Libre-échange - Le Canada et l’Union européenne concluent un accord

Après quatre ans et demi de négociations, Ottawa et Bruxelles ont conclu vendredi une entente de principe sur un vaste accord de libre-échange. Le Canada et l’Union européenne soutiennent avoir réussi à mettre la table à une hausse des échanges de biens et de services de plus de 20 %  entre eux sans pour autant avoir sacrifié les «intérêts défensifs et offensifs» de leur population.

«Depuis les années 1970, les gouvernements canadiens qui se sont succédé ont voulu une entente de libre-échange avec l'Europe. Aujourd'hui nous pouvons finalement dire: C’est mission accomplie», s’est réjoui le premier ministre du Canada, Stephen Harper, au siège de la Commission européenne à Bruxelles.

Les manufacturiers canadiens, mais également les fournisseurs de services, auront accès à un marché de quelque 500 millions de consommateurs potentiels. «[C’est] un marché qui est encore plus vaste que l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américains)», a-t-il fait remarquer.

L’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) sera «de loin» le partenariat commercial «le plus ambitieux» de l'histoire canadienne, a-t-il poursuivi. Celui-ci pourrait faire grimper de 12 milliards de dollars le produit intérieur brut canadien (PIB) tout en créant entre 80 000 et 100 000 emplois «bien rémunérés».

Le texte de l’entente devra toutefois être approuvé par les dix provinces canadiennes ainsi que les 28 États de l’UE. L’affaire ne serait pas dans le sac avant 18 à 24 mois. Le nombre de pays avec qui le Canada a un accord de libre-échange bondira ainsi de 14 à 42. «[Il s’agit de] près de la moitié du marché mondial», a précisé M. Harper.

«De notre côté de l'Atlantique, toutes les régions, toutes les provinces tireront un avantage de l'AECQ», a dit M. Harper, qui a pris soin de remercier vendredi  «sans exception» les dix premiers ministres provinciaux pour leur appui à l’entente de principe.

Si les producteurs canadiens de porcs et de bovins voient d’un bon œil l’ouverture d’un nouveau marché, les fromagers du Québec craignent de ne pas pouvoir faire le poids devant leurs rivaux européens, qui voient leur quota passé de 13 000 à 30 000 tonnes au Canada. Ottawa anticipe une perte de part du marché domestique «minime» et «temporaire» pour les producteurs de fromages. «Le gouvernement du Canada va compenser pleinement tout impact négatif sur cette industrie», a répété M. Harper vendredi. «Les gouvernements du Québec et de l'Ontario ont indiqué qu'ils étaient d'accord avec cette façon de faire», a-t-il ajouté du même souffle. Malgré les assurances du chef du gouvernement conservateur, les producteurs laitiers criaient à la trahison.

Le renforcement de la protection des brevets pharmaceutiques exercera une pression à la hausse sur les prix des médicaments, a aussi concédé le premier ministre canadien. «Il y aura certaines hausses des prix, pas grandes, mais certaines. Ces hausses ne vont pas commencer avant une décennie», a promis M. Harper.  Encore là, Ottawa promet de compenser le moment venu le coût supplémentaire assumé par les provinces.

Les entreprises européennes pourront participer aux appels d’offres majeurs — 8 millions de dollars et plus — lancés par les provinces et municipalités canadiennes.

«Ce n'est pas parfait, mais c'est un accord excellent», a dit M. Harper. À ses yeux, «les gens qui s'opposeront à cette entente feront une erreur historique». «Et ils perdront», a-t-il ajouté, montrant du doigt des «organismes extrêmes et idéologiques». Le débat sur la pertinence de conclure d'accord de libre-échange est clos au Canada «pour la grande majorité de la population».

Nouvelle ère

La signature de l’entente de principe «ouvre une nouvelle ère dans la relation entre le Canada et l’Union européenne», a indiqué à son tour le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, saluant du même souffle la conclusion d’un accord de libre-échange avec un premier État du G-8.

«Nous avons été capables d'arriver à un équilibre satisfaisant entre nos intérêts offensifs et défensifs», a dit M. Barroso. «Notre vision du commerce n'est pas une vision jeu de sommes nulles où l'un gagne, l'autre perd. Pas du tout. Au contraire, je crois que c'est possible d'avoir des gains des deux côtés. C'est dans cet esprit que nous avons travaillé avec le Canada.» Conscient que tous les Européens n'auront pas «le même enthousiasme» face à l'AECG, le chef de l'exécutif européen est néanmoins convaincu d'être parvenu à un «compromis excellent» avec le Canada.

Il s'est notamment dit «content» d'avoir assuré la protection des appellations contrôlées européennes. «En plus, cet accord ne sera pas fait contre l’environnement», a ajouté M. Barroso.

La communauté des affaires canadienne a salué presqu'unanimement l'AECG. Pour sa part, le ministre des Finances et de l’Économie du Québec, Nicolas Marceau, réagira en milieu d'après-midi vendredi à l’entente de principe entre Ottawa et Bruxelles.

Le Devoir

 

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