Il a d’ailleurs confirmé qu’il soumettra son projet aux fins d’examen par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement du Québec (BAPE). Quest a aussi annoncé la mise sur pied du « Comité de suivi Quest-Bécancour », un organisme qui compte réunir les élus, divers représentants locaux dont l’Union des producteurs agricoles (UPA) et des membres des communautés autochtones.

« C’était important pour nous d’être transparent et nous souhaitons recevoir les avis de la collectivité, afin de connaître et répondre à ses inquiétudes », a ajouté M. Cashin.

Quest entend permettre aux membres du comité de visiter l’usine-pilote, entièrement intégrée, en 2014. Une ligne téléphonique directe, un site Internet où consulter les mises à jour sur le projet et les dates de rencontres prévues font aussi partie des engagements de Quest.

« Nous sommes conscients des préoccupations concernant l’impact du site d’élimination des résidus et des sous-produits issus du traitement des éléments des terres rares, comme l’uranium et le thorium », a reconnu M. Cashin.

Le président de Quest a précisé avoir choisi la ville de Bécancour en sachant qu’il s’y trouvait une main-d’œuvre hautement qualifiée avec de l’expérience cumulée dans les industries lourdes.

La livraison des premiers produits de l’usine devrait s’amorcer en 2018.
14 commentaires
  • sara beaudet - Inscrite 5 novembre 2013 16 h 24

    conséquences environnementales

    wikipédia: «L'extraction et le raffinage des terres rares entraînent le rejet de nombreux éléments toxiques : métaux lourds, acide sulfurique ainsi que des éléments radioactifs (uranium et thorium). « Il faut injecter sept ou huit tonnes d'ammonium sulfate dans le sol pour extraire une tonne d'oxyde, ces liquides toxiques vont résider longtemps et les conséquences seraient épouvantables si l'eau souterraine était polluée », a indiqué le vice-ministre de l'Industrie et des Technologies de l'information chinois Su Bo 24. La radioactivité mesurée dans les villages de Mongolie-intérieure proches de l'exploitation de terres rares de Baotou est de 32 fois la normale (à Tchernobyl, elle est de 14 fois la normale). D'après la carte des villages du cancer en Chine, la mortalité par cancer est de 70 %25. Il s'agit de cancer du pancréas du poumon et de leucémies 26.
    Les effluents toxiques sont stockés à Baotou dans un lac artificiel de 10 km³ dont les trop-pleins sont rejetés dans le fleuve Jaune26. Ces pollutions ont été dénoncées dans un rapport de Jamie Choi, alors responsable de Greenpeace Chine. Ce rapport n'est plus accessible au grand public.»

    • Pierre Demers - Inscrit 6 novembre 2013 06 h 00

      Mme Sara Beaudet, Rapport manquant
      J'ai trouvé cette référence accessible (en anglais), est-ce le rapport manquant?
      http://www.spacemart.com/reports/Chinese_pay_price
      Pierre Demers physicieb LISULF 6XI20136hHNE

    • Yvan Dutil - Inscrit 6 novembre 2013 06 h 55

      Entre faire la job chez nous ou en Chine, j'aime encore mieux chez-nous. Au moins, on a du contrôle sur le procédé.

    • Hélène Thompson - Inscrit 6 novembre 2013 09 h 16

      ahh wikipédia! Image: On peut faire nos changements d'huiles par terre aussi. Mais ici on ramasse l'huile, on la traite et on en dispose autrement qu'en la vidant dans la rivière.(Oui je sais que quand vous étiez petit, votre oncle le faisait dans le canal en 1960, c'est une image)
      Il en sera de même pour la terre rare. Alors qu'en Chine, c'est assez différent, si vous l'ignorez, ce dont je doute. Alors ce petit article de wikipédia est très peu pertinent et sert surtout à désinformer lorsqu'il est présenté dans ce cas ci. Et il y en a toujours un ou une pour nous les amener.
      C'est d'ailleurs à cause de ce genre de raccourci, mme Beaudet, que les environnementalistes n'ont pas la réputation d'amener de l'informations fiables. Généralement parce qu'ils utilisent des recherches dont ils ne sont pas armés pour en faire l'analyse. Et à force de crier au loup pour rien, les villageois ne répondent plus lorsque c'est vraiment important. Et ça c'est dramatique.

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 5 novembre 2013 18 h 14

    Rien d'évident, mais des fois faut y aller

    Je sais, c'est sale, c'est polluant, on n'aime pas ça.

    D'accord, mais tous qui critiquent ce projet devraient jeter leur cellulaire et leur ordi portable. En outre, j'ose espérer que l'«acceptabilité sociale» se traduira en conditions claires, élevées, consensuelles et basées sur le développement durable.

    Oui, je sais, c'est surtout de la foutaise mais quand même, ici notre presse est libre si on compare avec la Chine ou l'Afrique centrale, donc je préfère extraire ici que le faire sur fond de guerre civile, s'en rendant ainsi coupable.

    Sans faire l'économie d'un centre de traitement et de recyclage des appareils électroniques, bien entendu, et sans oublier que l'avenir est dans la décroissance. Mais des fois, l'avenir c'est pas demain.

