Le coût des paradis fiscaux pour les États demeure inconnu

La coalition Échec aux paradis fiscaux avait installé des palmiers et une grande affiche devant le Centre du commerce mondial, à Montréal, où le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, a ses bureaux, à l’occasion du lancement de sa campagne « Levez le voile ! ».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La coalition Échec aux paradis fiscaux avait installé des palmiers et une grande affiche devant le Centre du commerce mondial, à Montréal, où le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, a ses bureaux, à l’occasion du lancement de sa campagne « Levez le voile ! ».

La coalition Échec aux paradis fiscaux presse Québec et Ottawa de colmater les fuites massives de capitaux vers les paradis fiscaux. Les gouvernements fédéral et québécois doivent s’atteler à la tâche en mesurant tout d’abord l’ampleur du phénomène de l’évasion fiscale, mais également celui de l’évitement fiscal.


« Il est grand temps que nos gouvernements cessent de faire l’autruche et publient des estimations officielles », a déclaré le porte-parole de la coalition, Claude Vaillancourt. Se tenant dans l’ombre de quelques palmiers de centre commercial disposés sur le square Victoria à Montréal le temps d’un point de presse, il a donné le coup d’envoi lundi midi de la campagne « Levez le voile sur les paradis fiscaux ! ».


En réclamant des gouvernements canadien et québécois la publication d’« estimations officielles fiables » des sommes de « grandes entreprises » et de « contribuables fortunés d’ici » qui esquivent les coffres du fisc canadien et québécois, la coalition Échec aux paradis fiscaux a emboîté le pas au groupe Canadiens pour une fiscalité équitable (Canadians for Tax Fairness).


« Bien que l’utilisation des paradis fiscaux par les sociétés et les individus canadiens soit considérable, aucune estimation fiable de l’ampleur des pertes fiscales n’a été faite à ce jour. Combien d’impôts nous échappent ? » a demandé M. Vaillancourt, qui était accompagné de représentants de syndicats, des deux fédérations étudiantes, et d’organisations non gouvernementales comme ATTAC-Québec, le Réseau pour la justice fiscale/Québec ainsi que l’Union des consommateurs. « La population canadienne et québécoise a besoin d’estimations officielles pour connaître les impacts directs des paradis fiscaux sur les revenus des gouvernements. »


À Ottawa, l’ancien directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a suggéré à l’Agence du revenu du Canada (ARC) de se prêter à un tel exercice. Mais, l’ARC « n’a pas encore donné suite à cette demande », a rappelé lundi le porte-parole de la coalition Échec aux paradis fiscaux.


La coalition Échec aux paradis fiscaux s’explique mal pourquoi les gouvernements fédéral et québécois demeurent les « bras croisés » face aux milliards de dollars prenant la route des paradis fiscaux chaque année, mais elle est persuadée qu’ils ne pourront rester dans cet état si la population les somme d’agir.


Elle invite les Québécois à transmettre un message au ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, à son homologue fédéral, Jim Flaherty, de même qu’à leurs députés québécois et fédéraux par l’entremise de son site Internet, echecparadisfiscaux.ca.


« On n’a pas l’impression qu’ils font grand-chose », a déploré M. Vaillancourt. « Les grandes entreprises, les banques et les contribuables fortunés qui profitent des échappatoires fiscales doivent faire leur juste part et payer leur dû, comme nous tous », a-t-il affirmé, soulignant que « la classe moyenne et les travailleuses et travailleurs québécois ne peuvent porter seuls le poids du financement de nos écoles, de nos hôpitaux et de tous les autres services publics qui sont à la base de notre qualité de vie ».


En 2011, les Canadiens possédaient des actifs évalués à 140 milliards de dollars dans les six principaux paradis fiscaux, dont 53 milliards à la Barbade, 26 milliards aux îles Caïmans, 24 milliards en Irlande, 14 milliards au Luxembourg et 13 milliards aux Bermudes, selon Statistique Canada. « 140 milliards qui échappent à l’économie… et à l’impôt ! » a précisé Alain Deneault.


