Étude de l’IRIS - Le Québec traite bien ses riches

Les écarts importants entre les riches et le reste de la population ont notamment été dénoncés par le mouvement Occupy Wall Street.
Photo: Agence France-Presse (photo) Archives Les écarts importants entre les riches et le reste de la population ont notamment été dénoncés par le mouvement Occupy Wall Street.

Le sort du fameux 1 % de la population la plus riche a été plus qu’enviable au Québec depuis 30 ans quand on le compare à celui de leurs concitoyens, rapporte l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques.

 

Les revenus de ce petit groupe de privilégiés ont crû de 86 % entre 1982 et 2010 en dollars constants contre seulement 12 % pour les 99 % restants, constate l’IRIS dans une étude d’une dizaine de pages dévoilée mardi. Cet écart aurait été encore plus prononcé n’eût été l’effet redistributif des impôts et des transferts gouvernementaux, les revenus de marché des plus riches s’étant presque multipliés par trois (271 %) alors que ceux de tous les autres stagnaient, pour ne pas dire reculaient (- 2 %).

 

En 2010, il fallait un revenu d’au moins 178 000 $, avant impôt et transfert, pour faire partie de ce petit groupe sélect des 62 000 contribuables québécois les plus riches. Le revenu moyen de ce 1 % des plus riches était évidemment plus élevé, même après le passage de l’impôt qui le laissait à 257 000 $.

 

De 7 % au début des années 80, la part dans la totalité des revenus de marché au Québec revenant au 1 % des plus riches était rendue à 11,6 % en 2010. C’était plus que ce que gagnait la moitié de la population la plus pauvre, dont la part dans les revenus totaux est passée d’environ 13 % à un peu plus de 10 %. Cette situation saisissante, où les revenus totaux des 62 000 contribuables québécois les plus riches dépassent ceux des 3,1 millions les plus pauvres, a été en partie corrigée par les mécanismes fiscaux de redistribution de la richesse, leurs parts respectives ayant été ramenées respectivement à 8,3 % et 21,5 % des revenus totaux après impôt et transferts au Québec.

 

Dénoncées depuis plusieurs années déjà dans plusieurs pays, notamment par le mouvement Occupy Wall Street, ces tendances viennent creuser les inégalités entre les plus riches et le reste de la population. Elles viennent de différents facteurs économiques, qui se sont brièvement atténués durant la Grande Récession avant de reprendre leur cours.

 

L’un de ces facteurs tient au fait que les plus riches tirent moins de la moitié de leurs revenus de leur salaire, tout le reste venant de gains en capital, de dividende et autres actifs financiers. Pour tous les autres, le salaire compte pour environ 70 % des revenus, la différence venant principalement de transferts gouvernementaux.

 

« La différence entre le 1 % et le 99 % que l’on aurait pu n’interpréter que comme une simple différence de strates de revenus, prend alors l’allure d’une partition entre classes sociales, tant elle est fondée sur des rapports distincts à la propriété des moyens de production », écrivent les auteurs du rapport, Simon Tremblay-Pepin et Julia Posca.

 

Cette différence est aussi le résultat de baisses d’impôt qui se sont particulièrement observées au Québec à partir de la seconde moitié des années 90, note l’IRIS. Le taux effectif d’imposition des plus hauts revenus a ainsi diminué de 35,7 %, en 1982, à 30,5 %, en 2010.

 

Toutes ces tendances s’avèrent encore plus marquées pour les groupes plus restreints des 0,1 % (6000 personnes, environ 800 000 $ de revenu moyen en hausse de 42 % depuis 1993) et des 0,01 % (600 personnes, 2,5 millions, + 68 %) les plus riches.

 

« Contrairement à la légende, le Québec est bien loin de maltraiter ses riches », concluent les deux chercheurs.

 

Des hommes diplômés en finances

 

« On entend souvent dire que ceux qui réussissent dans la vie le font grâce à leurs efforts et à leurs talents », a noté Julia Posca. Or, lorsqu’on observe les faits, on voit bien qu’il « n’est pas tant question d’efforts et de talents que de privilège et de provenance ».

 

Les chercheurs en veulent pour preuves, entre autres, le fait que la population du 1 % des Québécois les plus riches est encore largement constituée d’hommes (à 76 % en 2010, contre 89 % en 1982), que les trois quarts faisaient partie des 5 % les plus riches depuis au moins cinq ans et que, selon les statistiques canadiennes, les deux tiers détiennent un diplôme universitaire (contre une moyenne de 21 %) et que la forte majorité d’entre eux se retrouvent dans quelques secteurs professionnels seulement, notamment en gestion (39 %), en santé (14 %) et en affaires, finances et administration (14 %).

 

Les recherches tendent à démontrer qu’un niveau d’inégalité économique élevé s’accompagne de toutes sortes d’autres calamités sociales et économiques, ont rappelé les auteurs de l’étude. Les sociétés plus inégalitaires présentent généralement aussi des niveaux d’endettement des ménages, de décrochage scolaire, d’obésité, de morbidité et de criminalité plus élevés.

 

« Il y a toutes sortes de moyens de combattre les inégalités, a dit en conférence de presse Simon Tremblay-Pepin. On pourrait commencer par stopper l’érosion du taux effectif d’impôt des plus riches et revoir les avantages fiscaux accordés aux autres sources de revenus comme les gains en capital et les dividendes. »

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