Pétrole et gaz de schiste font miroiter l’autonomie énergétique en Argentine

« L’Argentine occupe la quatrième place mondiale, avec un potentiel de 27 milliards de barils de pétrole non conventionnel, derrière la Russie, les États-Unis et la Chine. Et en gaz de schiste, c’est le deuxième, derrière la Chine, avec un potentiel de 802 billions de pieds cubes », explique Gonzalo Lopez Nardone, responsable de la communication chez YPF, au cours d’un voyage de presse à Vaca Muerta organisé par l’entreprise.
Photo: Agence France-Presse (photo) Felipe Scilipoti « L’Argentine occupe la quatrième place mondiale, avec un potentiel de 27 milliards de barils de pétrole non conventionnel, derrière la Russie, les États-Unis et la Chine. Et en gaz de schiste, c’est le deuxième, derrière la Chine, avec un potentiel de 802 billions de pieds cubes », explique Gonzalo Lopez Nardone, responsable de la communication chez YPF, au cours d’un voyage de presse à Vaca Muerta organisé par l’entreprise.

Loma la Lata — À Loma la Lata, à 1100 km au sud de Buenos Aires, où soufflent les implacables vents de la Patagonie, 1200 employés de la compagnie pétrolière argentine YPF s’affairent sur le site de Vaca Muerta, une des principales réserves mondiales de gaz et pétrole de schiste.

 

« L’Argentine occupe la quatrième place mondiale, avec un potentiel de 27 milliards de barils de pétrole non conventionnel, derrière la Russie, les États-Unis et la Chine. Et en gaz de schiste, c’est le deuxième, derrière la Chine, avec un potentiel de 802 billions de pieds cubes », explique Gonzalo Lopez Nardone, responsable de la communication chez YPF, au cours d’un voyage de presse à Vaca Muerta organisé par l’entreprise.

 

Pionnière en matière d’exploration et d’exploitation, la compagnie argentine prétend relever le défi de l’autosuffisance du pays grâce notamment aux ressources des sites de Loma, qui s’étendent sur 360 km2. Des 30 000 km2 que représente la formation géologique Vaca Muerta, dans les provinces de Neuquen et Mendoza, YPF détient 12 075 km2.

 

« Nous avons la technologie, nous développons un modèle de production, nous formons le personnel, nous avons l’expertise en géologie et en sciences, et ceci va nous permettre de libérer le potentiel de Vaca Muerta et de le mettre en production », s’enthousiasme Pablo Iuliano, responsable de la branche pétrole non conventionnel d’YPF.

 

Où il y a deux ans il n’y avait rien, aujourd’hui 1200 personnes travaillent à Loma la Lata. Pullulent les grues, camions, réservoirs d’eau, tas de sable importé, équipements pour fracturer la roche où sont emprisonnés les hydrocarbures, à 3300 mètres sous terre.

 

Eldorado ou menace écologique?

 

Sur ce plateau argileux où les vents patagons, le rude hiver et l’été torride marquent les visages, YPF dispose à ce jour de 90 puits en production de pétrole non conventionnel - le triple du total des autres entreprises ayant des concessions à Vaca Muerta - et projette d’en perforer 90 de plus d’ici la fin de l’année. Avec l’entrée en fonction de 200 puits par an, YPF planifie en avoir d’ici 10 ans entre 1500 et 2000 dans cette zone, moyennant un investissement de 15 milliards de dollars.

 

L’expérience accumulée et la technologie utilisée ont permis de réduire depuis janvier de 100 à 54 jours le temps nécessaire à la perforation et la mise en activité d’un puits, raconte fièrement M. Iuliano.

