Pour l’homme le plus riche de Chine, réduire les inégalités n’est pas une priorité

Un homme récolte les rebus d’un site de construction à Hefei. La Chine affichait en décembre dernier un coefficient de 0,61, faisant du pays l’un des quinze plus inégalitaires du monde.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un homme récolte les rebus d’un site de construction à Hefei. La Chine affichait en décembre dernier un coefficient de 0,61, faisant du pays l’un des quinze plus inégalitaires du monde.

Pékin – Le patron du groupe Wahaha, considéré comme l’homme le plus riche de Chine, a estimé mercredi qu’il n’y avait « nul besoin » de s’attaquer à l’écart grandissant entre pauvres et riches dans le pays - à condition que chacun ait la possibilité de s’enrichir.

 

« Nous n’avons pas besoin de nous attaquer au problème des écarts de richesse, il faut résoudre le problème de la prospérité commune », a expliqué aux médias Zong Qinghou, dont la fortune personnelle est estimée à 11,3 milliards de dollars. « Les personnes riches doivent aider l’ensemble de la population à devenir plus prospère », a poursuivi M. Zong, fondateur d’un gigantesque groupe de boissons non alcoolisées, qui s’est également diversifié dans les laits pour nourrissons et vêtements pour enfants.

 

«Si tout le monde était plus riche, la société deviendrait harmonieuse et plus confortable», a déclaré l’entrepreneur de 67 ans, à l’occasion d’une conférence marquant le lancement d’une série de centres commerciaux. « Si nous instaurions l’égalitarisme […] tout le monde ne mangerait pas à sa faim. C’est mieux d’encourager les gens à créer de la richesse », a estimé M. Zong, en allusion à la période maoïste, appelant à baisser les niveaux d’imposition pour stimuler les investissements.

 

Zong s’est lancé dans les affaires à 40 ans passés, vendant des boissons gazeuses aux enfants. Des médias ont assuré qu’il était à l’époque tellement à court d’argent qu’il lui arrivait de dormir sous un pont à Pékin. Mais la compagnie qu’il a lancée, Wahaha (dont le nom est conçu pour imiter le son d’un enfant qui rit), a finalement connu un succès fulgurant, jusqu’à devenir la troisième plus grosse entreprise de boissons non alcoolisées dans le pays, selon le cabinet Euromonitor International.

 

La fortune de Zong, telle qu’estimée par le magazine chinois Hurun Report dans un classement faisant autorité, fait de lui l’homme le plus riche de Chine, et un des plus fortunés d’Asie.

 

L’écart se creuse de plus en plus en Chine entre les plus riches et les plus pauvres de ses habitants, selon les principaux indicateurs internationaux mesurant ces écarts de richesse. Le Centre de recherche et d’enquête sur l’économie familiale, une institution financée par le gouvernement chinois, avait fait état en décembre d’un coefficient de 0,61, faisant de la Chine l’un quinze pays les plus inégalitaires du monde.

 

Une lutte des classes à refaire

 

Les inégalités sociales sont plus flagrantes au pays de Mao que dans celui de l’oncle Sam. En janvier dernier le gouvernement chinois publiait pour la première fois depuis plus de dix ans une mesure des inégalités sociales, faisant apparaître des écarts de revenus plus importants dans ce pays, qui se réclame officiellement du communisme, que dans les économies capitalistes avancées.

 

Un autre coefficient, celui de Gini, s’est élevé à 0,474 l’an dernier, après avoir culminé à 0,491 en 2008, déclarait le directeur du Bureau national des Statistiques (BNS), Ma Jiantang. Selon ce coefficient, la valeur 0 représente une égalité parfaite de revenus entre tous les citoyens, tandis qu’une valeur 1 signifierait que tous les revenus dans un pays reviennent à une seule personne (le cas extrême d’un maître et de ses esclaves).

 

La valeur 0,4 est généralement acceptée comme un seuil d’alerte. Selon la CIA, cette limite est dépassée notamment par les États-Unis (0,45 en 2007), la Thaïlande (0,536 en 2010) ou encore l’Afrique du Sud (0,65 en 2005). La France avait un coefficient Gini de 0,327 en 2008, l’Allemagne de 0,27 en 2006 et le Japon de 0,376 en 2008, d’après la même source. Au Canada, il se situait à 0,321 en 2005.

 

Les chiffres pour la Chine « montrent que l’écart des revenus est plutôt important », avait reconnu Ma Jiantang. « Ces données reflètent l’urgence pour notre pays d’accélérer la mise en oeuvre de notre projet de réforme de la distribution des revenus afin de réduire les disparités », avait ajouté le responsable du BNS lors de la conférence de presse de janvier, assurant que le gouvernement travaillait à « mieux répartir et partager » les fruits de la croissance économique.

 

Le BNS publiait le coefficient de Gini pour l’ensemble de la population chinoise pour la première fois depuis l’an 2000. Il s’était alors élevé à 0,412. Ma Jiantang avait expliqué l’absence de cette mesure pendant plus d’une décennie par la difficulté à placer sur une même échelle les écarts de revenus dans les zones rurales et dans les villes chinoises.

 

Mais les inégalités de revenus sont aussi une source grandissante de mécontentement pour la population chinoise, près de trois décennies après que Deng Xiaoping a appelé en 1985 à « laisser certaines régions et certaines personnes s’enrichir d’abord ». Le dirigeant avait assuré que « cela mènera progressivement à une prospérité commune ».

 

En décembre un organisme dépendant de la banque centrale chinoise avait pour sa part calculé pour 2010 un coefficient de 0,61. Interrogé alors par l’AFP sur la différence avec le chiffre officiel, Gan Li, le directeur du Centre de recherche et d’enquête sur l’économie familiale disait espérer « que le BNS rendra public l’ensemble de sa méthode d’enquête et des données collectées, afin que les gens puissent connaître la réalité de la situation en Chine ».

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