    • Pierre Demers - Inscrit 6 novembre 2013 06 h 18

      M. Alexis Lamy-Laberge,
      Conditions consensuelles, vous dites bien.
      Dans un projet aussi délicat qu'important, ce serait rassurant de commencer par mettre dès le début tous les atouts de chez nous en jeu, par exemple l'affirmation de la langue française. Je fronce les sourcils quand je lis: "Lac Strange", "Volsey's Ball", "Quest", Greenpeace Chine".
      Pierre Demers physicien LISULF 6XI2013 6h20 HNE

    • Pierre Demers - Inscrit 6 novembre 2013 06 h 18

      M. Alexis Lamy-Laberge,
      Conditions consensuelles, vous dites bien.
      Dans un projet aussi délicat qu'important, ce serait rassurant de commencer par mettre dès le début tous les atouts de chez nous en jeu, par exemple l'affirmation de la langue française. Je fronce les sourcils quand je lis: "Lac Strange", "Volsey's Ball", "Quest", Greenpeace Chine".
      Pierre Demers physicien LISULF 6XI2013 6h20 HNE

    • Jean Richard - Abonné 6 novembre 2013 08 h 06

      « tous qui critiquent ce projet devraient jeter leur cellulaire et leur ordi portable »

      Au contraire, ils devraient conserver leur cellulaire et leur ordi portable – plutôt que de le jeter chaque fois qu'un nouveau modèle est mis sur le marché. Nous avons un problème de surconsommation alimentée par l'obsolescence planifiée – cette obsolescence n'étant plus matérielle mais logicielle (on rend le matériel désuet en passant par le logiciel).

      « ici notre presse est libre si on compare avec la Chine ou l'Afrique centrale »

      Libre ? Oui, si on la compare à certaines, mais pas si libre qu'elle n'en a l'air. On peut se contenter chanceux d'avoir certains médias (Le Devoir en est un bel exemple), mais il y a une certaine presse à grande diffusion qui est la propriété de vous savez qui et qui n'est pas si libre que ça.

      « je préfère extraire ici que le faire sur fond de guerre civile »

      Assez d'accord ! Encore faudrait-il ajouter que la proximité de l'opération pourrait aider à nous rapprocher du problème, bien que ce ne soit pas une garantie. Actuellement, nous refilons le problème de l'élimination des déchets à des pays lointains. Loin des yeux, loin du cœur... Mais le jour où il faudra prendre en main nos propres déchets, dans notre cour, les choses pourraient changer.

      Et puisqu'on parle de recyclage... Les gens commencent à se poser des questions (enfin) à propos du sort réservé à tous ces objets qu'on met vertueusement à la rue une fois par semaine ou pire, qu'on va porter aux écocentres. Il y a un manque de clarté qui fait craindre... On a déjà vu dans des reportages des tonnes de vieux ordis former des montagnes de détritus dans le paysage... africain. D'où venaient ces tonnes de déchets informatiques ? Sûrement pas de l'Afrique-même...

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 6 novembre 2013 12 h 10

      @ M. Richard. Justement, l'obsolescence planifiée n'est pas le fruit du caprice mais d'une institution, d'où l'absence de choix. Il faut vivre sans bébelles, ou les jeter à l'année puisqu'elles ne fonctionnent plus.

      Pour le reste, ça va, personne n'est contre (j'espère), on aura toujours des critiques à faire de toutes façons.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 6 novembre 2013 13 h 51

      @ M. Demers : éclairez ma lanterne je vous prie, je ne comprends mot de votre exégèse double.

      En outre, dans ce type d'échanges polis et abstraits, ce serait rassurant de commencer par porter attention au nom de la personne à qui on s'adresse.

  • Paul Michaud - Abonné 5 novembre 2013 18 h 23

    Qui dit vrai?

    Réaction à chaud: bingo, un beau projet, transformation des ressources sur place, produit d'avenir, emplois de bons niveaux, salaire très intéressant.
    Réaction à froid: qui va défendre la population et la qualité de vie?
    Allons-nous assister à une répétition des sagas du gas de schiste, des oléoducs pétroliers ou autres MMA, où les gouvernements se liguent pour nous faire avaler des couleuvres plus dégueulasses les unes que les autres?
    SVP, chers gouvernements, Bape et autres instances, pourriez rehausser votre niveau d'intervention de façon à ce que le projet fonctionne plutôt que de braquer tout le monde contre!

  • Monique Garand - Inscrite 6 novembre 2013 07 h 45

    4x30 sous pour 1$

    À Bécancourt, on remplace une usine d'énergie nucléaire par la production de métaux radioactifs dont le traitement produira des conséquences équivalentes à 2 fois Tchernobyl. Bravo!! Et c'est notre ministre de " l'environnement" qui nous annonce cette bonne nouvelle? 2 fois bravo!! Quand penserons-nous d'abord à la santé de la planète et des êtres humains qui l'habitent dans ce ministère et dans tous nos gouvernements??

  • Jean-Marc Garneau - Inscrit 6 novembre 2013 09 h 03

    Le projer doit commencer en 2015!!! mdr