 

Selon lui, « avec deux de ces champs de 2000 puits chacun, l’Argentine peut être autosuffisante et même disposer d’un solde exportable ». La compagnie produit aujourd’hui 8000 barils d’hydrocarbures non-conventionnels par jour (bpj), et prévoit augmenter sa production à 17 000 bpj d’ici la fin de l’année, 38 000 en 2014 et 60 000 l’année suivante. « À la mi-2016, nous atteindrons un plateau de production de 70 000 barils par jour », selon cet expert, à comparer avec les 200 000 bpj de pétrole conventionnel que produit aujourd’hui l’entreprise.

 

Vaca Muerta représente l’espoir de l’Argentine de revenir à l’autosuffisance, après avoir importé en 2011 pour 9 milliards de dollars de combustibles, et jusqu’à 13 milliards cette année. « Le défi est d’inverser la tendance. Avec le potentiel en pétrole et gaz non conventionnel, l’Argentine pourrait devenir un pays exportateur d’hydrocarbures », assure M. Lopez Nardone.

 

YPF était jusqu’en 2012 une filiale de l’espagnole Repsol, avant que les autorités argentines ne saisissent 51 % des actions.

 

Eldorado pour certains, menace pour d’autres, l’exploitation des gaz et pétrole de schiste suscite ici comme ailleurs dans le monde des inquiétudes concernant ses conséquences sur l’environnement, notamment en raison de l’usage de grandes quantités d’eau adjointe de produits chimiques.

 

L’entreprise se veut rassurante, mais Juan Carlos Villalonga, responsable de l’association écologiste Los Verdes (Les Verts), assure à l’AFP que « l’exploitation par fracturation hydraulique [celle utilisée pour extraire ces hydrocarbures] est beaucoup plus nuisible que la conventionnelle ».

 

« Vaca Muerta ne va pas atteindre une production significative avant 2020, et vu l’énorme investissement requis, l’exploitation s’étendra sur 30 ou 40 ans, une folie d’un point de vue environnemental. Et à long terme, cela entre en contradiction avec les engagements mondiaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre », ajoute M. Villalonga, ancien de Greenpeace Argentine.

4 commentaires
  • Georges LeSueur - Inscrit 17 juillet 2013 07 h 38

    Lu et relu !

    À répéter dix fois la même chose le message est entré !
    En clair, les réserves en énergie fossile augmentent d'année en année au lieu de décroître comme attendu. Bonne nouvelle pour l'économie.
    Mais la course à la richesse et l'indépendance énergétique aura un prix tel que souligné par Greenpeace.
    L'Argentine devra penser aussi aux méthodes de transport de ses pétroles et gaz. L'actualité démontre que cet aspect ne doit pas être négligé !

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 juillet 2013 16 h 02

      Faux. Les réserves diminuent. Elles ne peuvent que diminuer. Peut-être que les réseves connues augmentent, mais la consommation augmente elle aussi.

  • Jean Richard - Abonné 17 juillet 2013 09 h 49

    Un nom à retenir

    Vaca Muerta ! Vache-Morte...

    Il faut retenir ce nom. Il pourrait servir à baptiser une de nos futures villes nés de l'exploration pétrolière. Toutefois, comme il y a davantage de chevreuils que de vaches à l'Île d'Anticosti, on pourra en faire un dérivé tel Chevreuil-Mort.

    Comme on peut le voir, aux deux bouts de l'immense continent américain, les rêves pétroliers se ressemblent, un rêve d'albertanisation servi à la sauce de l'autosuffisance.

    Ad mare usque ad mare, version est-ouest, pourra-t-il être remplacé par D'Anticosti à la Patagonie, version nord-sud ?

  • Sylvain Auclair - Abonné 17 juillet 2013 16 h 08

    27 milliards de barils!

    Ça semble énorme. Certains pourraient croire qu'une telle découverte change tout. Qu'on aura du pétrole pour l'éternité.

    Or... c'est moins d'un an de la consommation mondiale annuelle actuelle (84 millions de barils... par jour). Si on l'extrait au complet, bien entendu.

    On consomme annuellement 5 kilomètres cubes de pétrole.