« D’une part, le gouvernement canadien prétend faire la lutte aux paradis fiscaux, mais, d’autre part, il favorise l’investissement des Canadiens dans les paradis fiscaux par des accords [...] qui permettent [par exemple] aux Canadiens de rapatrier des dividendes non imposés sur la base de ces accords-là », a dénoncé l’auteur d’Offshore, paradis fiscaux et souveraineté criminelle. « C’est ce que le sociologue Pierre Bourdieu appelait “la main gauche et la main droite”. On fait semblant de lutter contre un problème de la main gauche, [mais, simultanément] on a des échappatoires par les paradis fiscaux pour permettre aux détenteurs de fortune, aux banques, aux grandes entreprises, aux grands commerçants, de profiter de stratagèmes de la main droite », a-t-il ajouté.


En plus de « mettre sous pression » le gouvernement fédéral, le gouvernement québécois doit, lui aussi, faire la chasse aux grands évadés fiscaux. « Il y a quelques années, le gouvernement du Québec s’est intéressé à l’évasion fiscale, mais [il] ne citait que la coiffeuse du coin, la ménagère, les employés de la construction, les travailleurs autonomes… Il serait temps de s’attaquer à de plus gros bonnets », a déploré M. Deneault.

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 30 avril 2013 09 h 06

    «La juste part»

    D'une part, les bien-nantis, avec l'aide de leurs amis comptables et avocats fiscalistes, font leurs petites entourloupettes fiscales en toute quiétude.
    D'autre part, ils participent à la vie démocratique en soutenant avec générosité les partis politiques; ceux-ci le leur rendent bien.
    L'ancien ministre des finances, M. Raymond Bachand, n'a-t-il pas dit que chaque citoyen doit payer sa «juste part»?
    Ben coudonc ...

  • André Michaud - Inscrit 30 avril 2013 09 h 53

    Autant que la drogue?

    Y a t'il autant de milliards dans les paradis fiscaux que de milliards en économie noire de la drogue? Lequel serait le plus facile à éliminer ?

  • Denis Miron - Inscrit 30 avril 2013 10 h 41

    Paradis fiasco ou fiascocratie planétaire

    Le coût des paradis fiscaux demeure inconnu en chiffre mais au plan de l’acceptation sociale, il y a un déficit de confiance de plus en plus marqué par l’indice de cynisme envers la classe politique, qui s’installe chez ceux qui doivent en assumer les coûts…le contribuable.
    En persistant à vouloir maintenir une fiscalité à 2 vitesses, c’ est à l’évidence, une gouvernance à 2vitesse qu’on installe en matière de justice, d’éducation et de santé.
    Les paradis fiasco nous alignent vers une fiascocratie planétaire ingouvernable

  • Denis Paquette - Abonné 30 avril 2013 15 h 08

    Pourquoi tolérer des gens dont la seul motivation est le pouvoir les intéresse

    Et même si le principal négociant est City Bank of London. Nous savons tres bien ce que ca implique comme privileges .Si c'est le prix qu'il faut payer, nous n'en voulons pas. Nous ne sommes plus au temps ou tout devait être intériner par les petits amis.Les populations avec le temps on appris a mieux se défendre, Bon il existe encore des résistances, mais c'est juste une question de temps, Avec les nouveaux moyens de communications tout ce sait,fini les magouilles derrières les portes fermées et nous en sommes qu'au début

  • Serge Granger - Abonné 30 avril 2013 21 h 47

    3.4 trillions

    voilà le chiffre qu'avance Moises Naim, ex-directeur de la Banque mondiale dans son livre sur l'économie noire. Cela inclut l'évasion fiscale, la drogue, le trafic d'armes et tout autre trafic illicite. 3.4 trillions par année donc près de 14 trillions de dollars en 4 ans (durée d'un mandat électoral). Je dis bien trillion car le mot billion est un anglicisme pour milliard. Donc 3 400 milliards par an, oui, oui vous avez bien lu.