La tourmente au Portugal donne des sueurs froides aux marchés

Le premier ministre Passos Coelho s’est voulu rassurant mercredi, alors que des centaines de manifestants réclamaient des élections.
Photo: Barbara Sax Le premier ministre Passos Coelho s’est voulu rassurant mercredi, alors que des centaines de manifestants réclamaient des élections.

Paris — Les Bourses européennes ont clôturé en nette baisse mercredi, ébranlées par la tourmente politique au Portugal qui a fait resurgir des craintes sur un retour en force de la crise en zone euro et fait grimper les taux d’emprunt de la dette des pays les plus fragiles.


Ce regain de tension fait suite à deux démissions d’affilée au sein du gouvernement portugais, celle du ministre des Finances et du ministre des Affaires étrangères, tous deux aux avant-postes sur le front de la mise en oeuvre du plan de sauvetage de 78 milliards d’euros accordé au pays il y a deux ans.


Alors que le spectre de la crise en zone euro semblait s’éloigner durablement, « le Portugal sert de catalyseur à la baisse des marchés. Cela ravive un peu les vieilles craintes sur la zone euro », commente Renaud Murail, gérant chez Barclays Bourse. En première ligne, la Bourse de Lisbonne a dévissé de 5,3 %, entraînant dans sa chute celle de Madrid, en baisse de 1,6 % en clôture après avoir plongé de plus de 3 % en séance. Paris perdait 1,1 %, Francfort 1 % et Londres 1,2 %.


Sur le marché de la dette des États, le taux d’emprunt à 10 ans du Portugal s’envolait dans la matinée, passant au-dessus de 8 % pour la première fois depuis novembre 2012 avant de redescendre. La même tendance à la hausse a été enregistrée pour la Grèce et dans une moindre mesure pour l’Italie et l’Espagne.


La situation est d’autant plus explosive que la troïka (UE-FMI-BCE) représentant les créanciers du pays doit commencer le 15 juillet une nouvelle mission d’évaluation dont le plat de résistance doit être une réforme de l’État destinée à réaliser des économies de 4,7 milliards d’euros d’ici à la fin de 2014. « Nous considérons que la relation entre Lisbonne et la troïka - probablement la meilleure des pays de la périphérie - va franchement tourner à l’aigre », estime Gilles Moec, économiste de Deutsche Bank.


Certains analystes n’hésitent pas à évoquer le risque de voir le Portugal réclamer une rallonge financière, à l’instar de la Grèce, ce qui pourrait contraindre les Européens à remettre la main au pot pour éviter une contagion de la crise au reste de la zone euro.


Sortie de crise recherchée


La coalition gouvernementale au pouvoir au Portugal a toutefois affiché mercredi sa volonté de surmonter la crise politique provoquée par la démission de deux ministres clés, faisant craindre un échec de la politique d’austérité réclamée par ses partenaires européens et les marchés.


« La situation doit être clarifiée le plus vite possible », a demandé dans la matinée le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a appelé au « sens des responsabilités » pour que les efforts accomplis par les Portugais, soumis à une sévère cure de rigueur depuis deux ans, ne soient pas « vains ». Le patron de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a lancé un appel semblable tandis que Berlin s’est dit « confiant » que le Portugal poursuivrait les réformes prévues en échange d’une aide internationale de 78 milliards d’euros accordée il y a deux ans.


Après la démission lundi du ministre des Finances, Vitor Gaspar, le chef de la diplomatie portugaise, Paulo Portas, a claqué la porte à son tour mardi en désaccord avec le choix de la remplaçante de M. Gaspar, l’ancienne secrétaire d’État au Trésor, Maria Luis Albuquerque. Le premier ministre Pedro Passos Coelho a refusé la démission de M. Portas, chef du petit parti conservateur CDS-PP et partenaire du Parti social-démocrate (PSD), afin de sauver la coalition de centre droit au pouvoir depuis juin 2011.


Mercredi en fin de journée, M. Portas a été chargé par son parti d’entamer des négociations avec le premier ministre afin qu’ils puissent « trouver ensemble une solution viable pour le gouvernement du Portugal ». Les deux autres ministres du CDS-PP au sein du gouvernement, responsable de l’Agriculture et de la Sécurité sociale, resteront en fonction en signe d’apaisement.


« Je suis convaincu qu’il sera possible de trouver, au sein de la coalition, les conditions nécessaires pour assurer la stabilité du gouvernement », avait assuré un peu plus tôt M. Passos Coelho, en déplacement à Berlin pour participer à une conférence sur l’emploi des jeunes.

 

Rassurer les Européens


En Allemagne, il a tenté de rassurer ses partenaires européens. « J’ai eu l’occasion d’exprimer à tous les chefs d’État et de gouvernement ici présents ma confiance que nous serons capables au Portugal de surmonter ces difficultés politiques », a-t-il dit. M. Passos Coelho doit rencontrer jeudi le président conservateur Anibal Cavaco Silva, qui a déjà reçu mercredi Antonio José Seguro, chef du Parti socialiste, la principale formation de l’opposition.


« Le Portugal doit se doter d’un gouvernement solide, cohérent et qui respecte les engagements européens de l’État portugais », a ajouté M. Seguro au moment où des centaines de manifestants défilaient dans les rues de Lisbonne à l’appel du Parti communiste pour réclamer, eux aussi, la convocation d’élections. Une hypothèse que le premier ministre s’est efforcé d’écarter en affirmant que ses compatriotes redoutaient davantage le résultat incertain d’élections anticipées que la poursuite du programme de réformes et de rigueur.

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