Montréal, le Porto Alegre du Nord?

Le choix de la prochaine ville hôte du FSM devrait être pris d’ici la fin de l’été lors de la prochaine réunion de son Conseil international formé d’une centaine de représentants d’organismes altermondialistes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Christophe Simon Le choix de la prochaine ville hôte du FSM devrait être pris d’ici la fin de l’été lors de la prochaine réunion de son Conseil international formé d’une centaine de représentants d’organismes altermondialistes.

Le Québec pourrait avoir de bonnes chances d’être choisi comme hôte du prochain Forum social mondial en 2015, croient des altermondialistes qui se proposent de présenter sa candidature.

L’idée de tenir dans un pays du Nord le célèbre forum altermondialiste né en 2001 à Porto Alegre, au Brésil, avait été avancée pour la première fois en 2011, « et la candidature de Montréal, sérieusement envisagée » jusqu’à ce qu’éclose le printemps arabe et que tout le monde s’accorde, plutôt, pour tenir le forum suivant en Tunisie, au mois de mars dernier, rappellent une dizaine de représentants de la société civile québécoise dans un document argumentaire qui lancera les discussions sur le sujet lors d’une assemblée consultative, dimanche, à Montréal. Aujourd’hui, le débat est à nouveau relancé pour le prochain forum en 2015. « Trois candidatures circulaient de manière informelle durant le forum de Tunis : l’Inde, le Mexique et le Québec. »


La candidature québécoise serait, entre autres, servie par le fait qu’elle est la seule à venir du Nord au moment même où de nombreuses voix au Forum social mondial voudraient qu’il s’intéresse aux graves problèmes sociaux avec lesquels sont de plus en plus aux prises les pays riches. De plus, le nom du Québec ne serait plus à faire chez les altermondialistes depuis la Marche mondiale des femmes, le Sommet des peuples à Québec en 2001, la tenue de déjà deux forums sociaux québécois et, bien sûr, le printemps érable. On s’est même montré ouvert à ce que l’événement se tienne l’été alors qu’on a l’habitude de le faire aussi près que possible de son célèbre frère ennemi : le Forum économique mondial de Davos, à la fin janvier.


Le choix de la prochaine ville hôte du FSM devrait être pris d’ici la fin de l’été lors de la prochaine réunion de son Conseil international formé d’une centaine de représentants d’organismes altermondialistes. « Ça rassemble un peu à la course pour obtenir les Jeux olympiques », a expliqué mardi en entretien au Devoir l’un des défenseurs de la candidature québécoise, le professeur de développement international à l’Université d’Ottawa, Raphaël Canet. Les organisateurs devront expliquer comment ils comptent accueillir pendant une semaine environ 100 000 participants. Le financement est généralement assuré par une petite contribution des participants, mais surtout par de grandes organisations, notamment syndicales, des fondations et, parfois, la commandite d’entreprises d’État.

 

Montréal dit oui


La perspective de recevoir un événement d’une telle envergure ne fait pas peur aux autorités montréalaises, bien au contraire. « Montréal est toujours très favorable à l’accueil d’événements internationaux d’envergure. On serait ravis de recevoir sur notre sol le Forum social mondial en 2015 », a-t-on assuré mardi au cabinet du maire Michael Applebaum.


Cet appui de Montréal n’est pas nouveau. À la surprise générale, l’ancien maire Gérald Tremblay avait même profité d’une réunion dans la métropole du Conseil international du FSM, en 2009, pour l’inviter à considérer sa ville comme une destination possible.


La Chambre de commerce du Montréal métropolitain a préféré, quant à elle, se montrer plus réservée, mardi, en refusant de donner un avis sur le projet.


Certains observateurs doutent cependant des chances du Québec d’être choisi comme l’hôte du prochain Forum social mondial en 2015.

 

Pas sûr


Les membres du Conseil international du FSM « ont beaucoup aimé l’expérience en Tunisie cette année. Il paraît clair qu’on voudrait retourner dans la région dans deux ans, et possiblement même revenir à Tunis », a assuré au Devoir Michel Lambert, directeur général de l’organisation de solidarité et de défense des droits Alternatives, et membre de ce fameux Conseil.


La prochaine réunion de l’organe décisionnel doit d’ailleurs se tenir dans la même région, et on pourrait même en profiter pour décider de déménager le secrétariat du FSM de Porto Alegre vers le Maghreb.


La leçon que les membres du Conseil auraient tirée de l’expérience en Amérique latine serait qu’il faut assurer une présence « pendant plusieurs années » pour parvenir à dynamiser les mouvements sociaux dans une région. Le succès remporté à Tunis apparaîtrait aussi comme une chance à ne pas rater de continuer à construire des ponts entre l’Europe et le monde arabe.


Le mouvement altermondialiste québécois ne doit toutefois pas être trop déçu si sa candidature n’est pas retenue parce qu’il a d’autres importants projets en chantier, plaide Michel Lambert.


Il en veut pour preuve le projet de Forum social des peuples sur lequel il planche lui-même et qui a été officiellement lancé au début de l’année. Prévu à la fin de l’été 2014, il réunirait pour la première fois des organisations du Québec, du Canada anglais et des Premières Nations, et se tiendrait ailleurs qu’au Québec.

 

La difficile unité


« Notre premier défi sera de trouver le moyen de faire l’unité dans nos propres rangs, a constaté mardi Raphaël Canet. Mais je ne suis pas trop inquiet. Si l’on suscite suffisamment d’appui et qu’on obtient l’organisation du Forum social à l’été 2015, tout le monde travaillera dans le même sens. »


Il imagine déjà la scène avec, d’un côté, cette grand-messe du mouvement altermondialiste mondial et, de l’autre, les élections fédérales prévues seulement quelques mois après.

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