Dans PME, le P est beaucoup plus grand que le M!

Le secteur d’activité a un effet sur la taille des PME.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le secteur d’activité a un effet sur la taille des PME.

Les quelque 250 000 PME québécoises représentent aujourd’hui 99,8 % de toutes les entreprises au Québec et comptent pour 57 % des emplois, selon un portrait de la PME québécoise préparé par la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI). Ce document révèle aussi que la taille des PME québécoises est plus modeste qu’on ne le pense.

 

«On ne le sait pas assez, mais l’entrepreneuriat au Québec est surtout l’affaire de petites entreprises », souligne Martine Hébert, vice-présidente et porte-parole pour le Québec de la FCEI. En effet, toujours selon ce même document, 72 % des PME québécoises ont moins de 10 employés et 51 % d’entre elles en ont moins de 5. À l’autre bout du spectre, seulement 2 % des PME québécoises ont plus de 100 employés et, de ce nombre, une maigre proportion de 0,2 % des PME en comptent plus de 500.

 

« C’est une réalité qui semble échapper aux divers gouvernements qui se sont succédé à Québec, déplore Martine Hébert, puisque, encore aujourd’hui, les lois et les règlements, qui fixent le cadre fiscal et réglementaire des PME, ne tiennent pas compte de la petite taille de ces dernières. »

 

La petite taille des PME québécoises a aussi un effet sur leur chiffre d’affaires. Toujours selon le portrait de la FCEI, 63 % des PME québécoises avaient un chiffre d’affaires inférieur à 500 000 $ et, de ce nombre, 17 % étaient sous la barre de 100 000 $. Et, selon une enquête d’Industrie Canada datant de 2011, le revenu médian des PME québécoises était de 425 000 $ pour un profit ou un bénéfice net de 35 644 $.

 

Croissance, régions et secteurs

 

Présentes dans toutes les régions du Québec, les PME ne semblent pas être affectées, en ce qui concerne leur taille, par leur emplacement régional. « On ne voit pas de corrélation entre la taille des entreprises et la région où elles se trouvent. » À une exception près, les PME qui se situent dans une région où se trouve une grande entreprise peuvent être appelées à prendre de l’expansion si elles deviennent des sous-traitantes de la grande entreprise.

 

C’est plutôt le secteur d’activité qui a un effet sur la taille des PME. Ainsi, selon une étude réalisée par Statistique Canada en juin 2013, pour la seule tranche des entreprises ayant de 20 à 49 employés, ce sont les secteurs des services d’hébergement et de restauration, du commerce de détail et de la fabrication qui comptent le plus grand nombre d’entreprises. À l’opposé, le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques tout comme les services immobiliers comptent davantage d’entreprises de 10 employés ou moins. Par contre, ces chiffres doivent être traités avec précaution, car ils peuvent être trompeurs. Par exemple, si on note qu’il y a 3450 entreprises en commerce de détail ayant de 20 à 49 employés, on en compte aussi 24 072 qui ont moins de 10 employés.

 

Quant à la croissance des PME québécoises, elle apparaît relativement stable. « Certaines entreprises prennent de la croissance, d’autres en perdent, certaines cessent leurs activités, d’autres sont créées, mais, malgré cette mobilité, on peut dire que le pourcentage des entreprises, calculé selon le nombre d’employés, n’a guère changé depuis 10 ans. »

 

Freins à la croissance

 

Selon Martine Hébert, deux obstacles majeurs se dressent et viennent freiner la croissance des PME québécoises : la réglementation excessive et un taux d’imposition, en particulier sur la masse salariale, trop élevé. « Au Québec, nous sommes les champions de la réglementation. Bien que cela ne s’applique pas à toutes les PME, on compte au Québec 558 formalités administratives visant les entreprises, dont certaines sont parfaitement inutiles. Par exemple, bien que la loi sur l’équité salariale ne s’applique qu’aux entreprises de 10 employés ou plus, toutes les entreprises ayant au moins 6 employés doivent remplir le formulaire, au cas où… »

 

Cette réglementation entraîne un lot considérable de travail pour les propriétaires et les gestionnaires. « Chaque année, les PME remplissent et retournent au gouvernement pas moins de 35 millions de formulaires en tout genre. Cela devient impossible à gérer et même décourageant. Combien de fois ai-je entendu un propriétaire me confier qu’il pourrait prendre de la croissance et embaucher de nouveaux employés, mais que la paperasse s’y rattachant l’empêche de le faire ? »

 

Taux d’imposition

 

Le taux d’imposition au Québec, de 8 % sur les profits, est le double de la moyenne canadienne. À cela s’ajoute la taxe sur la masse salariale, qui est de 45 % plus élevée que la moyenne canadienne. « Ce sont évidemment des freins à la croissance. La taxe sur la masse salariale ne tient pas compte du profit des entreprises et, ne le faisant pas, elle devient, du fait même, régressive. Prenons le cas de deux entreprises, l’une affichant un profit annuel de 1000 dollars, l’autre un profit de 10 millions de dollars. Si ces deux entreprises veulent créer un emploi à 40 000 dollars par année, elles devront payer le même montant de cotisation. »

 

La solution, en plus de réduire et simplifier la réglementation, serait, selon Martine Hébert, de troquer l’aide gouvernementale aux entreprises contre une imposition réduite. « Si, au Québec, on doit accorder trois fois plus d’aide financière à nos PME que ne le fait l’Ontario, c’est peut-être que nos taxes sont trop élevées ? Et ce serait une mesure qui pourrait se faire à coût nul pour le gouvernement. Selon nos membres, réduire l’imposition serait la meilleure manière de soutenir les PME et de les encourager à prendre de la croissance. »
 

 

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