Inversion du pipeline - Enbridge se félicite de l’ouverture du Québec

Al Monaco, président-directeur général de la pétrolière Enbridge, était à Montréal mardi pour faire mousser son projet d’inversion du pipeline.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Al Monaco, président-directeur général de la pétrolière Enbridge, était à Montréal mardi pour faire mousser son projet d’inversion du pipeline.

Le président et chef de la direction d’Enbridge, Al Monaco, salue le préjugé favorable affiché par le gouvernement Marois face à l’arrivée par pipeline de pétrole albertain au Québec. De passage à Montréal mardi, il a aussi précisé que 300 000 barils de brut devraient couler jusque dans l’est de l’île dès l’an prochain grâce à l’inversion de la ligne 9B, un pipeline enfoui dans le sol en 1975.

 

« Nous considérons le Québec comme un endroit attrayant pour faire des affaires, et nous croyons qu’il offre de bonnes possibilités pour y accroître nos investissements », a-t-il souligné devant un parterre de gens d’affaires réunis à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

 

S’il s’est dit déterminé à poursuivre le « travail » nécessaire pour démontrer le bien-fondé de l’acheminement au Québec de pétrole albertain, M. Monaco se réjouit déjà de l’ouverture manifestée depuis des mois par le gouvernement du Parti québécois. « Je salue [le préjugé favorable du gouvernement]. J’ai bon espoir que nous continuerons dans cette voie. »

 

Le gouvernement Marois a déjà affirmé que l’inversion du flux de pétrole dans la ligne 9B aurait des avantages économiques importants pour le Québec. Aucune étude indépendante n’a cependant appuyé ce discours, relayé aussi mardi par le lobby d’affaires favorable au projet d’Enbridge. Québec a également promis de mener une « consultation » sur ce projet de compétence fédérale. Il n’est pas question d’inclure de réflexion sur l’impact de l’exploitation des sables bitumineux, réputés très polluants, dans l’étude québécoise.

 

Aucune consultation des citoyens n’a jusqu’ici été annoncée par Québec, alors que l’Office national de l’énergie complète actuellement sa consultation et que l’organisme doit rendre sa décision au début de 2014. Enbridge, mais aussi Ultramar, ont inscrit des lobbyistes au registre québécois, en lien avec l’inversion de la ligne 9B. Leur mandat comprend la nécessité de « favoriser le processus d’acceptabilité sociale du projet ».

 

Protéger l’environnement

 

Al Monaco a par ailleurs insisté à plusieurs reprises sur la nécessité, pour les entreprises qui rêvent de faire couler le pétrole albertain aux quatre coins de l’Amérique du Nord, de « faire preuve d’un engagement inébranlable en matière de sécurité et de protection de l’environnement ».

 

Il est ainsi revenu sur le déversement survenu en 2010 dans la rivière Kalamazoo, au Michigan, provoqué par la rupture d’un pipeline d’Enbridge. Cette infrastructure - pourtant réputée sécuritaire, selon l’industrie - a laissé fuir près de quatre millions de litres de brut lourd. Trois ans et un milliard de dollars plus tard, le nettoyage n’est toujours pas terminé.

 

C’est même l’Agence de protection environnementale des États-Unis qui a dû forcer Enbridge à reprendre le nettoyage en mars dernier. « Nous n’avions jamais pensé que cela pourrait nous arriver, mais cela est arrivé et a ébranlé notre société », a dit M. Monaco, avant d’ajouter que « cela a fait de nous une meilleure entreprise ».

 

La ligne 9B passe sous la rivière des Outaouais. Mais qu’en est-il de ce pipeline, enfoui en 1975 ? « Ce n’est pas vieux pour un pipeline, a plaidé le dirigeant. La clé, c’est la façon dont vous entretenez votre infrastructure. Le pipeline pourrait durer encore plusieurs décennies, du moment qu’il est entretenu. »

 

Ce pipeline a d’abord transporté de l’énergie fossile d’ouest en est, avant d’être inversé en 1998. Enbridge veut aujourd’hui inverser de nouveau le flux et faire passer sa capacité de 240 000 à 300 000 barils par jour. Du pétrole léger coulera dedans, mais aussi de l’or noir tiré des sables bitumineux. Une absolue nécessité pour les raffineries du Québec, a soutenu M. Monaco. C’est aussi une priorité pour les pétrolières implantées en Alberta, en raison de la « croissance explosive » de la production pétrolière.

