Le choix de l’austérité éloigne Québec de l’équilibre budgétaire, dit l’IRIS

Pauline Marois s’était désolée en avril dernier du peu d’appuis reçus dans la course au déficit zéro devant les gens d’affaires venus assister à l’assemblée générale du Conseil du patronat.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois s’était désolée en avril dernier du peu d’appuis reçus dans la course au déficit zéro devant les gens d’affaires venus assister à l’assemblée générale du Conseil du patronat.

En plaçant l’atteinte du déficit zéro sous le thème d’une contraction de la hausse de ses dépenses, le gouvernement québécois risque de se retrouver, à son tour, embourbé dans une trappe d’austérité-stagnation. Sans politique stimulant la relance et avec cette reprise sans croissance alimentée essentiellement par des ménages surendettés, la cible du retour à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 semble plus que jamais hors de portée.


Cette conclusion ressort d’une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). Le chercheur-associé Éric Pineault a utilisé l’approche du Fonds monétaire international (FMI) analysant les situations européenne et américaine pour l’appliquer au Canada et au Québec. Le FMI a évoqué la grande divergence pour comparer l’actuelle stagnation avec les récessions précédentes, qu’il explique par un choix actuel de politiques stimulant surtout l’économie financière, sans véritable relance de l’économie réelle.

 

Stratégie périlleuse


En adoptant une approche similaire ici, il constate que le Canada s’est retrouvé prisonnier de cette trappe d’austérité-stagnation dans laquelle les économies dites avancées sont plongées. « Or le Québec est précisément en train de suivre cet exemple. Alors qu’il s’était relativement bien tiré d’affaire jusqu’ici, cette stratégie de relance pourrait bien mettre en péril le déficit zéro auquel le gouvernement voue une obsession aussi démesurée qu’improductive », a dénoncé l’auteur de l’étude.


L’étude du FMI a démontré que la stratégie de relance au sortir de la récession de 2009, soit le recours à des politiques budgétaires restrictives mais monétaires très accommodantes, s’est traduite par une reprise beaucoup plus lente que celle observée lors des crises précédentes. Le Canada n’y a pas échappé, avec un écart de croissance allant jusqu’à huit points sur une base 100 fixée en 2009. « Le Canada est pris dans une trappe d’austérité-stagnation, c’est-à-dire que ses compressions budgétaires dans le but d’atteindre l’équilibre budgétaire amènent un ralentissement de l’économie qui fait diminuer les recettes fiscales, ce qui oblige le gouvernement à sabrer encore plus s’il veut atteindre son objectif. C’est ce cercle vicieux qui cause une relance anémique au Canada », retient Éric Pineault.


Austérité sans croissance


Certes, une des grandes divergences est le ratio d’endettement public des économies avancées, déjà très élevé avant l’éclatement de la crise financière, qui limite toute action stimulante. Or la problématique de la dette publique n’est pas aussi criante au Québec, encore moins au Canada, ce qui n’a pas empêché ces gouvernements de retenir également l’approche de l’austérité sans croissance. Cette approche a plutôt « pour objectif le rétablissement le plus rapide d’une position d’équilibre budgétaire et le dégagement éventuel de surplus afin de diminuer le niveau global de la dette publique ».


Ainsi, l’auteur de l’étude déplore qu’au nom de la dette publique, les gouvernements s’entêtent à poursuivre dans l’austérité. Et ce, alors que cette sortie de crise repose essentiellement sur une politique monétaire ultra-accommodante, engendrant un surendettement privé allant sans cesse en progressant. « Cette stratégie de « relance financiarisée » a eu d’importantes conséquences pour les ménages et pour les institutions financières, a mis en exergue l’auteur. Ce qui empêche le Québec et le Canada de retomber en récession pour l’instant, c’est la consommation des ménages. Or, cette consommation ne s’est pas financée à même une hausse des salaires, mais bien par l’augmentation de l’endettement favorisé par la politique monétaire permissive […]. Nous constatons cependant que la croissance du crédit à la consommation est plus rapide que celle des dépenses, ce qui pointerait vers des sommes importantes d’intérêt que les ménages verseraient aux institutions financières. »


Éric Pineault craint l’émergence d’une spirale austérité-stagnation-plus d’austérité, dans un contexte de hausse du surendettement des ménages. « En pariant sur l’austérité et en fondant ses espoirs sur des prévisions trop optimistes, le gouvernement a toutes les chances, en fait, de rater sa cible avec de néfastes conséquences pour les services publics », conclut-il.

2 commentaires
  • Richard Laroche - Inscrit 12 juin 2013 09 h 27

    Quelle austérité?

    Si l'austérité pour vous c'est le ralentissement de la croissance de la dette, ok.
    Si l'austérité pour vous c'est la diminution des dépenses de l'État, patate.

    En effet, les dépenses de l'État continuent d'augmenter. La seule raison pourquoi on observe un rapprochement vers l'équilibre budgétaire, c'est parce que les revenus de l'État augmentent plus vite que les dépenses. Mais, je le répète, les dépenses augmentent toujours.

    Or, pourquoi ces dépenses ne stimulent pas la croissance? Comme le FMI l'a observé: les politiques stimulent surtout l’économie financière. Étonnant? Je vais vous dire un secret: les noélibéraux veulent faire grossir l'État parce que l'État les favorise et oriente ses investissements pour que les retombées aboutissent dans les "bonnes poches". En parallèle, les néolibéraux veulent déréglementer les marchés parce qu'ils savent que leurs capitaux tentaculaires leur permettront de régner en oligopole.

    Éric Pineault devrait déjà connaitre le problème principal-agent entre le citoyen et l'État. Qui saît ce qui se dit dans les lobbies et derrière les portes closes? Stimuler la reprise avec un État oligarchique crée des dettes collectives pour des retombées qui ne sont pas du tout collectives.

    Ensuite ce n'est pas les démunis et la classe moyenne-serrée qui ont accès au surendettement. Si certains ménages de classe moyenne-aisée décident de se surendetter en divertissement ou en spéculation immobilière sans stimuler l'économie, ce n'est pas à la collectivité à payer pour eux à travers le gouvernement.

    La reprise doit se faire à travers l'investissement et le risque de Québécois (et non de capitaux étrangers) qui se rassemblent en organisations privées pour créer des entreprises lucratives. L'État doit s'en tenir à réglementer et protéger nos marchés des grosses machines étrangères qui sont capables d'écraser toute compétition. En parallèle, il faut décrasser l'État de sa corruption, plus de transparence et réduire les dépenses, ça ai

  • Sylvie Giguère - Inscrit 13 juin 2013 17 h 03

    Et où mène le surendettement des ménages?...

    ... "Ce qui empêche le Québec et le Canada de retomber en récession pour l’instant, c’est la consommation des ménages. Or, cette consommation ne s’est pas financée à même une hausse des salaires, mais bien par l’augmentation de l’endettement favorisé par la politique monétaire permissive […]. Nous constatons cependant que la croissance du crédit à la consommation est plus rapide que celle des dépenses, ce qui pointerait vers des sommes importantes d’intérêt que les ménages verseraient aux institutions financières. »"

    A qui profitent la saisie de biens, les reprises de finance, les intérêts sur prêts, etc?
    Par le modèle économique et financier actuel, les intérêts même de la population sont soumis à l'indifférence de la constante valorisation du capital financier. Beau gâchis.