 

« Si le Canada va de l’avant, et si nous laissons faire, ce sera la fin pour le climat actuel », a toutefois prévenu l’an dernier James Hansen, ancien haut dirigeant de la NASA et l’un des premiers théoriciens de l’origine humaine du réchauffement climatique.

6 commentaires
  • Jacques Gagnon - Inscrit 11 septembre 2013 10 h 23

    Très intéressant

    Voyez tout le Québec bashing auquel on assiste. Mais dans la vraie vie, «money talks». Réfléchissez bien à cela.

    • Nicolas Bouchard - Inscrit 11 septembre 2013 11 h 27

      +1 à votre commentaire M. Gagnon

      Nicolas B.

  • Daniel Gagnon - Abonné 11 septembre 2013 12 h 11

    Monsieur Monaco relègue notre sécurité aux oubliettes de ses sables sales

    Que dire de l'exemple que donne insolemment Monsieur Monaco : le déversement dans la rivière Kalamazoo au Michigan?

    C'est comme de nous vendre effrontément un vieux char qui a déjà explosé, qui tangue et qui pue l’huile et qui perd son carburant par son tuyau d’échappement.

    Bonne affaire? On aurait qu’à veiller à l’entretien, dit Monsieur Monaco? Toutes les semaines au garage? En plus du danger de perdre ses quatre roues d’un coup et de prendre le champ à la première occasion?

    Et on accepterait cette minoune par solidarité nationale?

    Solidarité avec qui? Le Parlement est fermé à Ottawa. L’État s’est désengagé en douce de ses responsabilités sociales.

    Ce sont les entreprises ont pris le pouvoir, ce sont elles qui gouvernent.

    Elles nous dictent nos modes de vie, elles détournent notre culture et relèguent notre sécurité aux oubliettes des sables sales.

  • Claude Lafontaine - Abonné 11 septembre 2013 18 h 23

    La réputation d'Enbride joue contre elle

    M. Monaco a beau dire que pour gagner la confiance du Québec il faudra: « faire preuve d’un engagement inébranlable en matière de sécurité et de protection de l’environnement », la réalité (leur vécu / leur bilan) joue contre eux actuellement, cette entreprise a très mauvaise réputation tant au Canada qu'USA, pourquoi devrions nous croire qu'ils tiendront promesses ?

    Ceci dit, on peut imaginer qu'il est techniquement possible de reconditionner ce vieil oléoduc de 1975, à la limite en rebâtissant plusieurs sections, pour le rendre sécuritaire; il faut voir aussi que plus de 90% de cet oléoduc entre Montréal et Sarnia se retrouve en Ontario : http://www.enbridge.com/ECRAI_FR/Line9BReversalPro , la portion au Québec est courte, donc si le Québec exige quelque chose de particulier pour assurer la sécurité de ce bout d'oléoduc les impacts seront limités.

  • Frédéric Gosselin - Inscrit 11 septembre 2013 20 h 42

    l'avis de la population?

    étrangement, cette histoire me donne l'impression que si québec avait fait passer le projet sur les référandum d'initiative populaire, ce n'est pas la souveraineté qui serait à l'ordre du jour…

  • Benoît Gagnon - Inscrit 11 septembre 2013 22 h 51

    Juste non

    « salue le préjugé favorable affiché par le gouvernement Marois face à l’arrivée par pipeline de pétrole albertain au Québec »

    Ce qu'il ne dit pas, c'est que la population est majoritairement contre. Ils n'ont pas à se féliciter d'une telle insanité. Le simple fait qu'il le fasse est une disgrâce.

    « cela a fait de nous une meilleure entreprise »

    Je me suis étouffé en lisant cette phrase.